Le maire de La France insoumise à Saint-Denis assure avoir travaillé « quasi à mi-temps » à la régie entre 2008 et 2015. Le Canard enchaîné a exhumé sa déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique : pour la seule année 2013, la RATP lui versait 51 447 euros nets, en plus de 61 322 euros d’indemnités d’élu. Un total de près de 9 400 euros par mois qui fragilise sa version des faits.
Combien de temps Bally Bagayoko consacrait-il réellement à son emploi à la RATP lorsqu’il cumulait plusieurs mandats locaux ? La question a été relancée mercredi 2 septembre par Le Canard enchaîné, qui a confronté les déclarations récentes du maire insoumis de Saint-Denis à ses propres revenus déclarés en 2013 auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
L’élu a reconnu auprès de l’hebdomadaire satirique avoir travaillé « quasi à mi-temps » à la RATP entre 2008 et 2015. Sa déclaration de patrimoine pour la seule année 2013 raconte une autre histoire : 51 447 euros nets versés par la régie. Un montant qui interroge sur la réalité du temps de travail invoqué aujourd’hui.
Un cumul à 9 400 euros mensuels
À cette date, Bally Bagayoko occupait également les fonctions de maire adjoint de Saint-Denis et de vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, un mandat exercé de 2008 à 2015 sous la présidence de Claude Bartolone puis Stéphane Troussel. Ces mandats lui avaient rapporté 61 322 euros nets d’indemnités au cours de la même année. Au total, l’élu avait déclaré 112 769 euros nets de revenus en 2013, soit près de 9 400 euros par mois.
Interrogés sur ce cumul, Bally Bagayoko et la RATP assurent que les rémunérations versées respectaient la loi et les règles internes de l’entreprise. La régie ne peut pourtant pas rémunérer les heures durant lesquelles un salarié exerce ses mandats électifs. Reste à déterminer comment s’articulaient concrètement l’activité professionnelle de l’élu à la RATP, où il occupait un poste de cadre chargé du développement territorial, et ses responsabilités politiques, alors maire adjoint et vice-président départemental.
Un conseiller communiste alertait dès 2018
Les montants ne sont pas une découverte. Ils avaient déjà été publiés en 2018 sur le blog de Philippe Caro, alors conseiller municipal communiste de Saint-Denis, qui dénonçait le niveau des rémunérations cumulées par un élu dans une commune marquée par une forte pauvreté. Six ans plus tôt, ces chiffres n’avaient provoqué aucune controverse nationale.
Leur réapparition change de dimension. Ce n’est plus seulement le montant total des revenus de Bally Bagayoko qui interroge, mais la cohérence entre sa rémunération à la RATP et le temps de travail qu’il affirme y avoir consacré. Une contradiction sur laquelle le maire de Saint-Denis doit encore s’expliquer.
De la RATP à l’Hôtel de ville
Né en 1973 à Levallois-Perret dans une famille d’origine malienne, Bally Bagayoko a grandi dans le quartier Dourdin de Saint-Denis. Diplômé de l’université Paris-VIII, il entre au conseil municipal en 2001 aux côtés des maires communistes successifs de la ville, avant de rejoindre La France insoumise en 2017. Battu deux fois par le socialiste Mathieu Hanotin, aux municipales de 2020 puis aux départementales de 2021, il finit par l’emporter dès le premier tour en mars 2026 à la tête d’une liste unissant insoumis et communistes. Sa victoire fait de Saint-Denis la première ville de plus de 100 000 habitants dirigée par La France insoumise.
Bally Bagayoko prépare, aux côtés des « Numéros 10 » de Jean-Luc Mélenchon, un tour de France des quartiers en vue de la présidentielle de 2027. Il devra d’abord solder ses comptes de 2013.
Source : Valeurs actuelles, article de Wandrille de Guerpel, avec des éléments du Canard enchaîné, de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et de Wikipédia.