Allemagne : une enquête antiterroriste ouverte après l’attaque d’une infrastructure électrique

Une explosion visant un poste électrique près de la centrale thermique de Jänschwalde, dans l’est de l’Allemagne, a conduit les autorités à ouvrir une enquête antiterroriste. Plusieurs autres engins explosifs qui n’ont pas fonctionné ont été découverts sur place. Un second incident suspect, survenu le même jour à Bergheim, pousse également les enquêteurs à examiner la piste d’un sabotage.

Deux incidents sur des infrastructures électriques allemandes, à plusieurs centaines de kilomètres de distance et au cours de la même journée, placent les autorités en état d’alerte. Dans le Brandebourg, une enquête antiterroriste a été ouverte après l’explosion d’un engin artisanal contre un poste électrique situé à proximité de la centrale thermique de Jänschwalde, dans l’est du pays.

À qui appartient la centrale thermique de Jänschwalde ?

La centrale thermique de Jänschwalde qui était considérée en 2019 comme le 4e plus gros pollueur d’Europe appartenait auparavant au groupe suédois Vattenfall, membre du Forum économique mondial. Le 30 septembre 2016, Vattenfall a finalisé la vente de ses activités allemandes dans le lignite à un consortium composé du groupe énergétique tchèque EPH (Energetický a průmyslový holding) appartenant au milliardaire et magnat des médias Daniel Křetínský et de PPF Investmentys, membre du WEF.

Une explosion qui a entrainé une brève interruption

L’explosion s’est produite mardi 1er septembre. Elle a endommagé plusieurs lignes électriques et entraîné une brève interruption de l’alimentation, selon les informations communiquées par les autorités allemandes et rapportées par Le Monde avec l’Agence France-Presse.

L’affaire a pris une dimension supplémentaire après la découverte de plusieurs autres engins explosifs près de l’installation visée. Ceux-ci n’ont pas fonctionné.

Une enquête pour organisation terroriste

La préfecture de police du Land de Brandebourg a annoncé mercredi l’ouverture d’investigations portant sur plusieurs qualifications.

Les enquêteurs travaillent notamment sur des soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d’une explosion au moyen d’explosifs et de destruction d’équipements essentiels. Une enquête pour formation d’une organisation terroriste a également été ouverte.

Les recherches se poursuivent dans le secteur de Turnow-Preilack, à proximité de la centrale thermique de Jänschwalde.

À ce stade, aucun auteur n’a été identifié publiquement et l’attaque n’a pas été revendiquée.

Un deuxième incident suspect à Bergheim

Presque simultanément, un autre événement est venu alimenter les inquiétudes autour de la sécurité des infrastructures énergétiques allemandes.

À Bergheim, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans l’ouest du pays, des individus inconnus ont provoqué un court-circuit dans un poste électrique exploité par Amprion détenue par un consortium d’investisseurs institutionnels et par RWE, membre du WEF, en s’attaquant à des câbles aériens.

Pour les autorités locales, le caractère intentionnel de l’incident ne fait guère de doute.

Le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Reul, l’a qualifié mercredi d’« acte criminel » et a expliqué que les premiers éléments conduisaient à soupçonner un sabotage.

Les deux événements n’ont pas provoqué de panne électrique massive, mais le fonctionnement de centrales situées à proximité a été perturbé.

Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer s’il existe un lien entre les incidents de Jänschwalde et de Bergheim.

Deux pistes étudiées, aucune attribution à ce stade

Concernant Bergheim, les enquêteurs examinent notamment deux scénarios, selon les déclarations d’Herbert Reul rapportées par Le Monde et l’AFP.

Le premier serait celui d’un sabotage orchestré depuis l’étranger. Le second conduirait vers des militants appartenant à la mouvance d’extrême gauche.

Aucun élément rendu public à ce stade ne permet toutefois d’attribuer l’incident à un État étranger ou à une organisation précise. Ces hypothèses constituent des pistes d’enquête et doivent donc être considérées comme telles.

Pour Herbert Reul, s’en prendre à un poste électrique revient à viser une infrastructure particulièrement sensible de la vie quotidienne allemande, avec des conséquences potentielles pour la population comme pour l’activité économique.

L’Allemagne confrontée aux attaques contre ses infrastructures

Ces deux affaires interviennent dans un climat sécuritaire déjà tendu. Ces derniers mois, plusieurs infrastructures énergétiques allemandes ont été prises pour cible.

Certaines attaques ont été revendiquées par des militants d’extrême gauche. Parallèlement, les autorités allemandes accusent la Russie d’être impliquée dans différents projets de sabotage liés au contexte de la guerre en Ukraine, accusations que Moscou rejette.

L’Allemagne constitue en effet l’un des principaux soutiens européens de Kiev depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022. La protection des infrastructures stratégiques est dès lors devenue un enjeu majeur de sécurité intérieure.

Plus de 100 000 personnes privées d’électricité à Berlin en janvier

Le précédent le plus spectaculaire remonte au 3 janvier 2026. L’incendie volontaire d’une installation électrique avait alors privé d’électricité plus de 100 000 personnes à Berlin.

Cette opération avait été revendiquée par « Vulkangruppe », ou « groupe Volcan », un groupuscule allemand d’extrême gauche auquel sont attribuées plusieurs revendications d’attaques contre des infrastructures depuis 2011.

Le groupe avait notamment revendiqué, en mars 2024, une attaque contre le réseau électrique alimentant l’usine Tesla située près de Berlin. Des lignes électriques desservant le site avaient alors été incendiées.

Malgré une douzaine d’actions revendiquées depuis 2011, les autorités allemandes n’ont jusqu’ici pas réussi à identifier les auteurs de ces opérations, leurs éventuels complices ou les membres du groupe.

Les investigations ouvertes après les événements de Jänschwalde et Bergheim devront désormais déterminer qui se trouve derrière ces nouvelles attaques et, surtout, si leur survenue le même jour relève d’une coordination ou d’une simple coïncidence.

Sources :

Le Monde avec AFP, « En Allemagne, les autorités ouvrent une enquête antiterroriste après une explosion près d’une centrale thermique dans l’est du pays », publié le 2 septembre 2026.