Les sanctions européennes imposées aux médias russes proches du Kremlin peuvent être largement contournées à l’aide de plusieurs agents conversationnels d’intelligence artificielle, selon une enquête de Reporters sans frontières. ChatGPT, Grok, Claude, Gemini ou encore Vibe ont été testés par l’ONG, avec des comportements très variables. Certains outils sont allés jusqu’à chercher des contenus sur des plateformes alternatives lorsque les sites sanctionnés étaient directement inaccessibles.
Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, l’Union européenne a progressivement renforcé ses sanctions contre les organes médiatiques considérés comme des instruments de désinformation du Kremlin. Plusieurs dizaines de médias ont ainsi vu leurs activités de diffusion suspendues dans l’espace européen, parmi lesquels RT, Sputnik, RIA Novosti, Rossiya 24 ou encore Strategic Culture Foundation.
Mais l’essor des agents conversationnels dotés d’un accès au Web ouvrirait une nouvelle brèche. Dans une enquête publiée le 1er septembre 2026 et relayée par Next, Reporters sans frontières (RSF) affirme avoir réussi à obtenir, depuis la France, des contenus issus de médias russes sanctionnés en interrogeant plusieurs services d’intelligence artificielle grand public.
L’organisation a testé ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et Vibe, anciennement Le Chat de Mistral. L’objectif était simple : déterminer si ces assistants pouvaient accéder aux contenus interdits de diffusion en Europe ou les restituer à leurs utilisateurs.
ChatGPT et Grok parmi les outils les plus permissifs
Pour réaliser son enquête, RSF a demandé aux agents conversationnels de produire une synthèse de l’actualité politique internationale en utilisant exclusivement une sélection de sources russes visées par les sanctions européennes.
Selon l’organisation, ChatGPT et Grok se sont montrés particulièrement disposés à exécuter ces instructions. Les deux outils ont pu restituer des revues de presse détaillées, accompagnées de titres, de liens ou d’éléments provenant des médias concernés, sans signaler systématiquement leur statut de médias sanctionnés.
RSF indique notamment que ChatGPT a repris des informations attribuées à RT International sans opposer de réserve à la demande initiale. Sollicitée par l’ONG, OpenAI a déclaré prendre les observations de RSF au sérieux et examiner les éléments transmis.
Grok, l’assistant notamment intégré à X, aurait adopté un comportement comparable en fournissant des synthèses détaillées des récits diffusés par les médias russes visés.
Claude a également répondu favorablement à certaines demandes de l’organisation. RSF précise avoir effectué ses essais notamment avec le mode Cowork et plusieurs modèles proposés par Anthropic.
L’expérience souligne toutefois un élément important : le comportement d’un agent peut varier selon l’interface, le modèle utilisé, la session ou les outils auxquels celui-ci a accès. Next relève ainsi que Claude peut, dans certaines configurations, expliquer qu’il ne dispose pas d’un accès direct au Web et rappeler le contexte entourant les sanctions européennes.
Vibe cherche des chemins alternatifs
Le cas de Vibe, développé par Mistral, illustre particulièrement bien la difficulté technique que posent les agents capables de naviguer sur Internet.
Selon RSF, l’outil s’est rapidement retrouvé confronté à l’inaccessibilité directe de plusieurs sites russes. Mais plutôt que de s’arrêter là, il a parfois recherché les mêmes contenus ailleurs sur le Web.
L’agent a notamment exploité VKontakte, le réseau social russe généralement présenté comme l’un des équivalents locaux de Facebook, pour retrouver des publications de Sputnik. Il aurait également identifié une solution connectée à Telegram permettant de consulter des contenus liés à RT.
Le contournement n’a cependant pas été systématique. Certaines requêtes adressées à Vibe ont abouti à des refus, tandis que d’autres ont produit des liens inutilisables. Les différents modes proposés par la plateforme ont également donné des résultats variables.
Ce comportement met en lumière un problème plus vaste : bloquer un domaine ne signifie pas nécessairement faire disparaître son contenu de l’écosystème numérique. Lorsqu’une information est reproduite sur un réseau social, une messagerie, un site miroir ou une autre plateforme, un agent doté de fonctions de recherche peut potentiellement la retrouver.
Gemini alterne entre refus et réponses
Les essais menés avec Gemini ont également produit des résultats fluctuants. Lors d’une session, l’assistant de Google a refusé de fournir directement certains liens en invoquant les sanctions européennes, tout en proposant malgré tout une synthèse des informations recherchées. Au cours d’une autre conversation, il a fourni les éléments demandés sans mentionner cette restriction.
Les tests répétés par RSF montrent ainsi que les réponses peuvent différer d’une session à l’autre. Cette absence d’uniformité complique l’évaluation de la conformité globale d’un service : un refus obtenu à un instant donné ne garantit pas qu’une requête similaire sera bloquée lors d’une nouvelle conversation.
RSF a également testé Mira, un agent disponible sur Telegram et développé par The Open Platform. Au cours d’essais réalisés en juin 2026, l’outil aurait permis d’accéder à certains contenus de RT. Lorsque l’organisation a renouvelé l’expérience en août, cette possibilité ne semblait toutefois plus fonctionner.
