Le juge Alexandre de Moraes, de la Cour suprême fédérale du Brésil, lors de l'investiture du président Lula en janvier 2023

Alexandre de Moraes : le juge de la Cour suprême visé par un scandale

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a exigé une enquête impartiale après la publication de messages WhatsApp compromettants entre le juge Alexandre de Moraes et le banquier emprisonné Daniel Vorcaro. Le rapport de la police fédérale, rendu public le 1er septembre 2026, révèle aussi un contrat de 131 millions de reais entre Banco Master et le cabinet d’avocats de l’épouse du magistrat. La crise éclate à un mois de la présidentielle brésilienne.

Mardi 1er septembre, le juge André Mendonça, membre de la Cour suprême fédérale (Supremo Tribunal Federal, STF) et ancien ministre de la Justice sous Jair Bolsonaro, a rendu public un rapport de la police fédérale. Le document contient des échanges WhatsApp datant de novembre 2025 entre Daniel Vorcaro, ex-patron de la Banco Master, et Alexandre de Moraes, l’un des magistrats les plus puissants du pays.

Dans l’un de ces messages, Vorcaro écrit à Moraes : « On est ensemble pour toujours. » La phrase, retrouvée dans les archives du téléphone du banquier, résume à elle seule la proximité que la justice cherche désormais à éclaircir.

Alexandre de Moraes n’est pas un magistrat parmi d’autres. C’est lui qui a présidé le procès de Jair Bolsonaro, condamné en 2025 à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État.

Un contrat à 22 millions d’euros pour l’épouse du juge

Selon les documents cités par plusieurs médias, dont CNN Brasil, Alexandre de Moraes serait apparu comme le dernier à avoir modifié les versions d’un contrat liant Banco Master au cabinet d’avocats de son épouse, Viviane Barci de Moraes. Le montant : 131 millions de reais, soit environ 22 millions d’euros.

Daniel Vorcaro, lui, est détenu depuis l’automne 2025 dans le cadre de la liquidation de sa banque, plombée par plusieurs milliards d’euros de dettes selon la Banque centrale du Brésil. Dans ses échanges avec le juge, l’ancien banquier avait aussi sollicité de l’aide pour freiner des enquêtes le visant.

Lula réclame une enquête, sans exception

Le président Lula a réagi jeudi 4 septembre. Il a demandé que la Cour suprême conduise une enquête impartiale, sans épargner aucun protagoniste, magistrat compris. Le chef de l’État, candidat à sa réélection, joue gros dans cette affaire qui touche au sommet de l’institution censée arbitrer le scrutin.

Le procureur général du Brésil, Paulo Gonet, et le président de la Cour suprême, Luiz Edson Fachin, sont désormais sous pression pour garantir la transparence de la procédure.

Alexandre de Moraes, lui, n’est pas resté silencieux. Le magistrat a demandé l’ouverture d’une enquête visant André Mendonça, l’auteur de la mise au jour du rapport, renvoyant ainsi la pression sur son collègue de la Cour suprême. Deux juges du plus haut tribunal du pays s’accusent désormais mutuellement, sous les yeux d’un pays en pleine campagne électorale.

Une crise à un mois de la présidentielle

Le calendrier ne doit rien au hasard. Le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne est prévu le 4 octobre 2026, un mois après la publication du rapport. Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président et candidat déclaré, a aussitôt réclamé le départ d’Alexandre de Moraes de la Cour suprême, jugeant que les conditions n’étaient plus réunies pour qu’il continue d’y siéger.

Le prochain président brésilien nommera par ailleurs plusieurs juges à la Cour suprême durant son mandat, ce qui donne à cette affaire un poids politique dépassant le seul cas de Daniel Vorcaro. La composition de la plus haute juridiction du pays pour la décennie à venir se joue, en partie, sur cette affaire.

À Brasilia, la justice et la politique se regardent désormais en chiens de faïence. Le juge qui a fait tomber un ex-président se retrouve à son tour sur le banc des soupçonnés. Reste à savoir si l’enquête réclamée par Lula ira au bout, ou si elle s’arrêtera, comme souvent, à la porte du Palais du Planalto.


Source : Le Monde, avec AFP.