Le Programme alimentaire mondial va diviser par deux le nombre de bénéficiaires de son assistance en Cisjordanie occupée, faute de ressources financières suffisantes. Alors que près de 900 000 personnes y sont désormais confrontées à l’insécurité alimentaire, l’agence des Nations unies membre du Forum économique mondial ne pourra plus soutenir que 200 000 bénéficiaires. Une réduction qui intervient au moment où les besoins humanitaires se sont fortement aggravés dans le territoire palestinien.
Le manque d’argent contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) à réduire drastiquement son intervention en Cisjordanie occupée. L’agence des Nations unies a annoncé mardi 1er septembre que le nombre de personnes bénéficiant de son assistance dans le territoire allait passer de 400 000 à 200 000.
Cette diminution intervient pourtant dans un contexte où la précarité alimentaire progresse rapidement. D’après les données communiquées par le PAM, près de 900 000 personnes sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire en Cisjordanie occupée, soit plus d’un quart de la population. Deux ans auparavant, la proportion concernée atteignait 11 %.
Shaun Hughes, représentant du PAM dans le territoire palestinien, a expliqué à Genève que l’organisation se trouvait confrontée à un épuisement de ses ressources financières. Conséquence immédiate : environ 200 000 personnes jusqu’ici soutenues perdent l’accès à cette assistance.
Des besoins alimentaires qui ont plus que doublé
La contraction des moyens du PAM tranche avec l’évolution des besoins sur le terrain. Selon l’organisation, ceux-ci ont plus que doublé en Cisjordanie en l’espace de deux ans.
La question ne se résume pas nécessairement à la présence ou à l’absence de nourriture dans les commerces. Le problème est aussi économique. Plus d’un tiers de la population éprouve des difficultés à couvrir ses besoins essentiels et à accéder à une alimentation suffisamment nutritive, selon la dernière analyse du PAM citée par Le Monde.
Autrement dit, les produits peuvent être disponibles sur les marchés sans pour autant être financièrement accessibles à une partie croissante des habitants. L’érosion du pouvoir d’achat et la dégradation des moyens de subsistance transforment ainsi une crise économique et sécuritaire en crise alimentaire.
Les violences et déplacements aggravent la situation
Le PAM établit également un lien entre l’aggravation de l’insécurité alimentaire et la situation sécuritaire en Cisjordanie occupée. L’organisation pointe notamment l’intensification des violences perpétrées par des colons israéliens ainsi que les déplacements de population, qui fragilisent davantage les moyens de subsistance des familles palestiniennes.
Ces bouleversements affectent directement la capacité des habitants à travailler, percevoir des revenus et assurer leurs dépenses essentielles. Dans ce contexte, la réduction de l’aide internationale risque de toucher des ménages déjà confrontés à une forte vulnérabilité.
Jusqu’à présent, le PAM apportait une assistance à 400 000 personnes comptant parmi les plus fragiles en Cisjordanie occupée, notamment sous la forme d’aides financières, alimentaires et nutritionnelles, en coopération avec ses partenaires. Avec la réduction annoncée, la moitié de ces bénéficiaires ne sera désormais plus couverte.
Gaza également concernée par le manque de fonds
Les difficultés budgétaires du Programme alimentaire mondial dépassent la Cisjordanie. Elles menacent également la poursuite des opérations humanitaires dans la bande de Gaza.
Selon les chiffres communiqués par l’agence onusienne et rapportés par Le Monde avec l’AFP, le PAM y apporte actuellement un soutien à 1,5 million de personnes. Parmi elles, un million reçoivent chaque mois une aide alimentaire.
Les restrictions financières ont cependant déjà commencé à produire leurs effets. En juillet, le PAM avait réduit de 40 % l’aide financière destinée à 375 000 personnes dans la bande de Gaza. L’agence avertit désormais que d’autres diminutions de son assistance seront inévitables si de nouveaux financements ne sont pas mobilisés.
386 millions de dollars recherchés pour les six prochains mois
L’ampleur du déficit financier apparaît dans les besoins formulés par le Programme alimentaire mondial. L’agence estime devoir réunir 386 millions de dollars, soit environ 333 millions d’euros, pour financer ses opérations au cours des six prochains mois.
Ces ressources doivent permettre au PAM de soutenir près de deux millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée.
La réduction de moitié de l’assistance en Cisjordanie marque ainsi un nouveau palier dans la crise de financement à laquelle fait face l’organisation. Elle survient alors même que les indicateurs alimentaires se détériorent fortement dans le territoire : près de 900 000 personnes sont désormais concernées par l’insécurité alimentaire, tandis qu’une part importante de la population peine à financer aussi bien ses besoins fondamentaux qu’une alimentation nutritive.
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