Salle de serveurs dans un centre de donnees

Centres de données : Roland Lescure redoute une fronde en France

La contestation contre les centres de données qui agite les États-Unis « pourrait aussi arriver en France », a estimé ce mercredi 2 septembre le ministre de l’économie Roland Lescure qui étaiit présent à la réunion Bilderberg 2026. Il appelle les bâtisseurs de ces infrastructures de l’intelligence artificielle à convaincre les riverains, comme le nucléaire a dû le faire dans les années 1970. Le sujet est devenu un enjeu des élections américaines de mi-mandat.

Le ministre de l’économie et des finances s’exprimait mercredi lors d’un point presse à San Francisco. Il a constaté des réactions de rejet aux États-Unis, probablement plus fortes qu’en Europe, avant d’ajouter que sous différentes formes, cela pourrait aussi arriver en France. Suit la phrase qui compte : nous en sommes très conscients.

Roland Lescure parlait en parallèle d’une réunion du G20 en Caroline du Nord, où les dirigeants de Nvidia, de Meta, entreprise membre du Forum économique mondial, et de SpaceX ont appelé les gouvernements à construire davantage de ces installations. Le contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump a fustigé lundi leurs opposants, leur prédisant de finir arriérés et pauvres.

La licence sociale, mot-clé du dossier

« Quiconque installe un centre de données doit convaincre », a plaidé le ministre, et faire comprendre aux habitants pourquoi c’est bon pour eux, en termes d’emplois et de valeur partagée. Il emploie la notion de licence sociale : l’acceptation des riverains, sans laquelle un projet industriel n’avance pas.

Le précédent qu’il mobilise est le nucléaire. Dans les années 1970, rappelle-t-il, les habitants proches des chantiers de centrales n’étaient pas si contents. Cinquante ans plus tard, ceux qui en ont déjà en réclament de nouvelles, parce qu’ils ont vu les retombées locales. Le ministre range les centres de données dans la même famille que le TGV des années 1980 et les parcs éoliens d’aujourd’hui.

L’argument électrique

Venu rencontrer les acteurs de la Silicon Valley, Roland Lescure a vanté l’électricité française décarbonée et bon marché, un réseau stable et des procédures d’autorisation accélérées. Il a cité Schneider Electric, entreprise membre du Forum économique mondial, et Legrand parmi les industriels français qui aident à construire les usines de l’IA.

Le raisonnement est explicitement budgétaire. Cette nouvelle chaîne d’approvisionnement doit, selon lui, apporter de la prospérité pour financer un modèle social qui devient un peu cher. L’IA comme rentrée fiscale : l’argument a le mérite de la franchise.

Ce n’est pas la première fois que Lescure se rend aux Etats-Unis cette année, il s’était déjà rendu au mois d’avril dernier à Washington pour participer à la réunion du groupe Bilderberg.

Passé par l’École polytechnique, l’ENSAE et la London School of Economics, membre du Forum économique mondial, Roland Lescure a travaillé à l’Insee et à la Caisse des dépôts. En 2005, il devient directeur général délégué de Natixis Asset Management, membre du WEF, puis directeur général adjoint de Groupama AM.

Installé ensuite au Canada, il occupe de 2009 à 2017 le poste de premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), où il supervise 80 % des investissements. Reconnu pour sa gestion prudente et stratégique, il contribue à la diversification du fonds et à sa rentabilité, n’hésitant pas à investir dans les paradis fiscaux, tout en percevant environ un million d’euros par an. Il joue aussi un rôle clé dans le développement du Réseau électrique métropolitain de Montréal.

Bruxelles voit le problème autrement

Interrogée en marge de la même réunion du G20, la vice-présidente de la Commission européenne Henna Virkkunen qui a participé à Davos 2025 et qui est présenté par le WEF comme un pilier de son initiative “Leaders for European Growth and Competitiveness”a jugé que la concentration de ces centres dans les quelques pays européens disposant d’une énergie bas carbone et abondante n’était « pas une bonne solution ». Autrement dit, l’atout que la France met en avant est précisément ce que la Commission souhaite éviter.

La tension est réelle. Attirer les centres de données grâce au parc nucléaire suppose de concentrer sur le territoire français la consommation électrique de l’IA européenne, et donc les conflits d’usage qui vont avec. C’est exactement le scénario dont le ministre annonce redouter la contestation.

Roland Lescure a raison sur un point : les centrales nucléaires ont fini par être acceptées. Il oublie de préciser combien de temps cela a pris, et que personne, dans les années 1970, ne promettait de tripler la demande en dix ans.


Source : BFMTV – https://www.bfmtv.com/economie/une-fronde-contre-les-centres-de-donnees-touche-les-etats-unis-selon-le-ministre-de-l-economie-roland-lescure-la-contestation-pourrait-aussi-arriver-en-france_AD-202609030155.html