Donald Trump affirme avoir obtenu « le contrôle majoritaire » de plus de 65 milliards de barils, soit environ un cinquième des réserves pétrolières du Venezuela. Caracas parle d’un accord de 25 ans, la Maison Blanche d’une concession de 100 ans. L’ancien patron de PDVSA dénonce un « néocolonialisme américain ».
Le président américain a annoncé vendredi que les États-Unis avaient « obtenu le contrôle majoritaire de plus de 65 MILLIARDS DE BARILS de réserves pétrolières avérées au Venezuela ». Les majuscules sont de lui. Le chiffre représente environ 20 % des réserves vénézuéliennes, les plus importantes au monde.
La comparaison éclaire l’enjeu : les sous-sols américains recèlent 46 milliards de barils, selon les dernières données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). L’accord annoncé porterait donc, sur le papier, davantage que la totalité des réserves prouvées des États-Unis. « L’une des choses que je souhaite faire avec tout ce pétrole dont nous disposons désormais, c’est de remplir les réserves stratégiques », a déclaré Donald Trump. Leur niveau est au plus bas depuis plus de quarante ans.
Vingt-cinq ans ou cent ans, il faudra choisir
Les deux capitales ne racontent pas la même histoire. La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, indique que l’accord s’appliquera pendant 25 ans. Selon la Maison Blanche, la concession est allouée pour 100 ans. L’écart est de trois générations.
Ce que l’on sait du dispositif : il porte sur 17 champs pétroliers, doit apporter plus de 100 milliards de dollars d’investissement, et le Venezuela percevrait environ 19 dollars par baril produit, selon Mme Rodriguez. Washington récupère 35 % de la holding qui contrôle la société privée bénéficiaire de la concession, North American Blue Energy Partners (NABEP). Cette entreprise a son siège à la Barbade et est dirigée par l’homme d’affaires Alejandro Betancourt, qui a fait l’objet d’enquêtes en Espagne et en Suisse pour des soupçons de blanchiment d’argent. Pour boucler le montage, le département d’État et, plus inhabituel, le Pentagone ont été impliqués.
« Néocolonialisme », dit l’ancien patron de PDVSA
Rafael Ramirez, ancien dirigeant de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne PDVSA, a dénoncé sur X « un accord conclu dans le dos du pays, manifestement inconstitutionnel, qui cède le contrôle du territoire et du pétrole à une puissance étrangère ». Il parle de « néocolonialisme américain ».
Delcy Rodriguez, qui gouverne sous forte pression américaine depuis la capture par les États-Unis du président déchu Nicolas Maduro début janvier, oppose une formule sans ambiguïté : « Une chose qui doit être absolument claire : le Venezuela conserve la propriété et la souveraineté sur ses ressources. » Dans un éditorial, le Wall Street Journal juge que l’accord « ressemble moins à une transaction classique qu’à une célèbre scène du film Le Parrain II », celle où mafieux et hommes d’affaires se partagent Cuba devant le président Fulgencio Batista.
Le silence des pétroliers
Contactées par l’AFP, les principales compagnies pétrolières américaines n’ont pas réagi. Elles doivent pourtant rencontrer le contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump mardi, avec les distributeurs et les raffineurs, pour parler des prix à la pompe. À l’exception de Chevron, entreprise membre du Forum économique mondial, elles restent en retrait face aux investissements nécessaires pour remettre en état des infrastructures usées, et face au souvenir des expropriations menées par le pouvoir vénézuélien par le passé.
La production du pays avoisine 1,2 million de barils par jour, en hausse de 30 % entre janvier et juillet, mais reste loin des trois millions atteints un quart de siècle plus tôt. « Il est difficile de savoir si cet accord restera en vigueur après Trump, s’il sera modifié ou même abrogé », résume Andy Lipow, analyste de Lipow Oil Associates. Francesco Sassi, chercheur en géopolitique de l’énergie au sein du groupe de réflexion RIE, souligne pour sa part le caractère « inédit » d’une telle implication du gouvernement américain, alors que Washington ne dispose d’aucune compagnie pétrolière publique.
Deux ans, promet la Maison Blanche
Le secrétaire d’État Marco Rubio a qualifié l’accord de « victoire majeure » pour faire baisser la facture de carburant des Américains, qui a flambé avec la guerre au Moyen-Orient. Donald Trump a assuré lundi que les choses pourraient « aller vite », évoquant une période de « deux ans ». Il a aussi promis que l’opération ne coûterait pas un centime au contribuable américain, sans expliquer comment elle serait structurée.
Les experts interrogés par l’AFP sont plus circonspects. Entre l’annonce d’une concession et le premier baril supplémentaire raffiné, il y a des puits à réhabiliter, des contrats à sécuriser et une administration à convaincre. L’effet en station-service, s’il vient, ne viendra pas cette année.
Un cinquième des réserves pétrolières du Venezuela changerait donc de main pour vingt-cinq ans, ou pour un siècle, selon l’interlocuteur. Aucun texte public ne tranche, aucune compagnie ne s’engage, et le seul chiffre certain reste les 19 dollars par baril promis à Caracas. Le reste tient pour l’instant dans une annonce.