Trois hommes trentenaires ont été interpellés vendredi 4 septembre dans l’agglomération lyonnaise, une semaine après l’agression au Groupama Stadium d’une élue de Rillieux-la-Pape et de son conjoint. Meriem Bouchedda, conseillère municipale d’opposition, dénonce des insultes racistes suivies de coups. Le parquet a ouvert deux enquêtes distinctes pour violences aggravées.
Tout commence dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 août, aux abords du Groupama Stadium, à Décines-Charpieu. L’Olympique lyonnais vient de faire match nul face au Havre, un partout. Vers 1 heure du matin, une fois le stade fermé, Meriem Bouchedda et son conjoint regagnent leur voiture. Selon le récit qu’elle en a fait, plusieurs individus sortant d’un bar les prennent alors à partie. Des insultes à caractère raciste précèdent les coups, rapporte l’élue de l’Union de la gauche et des écologistes à Rillieux-la-Pape.
Le bilan médical est lourd pour un simple différend de sortie de stade. Meriem Bouchedda souffre d’une fracture au poignet et se voit prescrire quinze jours d’incapacité totale de travail. Son t-shirt est déchiré, ses lunettes brisées. Son compagnon, étranglé lors de l’altercation selon son témoignage, écope de contusions multiples et du même arrêt de quinze jours. Les images de vidéosurveillance du stade ont été conservées pour l’enquête, et l’élue a transmis ses propres photographies aux enquêteurs.
Une seconde agression, avant le coup d’envoi
Le dossier ne s’arrête pas là. Une autre agression, distincte, s’est produite avant le match, vers 20h45, impliquant cette fois deux personnes dont un adolescent de 17 ans. Les enquêteurs privilégient pour ce second épisode la piste d’une rixe entre supporters plutôt qu’un mobile raciste identifié. Le parquet de Lyon a néanmoins choisi d’ouvrir deux enquêtes distinctes, l’une et l’autre pour “violences aggravées ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours”.
SOS Racisme a porté l’affaire sur la place publique en déposant plainte et en réclamant “de réelles investigations” de la part du club et des autorités. L’Olympique lyonnais a de son côté condamné publiquement les faits et annoncé l’ouverture d’une enquête interne, selon les informations disponibles.
Trois interpellations, un suspect qui reconnaît les faits
C’est finalement vendredi 4 septembre, soit près d’une semaine après les faits, que trois hommes ont été interpellés dans l’agglomération lyonnaise. Selon l’AFP, le principal suspect, âgé de 33 ans et déjà connu de la justice, “reconnaît les violences”. Les deux autres hommes interpellés ont également été placés en garde à vue le temps des vérifications d’usage. Leur profil exact et leur rôle respectif dans l’altercation restent, à ce stade, à préciser par l’enquête.
Ce coup de filet intervient alors que la préfecture du Rhône et les forces de l’ordre ont renforcé le dispositif de sécurité autour du Groupama Stadium pour la rencontre suivante, OL-Auxerre, avec des effectifs de police supplémentaires et le déploiement de la CRS 83.
Un climat sous surveillance
L’affaire relance, une fois de plus, la question des débordements aux abords des stades lyonnais, un sujet qui n’est pas neuf pour les riverains de Décines. Ces derniers mois, plusieurs incidents à caractère raciste ont déjà été signalés dans le secteur du Groupama Stadium, sans qu’une réponse judiciaire systématique n’ait toujours suivi. L’affaire Bouchedda prend toutefois un relief particulier du fait de la qualité de l’une des victimes, élue locale, et de la nature raciste dénoncée de l’agression. Le parquet devra désormais qualifier précisément les faits et déterminer les responsabilités de chacun des trois hommes interpellés, avant d’éventuelles poursuites.
De la buvette au commissariat, il n’aura fallu qu’une semaine. La justice, elle, prendra sans doute plus de temps pour trancher.