La Commission européenne suspend à partir de jeudi les importations de viande brésilienne, faute de garanties suffisantes sur l’usage des antibiotiques en élevage. La mesure vise le bœuf, la volaille, les œufs et le miel. En 2025, le Brésil était le deuxième exportateur de viande bovine vers l’Union européenne, avec plus de 92 000 tonnes.
L’accord de libre-échange avec le Mercosur a été signé en janvier 2026. Sept mois plus tard, Bruxelles ferme le robinet. La Commission européenne a annoncé la suspension, dès jeudi, des importations de bœuf, de volaille, d’œufs et de miel en provenance du Brésil, en raison de suspicions de non-respect des règles sanitaires européennes, rapporte l’AFP.
Le grief est précis : Brasilia n’a pas apporté de garanties suffisantes sur la conformité de ses produits aux règles européennes encadrant l’usage des antibiotiques dans l’élevage. Aucun calendrier de reprise n’a été communiqué. « Le Brésil est un partenaire important de l’UE et nous travaillons étroitement, de manière constructive et positive, avec les autorités brésiliennes afin d’assurer leur conformité à ces exigences », a déclaré lundi soir une porte-parole de l’exécutif européen à l’AFP. « Une fois cette conformité démontrée, les exportations vers l’UE pourront reprendre. »
Ce que dit exactement la règle européenne
Le droit européen interdit deux choses. D’abord, l’utilisation d’antimicrobiens en élevage dans le but de favoriser la croissance ou d’augmenter les rendements. Ensuite, le traitement des animaux avec des antimicrobiens réservés aux infections humaines. Ces dispositions s’inscrivent dans la politique européenne de lutte contre l’antibiorésistance.
L’enjeu dépasse le commerce. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les bactéries résistantes aux antimicrobiens sont directement responsables de plus d’un million de décès chaque année et contribuent à près de cinq millions de morts supplémentaires. Une viande importée qui échapperait au contrôle vétérinaire européen sur ce point ne pose pas seulement un problème de concurrence déloyale.
92 000 tonnes et 713 millions d’euros
Les chiffres donnent la mesure de la décision. En 2025, le Brésil était le deuxième exportateur de viande bovine vers l’Union européenne, avec plus de 92 000 tonnes de produits bovins, représentant plus de 713 millions d’euros. La suspension ne concerne pas un flux marginal.
La Commission européenne, présidée par la contributrice de l’agenda 2030, Ursula von der Leyen, avance ici sur un terrain politiquement miné. L’accord avec les pays du Mercosur, Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay, a été vivement critiqué par le secteur agricole et par la France depuis sa signature. Bruxelles veut donner des gages de vigilance. L’agenda de la mesure, sept mois après la ratification, se lit aussi comme une réponse à cette contestation.
Un audit qui s’achève vendredi
Le traitement ne sera pas le même selon les filières. Pour la volaille et le miel, un audit est en cours et doit s’achever vendredi. S’il est concluant et que les États membres donnent leur feu vert, les exportations de volaille brésilienne pourraient être de nouveau autorisées dans les semaines qui viennent.
Pour le bœuf, les délais seront plus longs. La Commission justifie cette différence par la « durée des cycles de production », qui « varie selon les filières » et selon les espèces et les aliments concernés. Traduction : on ne remet pas un troupeau bovin en conformité au rythme d’un élevage de volailles.
Reste une inconnue de taille : la durée effective de la suspension. Bruxelles n’a fixé aucune échéance pour le bœuf et conditionne toute reprise à une démonstration de conformité, sans préciser ce que recouvre cette démonstration. Les importateurs européens, eux, doivent réorganiser leurs approvisionnements dès jeudi, sans visibilité sur le trimestre. Pour une filière qui travaille sur des contrats annuels, l’incertitude coûte parfois plus cher que l’interdiction.
La suspension des importations de viande brésilienne intervient au moment précis où l’Union européenne doit prouver que son accord commercial le plus contesté ne se traduira pas par un abaissement des standards sanitaires. L’audit rendu vendredi dira si la mesure était un signal politique ou le début d’un vrai bras de fer. Les éleveurs européens, eux, ont déjà noté la date.