L’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, parmi les éditorialistes de France Inter déclenche une vive contestation au sein de Radio France. Réunis en assemblée générale mercredi 2 septembre, les personnels ont demandé à l’unanimité le retrait de sa chronique et voté le principe d’une grève. La direction défend de son côté un choix motivé par le pluralisme des opinions sur le service public.
La rentrée de France Inter se transforme en crise interne. Quelques jours après l’arrivée de Charles Sapin parmi les nouveaux éditorialistes de la station, une partie des personnels de Radio France réclame désormais son départ de l’antenne.
Réunis mercredi 2 septembre en assemblée générale, les salariés ont adopté à l’unanimité une motion exprimant leur opposition à la chronique hebdomadaire du journaliste, actuellement directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles.
Selon les informations rapportées par Le Monde avec l’Agence France-Presse, le texte demande également à l’intersyndicale de Radio France de déposer rapidement un préavis de grève. Le principe d’un mouvement social a ainsi été voté, faisant franchir un nouveau cap à la contestation.
Au cœur de la polémique : le parcours professionnel de Charles Sapin et surtout ses fonctions actuelles au sein de Valeurs actuelles. Les personnels à l’origine de la motion considèrent que les valeurs portées par cet hebdomadaire ne sont pas compatibles avec celles du groupe audiovisuel public.
Une nomination contestée par les syndicats
Charles Sapin a rejoint la nouvelle équipe d’éditorialistes politiques et économiques choisie pour intervenir le week-end sur France Inter. Ce dispositif a été constitué sous la direction de Céline Pigalle, à la tête de la station publique depuis mars 2026.
La décision a immédiatement provoqué l’opposition de plusieurs organisations représentatives.
Le SNJ-CGT dénonce notamment le positionnement de Valeurs actuelles et considère que l’arrivée de l’un de ses responsables éditoriaux à France Inter constitue une « ligne rouge ».
La Société des journalistes de France Inter avait déjà fait connaître sa « ferme opposition » à cette nomination. Elle reproche notamment à l’hebdomadaire son historique judiciaire et ses attaques répétées contre l’audiovisuel public.
Valeurs actuelles, généralement classé très à droite dans le paysage médiatique français, a effectivement fait l’objet de plusieurs condamnations judiciaires. En 2021, le magazine avait notamment été condamné après avoir représenté la députée Danièle Obono en esclave dans un récit illustré.
L’hebdomadaire a par ailleurs changé de propriétaires en 2025, après son rachat par trois investisseurs parmi lesquels figure l’homme d’affaires Pierre-Édouard Stérin.
France Inter invoque le pluralisme
Face aux critiques, la direction de France Inter défend une tout autre lecture de cette arrivée.
Elle explique vouloir favoriser à l’antenne la confrontation et la circulation de différentes sensibilités politiques. Le choix de Charles Sapin participerait ainsi d’une volonté d’« organiser la conversation entre toutes les opinions », selon les arguments de la direction rapportés par Le Monde.
France Inter invoque en particulier sa mission de pluralisme, considérée comme d’autant plus importante à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Le journaliste avait d’ailleurs été approché alors qu’il travaillait encore au Point, avant de rejoindre la direction adjointe de Valeurs actuelles. Il s’est présenté mardi devant la rédaction de France Inter afin de répondre directement aux inquiétudes.
D’après le témoignage d’un participant cité par Le Monde, Charles Sapin aurait expliqué vouloir faire évoluer la ligne de son magazine et reconnu que celui-ci avait publié par le passé des articles qu’il juge lui-même « indéfendables ».
Il a déjà assuré sa première chronique sur France Inter dimanche. Celle-ci était consacrée à la dette française et à la situation budgétaire dont héritera le prochain président de la République en 2027.
L’audiovisuel public sous forte pression politique
La controverse intervient dans un contexte particulièrement tendu pour Radio France et, plus largement, pour l’ensemble de l’audiovisuel public.
Pendant l’année écoulée, les travaux de la commission d’enquête parlementaire menée par le député Charles Alloncle ont placé la question de l’impartialité et du fonctionnement de l’audiovisuel public au centre du débat politique.
Cette commission avait notamment été créée dans un contexte d’accusations récurrentes de partialité en faveur de la gauche. Charles Alloncle appartient à l’Union des droites pour la République (UDR), formation alliée au Rassemblement national.
Ses travaux ont suscité une forte polarisation politique. Des responsables de gauche et du bloc central ont accusé le député de chercher à fragiliser l’audiovisuel public, tandis que le Rassemblement national défend de longue date sa privatisation.
C’est dans cette atmosphère déjà électrique que la direction de France Inter tente de défendre sa conception du pluralisme.
Thomas Legrand écarté de Radio France
La contestation autour de Charles Sapin intervient également au moment où une autre figure historique de la station quitte définitivement Radio France.
Thomas Legrand, également chroniqueur à Libération et présent sur France Inter depuis 2008, a été écarté du groupe public.
La concomitance de ces décisions nourrit les interrogations et les tensions internes autour de la ligne éditoriale de la première radio publique française.
La rentrée de France Inter fait parallèlement l’objet de critiques venues de médias situés à droite du paysage audiovisuel. Sur CNews, chaîne appartenant au groupe contrôlé par Vincent Bolloré, elle a notamment été qualifiée d’« indigne ».
Deux chroniques humoristiques diffusées sur France Inter ont particulièrement alimenté la polémique. Dans l’une d’elles, l’humoriste Jessé avait ironisé sur l’éventuelle arrivée de « néonazis » après celle de Charles Sapin. Dans une autre, Ameziane avait comparé l’apparence physique du député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat », provoquant de vives réactions à l’extrême droite.
Entre contestation interne, accusations de déséquilibre politique et volonté revendiquée d’élargir la diversité des opinions présentes à l’antenne, France Inter aborde donc la rentrée 2026 sous très haute tension. Le dépôt annoncé d’un préavis de grève autour de l’arrivée de Charles Sapin pourrait désormais transformer la bataille éditoriale en véritable conflit social au sein de Radio France. Preuve qu’il est difficile de prôner le pluralisme en France, en 2026.
Sources :
Le Monde avec AFP, « France Inter : les personnels de Radio France demandent le retrait de la chronique de Charles Sapin et votent la grève », publié le 2 septembre 2026.