Le siège de la FIFA a Zurich, en Suisse

FIFA-UEFA : la Fédération mondiale dénonce une campagne de dénigrement

Dans un document déposé devant la justice américaine, la FIFA accuse l’UEFA de mener une campagne de dénigrement contre elle et ses dirigeants. Le conflit FIFA-UEFA prend racine dans un projet avorté de vente de participations dans la Coupe du monde à des investisseurs privés, porté par le président Gianni Infantino. L’instance européenne prépare de son côté une action en justice contre lui pour gestion déloyale.

La Fédération internationale de football association a déposé une requête devant un tribunal fédéral du Colorado. Elle vise à faire barrage aux demandes de documents formulées par l’UEFA dans trois États américains, New York, la Floride et le Colorado, à la suite d’une première requête déposée par l’instance européenne le 28 août. Ces démarches, selon la FIFA, consultées jeudi par l’AFP, « ne sont guère plus que des communiqués de presse alimentant la campagne de dénigrement de l’UEFA ». L’instance mondiale du football, basée à Zurich, conteste également la légitimité de la démarche. Elle affirme que l’UEFA n’a subi aucun préjudice financier et n’a engagé aucune procédure pénale susceptible de justifier l’accès à des documents internes.

Le projet FIFA Forward Enterprise, pomme de discorde

Le contentieux remonte à juillet. Gianni Infantino avait alors dévoilé un projet baptisé FIFA Forward Enterprise. Le plan prévoyait la cession d’environ 20 % des activités commerciales de la fédération, pour un montant de 4,2 milliards de dollars. Le fonds d’investissement Thrive Capital, dirigé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner et beau-frère du président américain Donald Trump, figurait parmi les partenaires pressentis. Face à une opposition massive, la FIFA a retiré son projet le 1er août. Joshua Kushner a depuis reconnu, dans une déclaration reprise par l’agence Associated Press, avoir sous-estimé les dynamiques politiques entourant l’opération.

L’UEFA vise directement Gianni Infantino

L’instance européenne ne compte pas en rester là. Elle prépare une action en justice contre le président de la FIFA pour gestion déloyale. Dans ses propres documents judiciaires, l’UEFA affirme que le FIFA Forward Enterprise aurait en réalité permis à Gianni Infantino et à un cercle restreint de proches d’acquérir une participation permanente dans les actifs les plus précieux de la fédération. Parmi les noms cités par l’UEFA figurent l’ancien patron de Liberty Media Greg Maffei et l’homme d’affaires Bob Iger, partenaire du club NBA des Lakers.

Zurich dénonce un contournement de la justice suisse

La FIFA reproche par ailleurs à l’UEFA d’avoir choisi la voie américaine pour contourner les tribunaux suisses, où son siège est domicilié. Selon elle, la divulgation de correspondances impliquant Gianni Infantino et d’autres cadres de l’organisation menacerait ses intérêts et exposerait des informations confidentielles. Ce nouvel épisode intervient alors qu’Aleksander Ceferin, président de l’UEFA, a récemment écarté l’idée de se présenter à la présidence de la FIFA tout en réclamant publiquement le départ de Gianni Infantino, candidat à un quatrième mandat lors de l’élection prévue en mars prochain.

Une rivalité de gouvernance plus ancienne

Au-delà de la bataille de procédure, c’est une lutte d’influence plus ancienne qui refait surface. La FIFA affirme que l’UEFA a torpillé le FIFA Forward Enterprise pour empêcher les petites fédérations nationales de gagner en puissance financière et de concurrencer l’élite du football européen. L’UEFA, elle, se pose en gardienne de la gouvernance de l’institution face à un projet qu’elle juge taillé sur mesure pour un cercle de dirigeants. Le dossier illustre, une nouvelle fois, la rivalité de gouvernance entre Zurich et Nyon, où chaque camp cherche à peser sur l’avenir économique du football mondial.

Entre Zurich et Nyon, le ballon est désormais dans le camp des juges américains. La Coupe du monde, elle, continue de se vendre très cher, avec ou sans investisseurs privés.


Source : Le Monde, avec AFP