
Anthropic a mis en ligne Check Files, un outil gratuit qui permet de vérifier si un texte, une image ou un document a été produit par son assistant Claude. La firme s’appuie sur le standard ouvert C2PA, déjà utilisé par l’AFP, pour tracer l’origine des contenus. Objectif affiché : répondre aux obligations de transparence de l’AI Act européen, sur les traces de Google.
Anthropic marque désormais l’ensemble du contenu produit par Claude. Pour les textes, l’entreprise californienne annonce intégrer un filigrane directement dans l’écriture elle-même, invisible à l’oeil nu mais détectable par ses propres outils. Les images et autres contenus graphiques générés par le chatbot embarquent, eux, des métadonnées permettant de retracer leur origine.
Avec Check Files, disponible sur claude.com, Anthropic propose à n’importe quel internaute d’importer le fichier qui l’intrigue. Le détecteur ne lit que les informations d’identification embarquées, pas le contenu lui-même. Le fichier reste sur l’appareil de l’utilisateur et ne sera « jamais stocké ni utilisé à d’autres fins », précise l’entreprise, selon les informations rapportées par Frandroid.
Bruxelles pousse, la Silicon Valley s’exécute
Le geste d’Anthropic ne sort pas de nulle part. L’Union européenne veut permettre à ses citoyens de distinguer plus facilement un contenu généré par une intelligence artificielle d’une production humaine. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, porte cette exigence de transparence et impose progressivement des obligations d’étiquetage aux contenus synthétiques.
Anthropic n’est pas la première à s’y plier. Google a lancé sa propre initiative pour une utilisation plus honnête de l’IA, avec des dispositifs similaires appliqués à ses images et à ses textes générés. La firme de Mountain View, comme Anthropic aujourd’hui, cherche à devancer une réglementation qui resserre l’étau sur les géants du numérique.
Un standard déjà éprouvé par les rédactions
Le C2PA, sur lequel repose Check Files, n’a rien d’un gadget maison. Ce standard technique ouvert, consacré à la traçabilité et à la provenance des contenus numériques, est déjà mobilisé par de nombreuses entreprises et médias. L’AFP l’utilise notamment dans le cadre de sa lutte contre la désinformation, pour authentifier des images et distinguer le vrai du fabriqué.
En s’y adossant plutôt qu’en inventant son propre format, Anthropic mise sur l’interopérabilité. Un fichier estampillé C2PA par Claude devrait, en théorie, rester lisible par n’importe quel autre outil de vérification s’appuyant sur le même standard, qu’il soit signé Google, Adobe ou une rédaction partenaire. Le standard avait été porté à l’origine par une coalition de poids lourds de la tech, dont Adobe, Microsoft et Intel, réunis pour proposer une alternative technique commune plutôt qu’un empilement de solutions maison incompatibles entre elles.
Un calendrier dicté par le règlement européen
L’échéance n’est pas abstraite. L’Union européenne a publié ses propres pictogrammes destinés à étiqueter les contenus générés par l’intelligence artificielle, applicables à partir d’août 2026, rapportait déjà Frandroid. Les entreprises du secteur ont donc tout intérêt à démontrer, en amont des contrôles, qu’elles disposent déjà d’outils de traçabilité opérationnels plutôt que de les découvrir sous la contrainte.
Check Files s’adresse en pratique à un public large : rédactions vérifiant l’authenticité d’une image avant publication, enseignants confrontés à un devoir suspect, particuliers voulant s’assurer qu’un document n’a pas été fabriqué de toutes pièces. L’outil reste toutefois cantonné aux contenus produits par Claude lui-même. Il ne dit rien d’un texte rédigé avec ChatGPT, Gemini ou tout autre concurrent.
Reste à savoir ce que vaudra ce filigrane le jour où un utilisateur voudra sciemment l’effacer. Un détecteur ne vaut que ce que vaut la bonne foi de celui qui l’utilise, et Anthropic ne le cache pas : Check Files lit l’étiquette, pas le contenu. La transparence de l’intelligence artificielle générative reste, pour l’instant, affaire de confiance autant que de technologie.
Source : Frandroid