Une femme morte au World Trade Center a retrouvé un nom le 24 août 2026, vingt-cinq ans après les attentats. Pour la première fois, le bureau du médecin légiste en chef de New York a eu recours à la généalogie génétique, une technique qui n’existait pas en 2001, pour identifier une victime du 11 septembre. Ses proches ont demandé que son identité reste confidentielle. Avec ce cas, 1 654 des 2 753 morts de Manhattan ont été identifiés, rapporte Science et Vie. Près de 1 100 restent anonymes.
Le chiffre n’a presque pas bougé depuis des années. Sur les 2 753 personnes tuées à New York le matin du 11 septembre 2001, 1 654 ont été formellement identifiées. Les autres, près de 1 100, soit quatre victimes sur dix, n’ont jamais été rendues à leur famille. Leurs restes reposent dans un espace aménagé sous le mémorial de Manhattan, réservé aux proches, à quelques mètres des deux bassins où sont gravés tous les noms.
Le 24 août, le bureau du médecin légiste en chef et la mairie de New York ont annoncé une identification de plus. Une femme. Sa famille a souhaité taire son nom. Ce qui distingue ce cas de tous les précédents, c’est la méthode.
Le cousin au quatrième degré
La technique s’appelle FIGG, pour généalogie génétique d’investigation. Elle ne cherche pas une correspondance directe avec l’échantillon d’un parent proche. Elle part d’une trace génétique, l’injecte dans des bases généalogiques constituées par des particuliers, et y repère des parentés lointaines, un cousin au troisième ou au quatrième degré qui ignore tout de la personne recherchée. Les spécialistes reconstruisent ensuite les branches de l’arbre jusqu’à proposer une identité, que le laboratoire municipal valide par un test ADN conventionnel sur les éléments préservés.
Dans ce dossier, l’unité de généalogie de la police new-yorkaise a travaillé avec les médecins légistes. En 2001, cette discipline n’existait pas. Elle s’est développée bien plus tard, portée par l’essor des tests ADN grand public.
Ce que les gravats ont laissé
La première difficulté tient à l’état des prélèvements. La chute des tours, les incendies puis des mois d’enfouissement ont dégradé la matière génétique. Beaucoup de fragments d’os récupérés à Ground Zero ne livrent que des profils incomplets ou inexploitables. Chaque progrès technique permet pourtant de relancer des analyses : plusieurs noms obtenus ces dernières années proviennent d’éléments collectés en 2001 et soumis à des séries de tests successives.
Le second obstacle est humain. Les méthodes classiques exigent l’échantillon d’un membre proche de la famille. Or certaines familles n’ont jamais rien transmis. D’autres se sont éloignées, ou leurs membres sont morts entre-temps. Des profils génétiques complets dorment ainsi dans les fichiers municipaux sans aucune référence à laquelle les comparer. C’est précisément là que la généalogie génétique change la donne : elle se passe du parent direct.
Le fichier qu’on n’a pas signé
Les légistes préviennent que l’outil ne s’appliquera pas à tous les dossiers. Il exige des données génétiques suffisamment complètes dès le départ, ce que les restes les plus abîmés ne fournissent pas. Les équipes donnent la priorité aux cas restés sans rapprochement depuis vingt-cinq ans.
Reste une question que Science et Vie soulève sans la trancher : celle du consentement. Les personnes qui confient leur ADN à un service généalogique pour retrouver un ancêtre ne savent pas toujours qu’une procédure judiciaire pourra un jour exploiter ces données. Aux États-Unis, le cadre légal varie d’un État à l’autre.
Le 11 septembre 2026, New York commémorera le vingt-cinquième anniversaire face aux deux bassins. Mille cent familles y viendront encore sans certitude. Pour l’une d’elles, depuis le 24 août, l’attente est finie.