Vingt organisations de la société civile africaine réclament une enquête indépendante après la découverte d’une fosse commune en Guinée, dans la préfecture de Forécariah. Six hommes y ont été retrouvés ligotés et les yeux bandés le 24 août. L’armée guinéenne a promis lundi que les résultats de l’enquête seraient rendus publics.
Ce sont des jeunes partis chercher du bois de chauffe qui ont fait la découverte, lundi 24 août, dans une forêt de la préfecture de Forécariah, en Basse Guinée. Six dépouilles, toutes des hommes, ligotées, les yeux bandés. Une enquête a été ouverte depuis, rapporte l’Agence France-Presse.
Une semaine plus tard, vingt organisations de la société civile africaine ont transmis à l’AFP un communiqué commun qui tient en une phrase : elles « exigent une enquête indépendante et transparente » de la justice guinéenne. Parmi les signataires figurent Afrikajom Center, animé par la figure de la société civile sénégalaise Alioune Tine, et plusieurs sections de Tournons la page (TLP), réseau qui fédère des mouvements citoyens dans une dizaine de pays du continent.
Des experts médico-légaux, pas des communiqués
Les vingt ONG ne se contentent pas de demander une enquête. Elles précisent le cahier des charges. Elles « exigent que toutes les hypothèses soient examinées dans le cadre d’une enquête indépendante, impartiale et transparente », réclament « la reddition de compte immédiate » et demandent que les travaux soient menés « avec l’appui d’experts médico-légaux nationaux et internationaux, afin d’identifier formellement les victimes ».
Le niveau de détail n’est pas neutre. Il dit la défiance envers les procédures internes et le souvenir des dossiers restés sans suite. Selon ces organisations, « les conditions dans lesquelles les corps ont été retrouvés font craindre que les victimes aient pu faire l’objet d’exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ». La formulation reste au conditionnel : aucune identification n’a été rendue publique à ce stade.
Trente-cinq disparitions au compteur
La fosse de Forécariah ne tombe pas dans un vide. Elle s’ajoute, selon le communiqué, à « au moins 35 cas de disparitions forcées documentés » par TLP Guinée depuis le 5 septembre 2021. La date n’est pas choisie au hasard : c’est celle du coup d’État qui a porté le général Mamadi Doumbouya au pouvoir, avant son élection à la présidence du pays fin 2025.
Depuis, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations sont réprimées, et de nombreux dirigeants de l’opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil, rappelle Le Monde. Les enlèvements et disparitions de voix dissidentes et de leurs proches se sont multipliés ces dernières années. Les autorités ont toujours nié en avoir eu connaissance.
L’armée sort de son silence
Il aura fallu près d’une semaine pour obtenir une parole officielle. Dans un communiqué publié dimanche, la direction des relations publiques des armées a indiqué que les corps avaient été transportés à l’hôpital de Forécariah « en vue de poursuivre les opérations d’identification et éventuellement de déterminer les circonstances » des décès. Elle assure que « toutes les mesures sont prises pour faire la lumière » et que « les résultats des enquêtes seront communiqués au public ».
C’est la première réaction officielle depuis le déclenchement de l’affaire. Elle ne dit rien de l’identité des six hommes, ni de la date approximative de leur mort.
Siguiri, l’autre dossier
Un second front s’est ouvert dans le même temps. TLP Guinée fait état du « décès de quatre détenus en l’espace de quelques jours » à la maison d’arrêt de Siguiri, en Haute Guinée, sans préciser les dates. « Il est inadmissible et inconcevable que des citoyens meurent en détention sans qu’une lumière totale et immédiate ne soit faite », écrit l’organisation.
Le parquet de Siguiri a démenti toute violence. Dans une vidéo consultée lundi par l’AFP, le procureur du tribunal, Dominique Loua, affirme que « les détenus sont bien traités » et que parler de torture relève du mensonge. « La mort arrive dans toutes les maisons d’arrêt », ajoute-t-il. Aucune autopsie n’a été annoncée.
Une enquête ouverte, une promesse de transparence, un procureur qui dément : sur le papier, l’appareil d’État a répondu. Reste que ni les six hommes de Forécariah ni les quatre détenus de Siguiri n’ont, à ce jour, de nom public. Tant que la fosse commune en Guinée n’aura pas livré d’identités, la parole officielle restera une parole contre une autre.