Ratko Mladic lors du prononcé de son jugement au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, La Haye

Ratko Mladic : à Banja Luka, on allume des bougies pour un génocidaire

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées mardi soir à Banja Luka, capitale de l’entité serbe de Bosnie, pour rendre hommage à Ratko Mladic, mort le 27 août à 84 ans dans le quartier pénitentiaire des Nations unies à La Haye. L’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La glorification des criminels de guerre est pourtant interdite par le Code pénal bosnien depuis 2021.

Une banderole d’abord. « Commandant, merci pour tout ! » Puis le drapeau d’une ancienne unité d’élite de l’armée serbe de Bosnie, des torches fumigènes, des bougies, un livre de condoléances posé devant une photo encadrée et une gerbe. Le décor du rassemblement de mardi soir à Banja Luka, décrit par l’AFP et repris par la RTBF et Le Temps, ne laisse aucune place au doute sur ce qui était célébré. L’organisation était assurée par une association d’anciens combattants serbes. La télévision publique de l’entité a diffusé des images d’une foule dense.

L’homme honoré, Ratko Mladic, a été condamné en 2017 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, verdict confirmé en appel en 2021, pour le génocide de Srebrenica en juillet 1995, où au moins 8 000 hommes et adolescents bosniaques ont été exécutés dans une zone déclarée « sûre » par les Nations unies. Le jugement retient aussi le siège de Sarajevo, qui a fait environ 10 000 morts, la persécution, l’extermination, les déportations et la terreur exercée sur les civils. La guerre de Bosnie, entre 1992 et 1995, a tué près de 100 000 personnes et déplacé plus de deux millions d’habitants.

Une semaine de cérémonies d’un bout à l’autre de l’entité

Banja Luka n’est que l’étape la plus visible. Dès le lendemain de la mort de l’ancien général, le 28 août, le média régional Balkan Insight recensait des rassemblements à Trebinje, Bijeljina, Prijedor, Srbac, Ilidza-Est, Zvornik et sur le mont Ozren. À Banja Luka, le président de la Republika Srpska et du parti SNSD, Milorad Dodik, s’était déplacé avec son Premier ministre Savo Minic et le maire de la ville, Drasko Stanivukovic. Devant la presse, Milorad Dodik avait résumé sa position en une phrase : certains veulent que ce peuple ne se souvienne pas de lui, mais « on ne peut pas interdire les sentiments ».

Le Code pénal de Bosnie-Herzégovine dit pourtant autre chose. Depuis les amendements imposés en 2021 par le haut représentant international de l’époque, Valentin Inzko, la glorification publique des criminels de guerre condamnés est une infraction. Le vice-président de l’entité, le Bosniaque Camil Durakovic, a qualifié ces hommages de « dernière étape du génocide ». Dans la même semaine, la loi et les bougies se sont regardées sans se parler.

« Quel genre de personne faut-il être »

À Sarajevo, Kada Hotic, 82 ans, a regardé les images. Elle a perdu à Srebrenica son mari, son fils et deux frères, et compte plus de cinquante membres de sa famille élargie parmi les victimes. Interrogée par Balkan Insight, elle ne parle pas de haine. « Je me demande simplement quel genre de personne il faut être pour célébrer un criminel de guerre », a-t-elle dit. Emir Suljagic, qui dirige le mémorial de Srebrenica, a eu une formule plus courte à l’annonce du décès, rapportée par Al Jazeera : cela « ne ramène pas les morts ».

Ratko Mladic, lui, n’avait jamais reconnu le tribunal qui l’a jugé. « Je ne reconnais pas cette cour », avait-il lancé en 2014, avant de traiter les juges de menteurs lors de sa condamnation en 2017. Il est mort sans avoir exprimé le moindre regret, dans l’hôpital du centre de détention de l’ONU, où la présidente du Mécanisme résiduel, la juge Graciela Gatti Santana, a ordonné une enquête de routine sur les circonstances de son décès.

Le pays de Dayton, trente ans après

Ces hommages illustrent ce que France Info appelle l’embarras des nationalistes serbes face au « boucher des Balkans » : lui rendre hommage sans nommer ce pour quoi il a été condamné. Les accords de Dayton, qui ont mis fin à la guerre en 1995, ont créé une Bosnie à deux entités, dont la Republika Srpska, où le souvenir de Ratko Mladic reste un capital politique. La mémoire du conflit y demeure un marqueur identitaire, et la justice internationale un corps étranger.

À Banja Luka, les bougies ont fini par s’éteindre dans la nuit de mardi. Les 8 000 noms gravés à Potocari, eux, ne bougent pas.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/02/bosnie-plusieurs-milliers-de-personnes-rendent-hommage-a-l-ex-chef-militaire-serbe-bosnien-ratko-mladic_6763629_3210.html