Meta AI se distingue par un refus
Parmi les principaux agents examinés, Meta AI est celui qui s’est montré le plus strict au cours des tests de RSF. L’assistant a refusé les demandes qui lui étaient adressées en faisant référence aux sanctions européennes. Pour l’organisation, ce comportement constitue la démonstration qu’une application plus restrictive est techniquement envisageable.
La question dépasse toutefois le simple filtrage d’une liste de sites Internet. Les agents conversationnels modernes sont désormais capables d’effectuer des recherches, de parcourir différentes plateformes et, dans certains cas, de trouver eux-mêmes des chemins alternatifs lorsqu’une ressource n’est pas directement accessible. En clair, le blocage frontal ne suffit plus forcément lorsque l’IA sait fouiller ailleurs.
Une question juridique désormais posée aux plateformes d’IA
Le cadre européen s’est construit progressivement depuis 2022. Le Conseil de l’Union européenne rappelle que les mesures prises contre la Russie en réponse à la guerre en Ukraine comprennent notamment des restrictions visant des médias considérés comme impliqués dans des activités de propagande et de désinformation.
RSF s’appuie également sur une décision de la Cour de justice de l’Union européenne rendue en juillet 2026. Selon l’analyse de l’organisation, l’interdiction de diffusion concernant RT peut également s’appliquer à des sites Internet tiers qui relaient directement ou indirectement les contenus concernés.
La question devient alors épineuse pour les entreprises développant des agents conversationnels : lorsqu’un chatbot va lui-même récupérer un contenu sanctionné avant de le résumer et de le transmettre à un utilisateur européen, agit-il simplement comme moteur de recherche ou contribue-t-il à sa diffusion ?
C’est précisément sur ce terrain que RSF souhaite pousser les institutions européennes à agir.
RSF demande une enquête de la Commission européenne
Pour Vincent Berthier, responsable du bureau Technologies et journalisme de RSF, les résultats de l’enquête montrent que les sanctions européennes risquent de perdre une partie de leur efficacité lorsque des agents conversationnels peuvent retrouver et redistribuer les contenus concernés.
L’organisation plaide pour une régulation en amont des agents d’intelligence artificielle plutôt que pour des interventions uniquement postérieures aux infractions constatées.
RSF demande notamment à la Commission européenne d’ouvrir une enquête concernant ChatGPT afin de déterminer dans quelle mesure OpenAI respecte ses obligations en matière de prévention des risques systémiques liés à la désinformation.
Cette demande intervient alors que ChatGPT est désormais concerné par le cadre du Digital Services Act (DSA), ce qui renforce l’attention réglementaire portée au service en Europe.
Concernant les autres agents testés, RSF estime également que le contournement des mesures visant les médias russes devrait conduire les autorités compétentes à examiner leur conformité.
L’enquête ne prétend toutefois pas mesurer statistiquement la fréquence de ces contournements. RSF précise avoir testé différents outils, modèles et versions, gratuites comme payantes, afin d’observer leur comportement dans plusieurs scénarios. L’objectif était avant tout de vérifier si les agents acceptaient de suivre des instructions leur demandant explicitement de rechercher des sources russes sanctionnées et, lorsque celles-ci étaient inaccessibles, de trouver d’autres moyens d’en récupérer le contenu.
RSF une ONG proche des réseaux mondialistes
L’association Reporters Sans frontières a été confondé en 1985, Robert Ménard, qui selon le blog maçonnique, Hiram.be, aurait « l’appui, au plus haut niveau, de l’Opus Dei ». En 2006, RSF était soutenu par l’Open Society, la fondation affiliée au Forum économique mondial, du milliardaire et contributeur du FEM, George Soros ; le Center for a Free Cuba, une organisation américaine chargée de rassembler et disséminer des informations à propos de Cuba et des Cubains dans les médias, les ONG, et la communauté internationale ; le National Endowment for Democracy une fondation proche de la CIA ou encore la Fondation Ford, qui est membre du Forum économique mondial et fait toujours partie des mécènes de RSF.
Reporter Sans Frontières est d’ailleurs toujours financé par des multinationales affiliées au FEM, comme American Express, La Société Générale ou Salesforce. On peut également citer l’UNESCO, l’agence des Nations unies, La Swedish International Development Agency, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), trois organisations affiliées au Forum économique mondial. On peut encore citer les Ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de La Défense.
Lorsqu’il était à la tête de RSF, Robert Ménard n’a pas hésité à rechercher des fonds auprès d’entreprises affiliés au Forum économique mondial, comme Sanofi ou Suez.
L’ONG est désormais présidé par Pierre haski qui a participé à une « à une opération de surveillance du Web qui été menée et financée par la fondation de Georges Soros », durant la campagne présidentielle de 2017, selon ses propres mots.
Sources :
Next — « RSF pointe le contournement facile des sanctions contre les médias russes via les chatbots », 3 septembre 2026.
Reporters sans frontières — « Malgré les sanctions européennes, les agents IA servent la propagande russe à la demande », 1er septembre 2026.
Conseil de l’Union européenne — « Sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie : questions et réponses ».