FIFA : Joshua Kushner regrette son implication dans le projet controversé de Gianni Infantino

Joshua Kushner reconnaît avoir sous-estimé la violente opposition provoquée par le projet FIFA Forward Enterprise, qui devait ouvrir une partie des activités commerciales de la FIFA aux capitaux privés. L’investisseur américain continue pourtant de défendre le principe du dispositif porté par Gianni Infantino, désormais confronté à une offensive judiciaire de l’UEFA. Une affaire qui révèle au grand jour les profondes fractures autour du pouvoir et de l’argent dans le football mondial.

Le projet devait permettre à la FIFA de faire entrer des investisseurs privés dans une nouvelle structure commerciale liée notamment à ses compétitions les plus lucratives. Il aura finalement provoqué une crise majeure au sommet du football mondial.

Joshua Kushner, dont la société Thrive Capital était appelée à jouer un rôle central dans l’opération, a reconnu lundi 31 août 2026 qu’il ne se serait probablement pas lancé dans l’aventure s’il avait anticipé l’ampleur de la contestation.

L’investisseur américain de 41 ans assure néanmoins continuer à soutenir les motivations qui sous-tendaient FIFA Forward Enterprise (FFE), le projet défendu par le président de la FIFA, Gianni Infantino.

Dans une déclaration transmise à l’AFP et également rapportée par plusieurs médias internationaux, Joshua Kushner reconnaît que son groupe a sous-estimé les rapports de force particulièrement féroces qui structurent le football mondial.

Thrive Capital avait travaillé pendant plusieurs mois sur le dossier et devait occuper une place déterminante dans le processus d’investissement.

Un projet à plusieurs milliards de dollars

FIFA Forward Enterprise devait regrouper une partie des activités commerciales et opérationnelles liées aux compétitions de la FIFA, dont la Coupe du monde. Le projet envisageait l’entrée d’investisseurs privés au capital de cette nouvelle structure.

Selon Reuters, l’ensemble était valorisé autour de 20 milliards de dollars et le projet prévoyait de lever environ 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs privés.

Joshua Kushner défend une logique de redistribution. Selon lui, les ressources financières du football international se sont historiquement concentrées dans un nombre limité de pays. FIFA Forward Enterprise devait, dans la présentation défendue par ses promoteurs, permettre de répartir davantage de capitaux entre les 211 associations membres de la FIFA.

L’objectif affiché était notamment de financer le développement du football dans les pays disposant de moins de ressources, de soutenir la formation et le football amateur et d’accroître les investissements dans les fédérations nationales.

Cette lecture du projet est toutefois vivement contestée par ses opposants.

L’UEFA mène la fronde contre Gianni Infantino

L’UEFA s’est imposée comme l’un des adversaires les plus déterminés du projet. L’instance européenne considère que le dispositif envisagé risquait de transférer durablement une partie de la valeur des actifs commerciaux de la FIFA vers des investisseurs privés.

L’organisation européenne a notamment dénoncé le manque de transparence entourant les négociations et contesté la valorisation retenue pour les actifs concernés. La bataille dépasse désormais largement le simple désaccord sur la stratégie commerciale de la FIFA.

D’après Reuters et le Financial Times, l’UEFA cherche à obtenir des documents susceptibles d’être utilisés dans le cadre d’une éventuelle procédure pénale en Suisse visant Gianni Infantino. L’organisation européenne évoque notamment des soupçons de gestion déloyale ou de mauvaise gestion pénale, selon les traductions juridiques employées par les différents médias.

À ce stade, il s’agit d’accusations et de démarches engagées ou envisagées par l’UEFA, et non d’une condamnation judiciaire de Gianni Infantino.

Des documents réclamés aux États-Unis

L’affaire possède également un important volet américain. L’UEFA a engagé des démarches devant la justice des États-Unis afin d’obtenir des documents et communications concernant les discussions autour de FIFA Forward Enterprise.

Joshua Kushner et Thrive Capital sont notamment concernés par ces demandes de transmission de documents et de témoignages.

Reuters rapporte que l’UEFA a demandé à une juridiction fédérale américaine l’accès à des communications entre la FIFA, Thrive et d’autres protagonistes du projet, dans la perspective de sa démarche en Suisse.

Joshua Kushner et Thrive ne sont toutefois pas présentés comme des défendeurs dans cette procédure et n’ont pas été accusés d’actes répréhensibles dans ce dossier.

Une privatisation qui a fracturé le football mondial

La controverse autour de FIFA Forward Enterprise illustre surtout la bataille qui se joue autour du contrôle des gigantesques revenus générés par le football international.

La perspective de céder une participation minoritaire dans une structure contrôlant des actifs liés aux grandes compétitions de la FIFA a suscité une opposition qui a dépassé l’Europe. Le projet a fini par être abandonné après la mobilisation de plusieurs acteurs du football international.

Pour Joshua Kushner, l’échec tient en partie à une mauvaise appréciation de cet environnement politique. L’homme d’affaires affirme que Thrive n’avait pas anticipé jusqu’où pourrait aller l’affrontement entre les différentes puissances du football.

Il maintient cependant que le principe initial du projet, consistant à injecter davantage de capitaux dans le football et à mieux les répartir entre les fédérations membres, restait pertinent.

Gianni Infantino au cœur d’une nouvelle crise

Pour Gianni Infantino, l’abandon de FIFA Forward Enterprise ne signifie pas la fin de l’affaire. Le président de la FIFA fait désormais face à une contestation institutionnelle particulièrement sérieuse, alors que l’UEFA poursuit ses démarches judiciaires et réclame des comptes sur la manière dont le projet a été élaboré.

Cette crise intervient dans un contexte où la gouvernance de la FIFA et l’exploitation commerciale de ses compétitions sont scrutées avec une attention croissante. Les revenus associés à la Coupe du monde représentent un actif stratégique colossal et toute modification de leur contrôle dépasse largement le cadre d’une simple opération financière.

Joshua Kushner, lui, reste un acteur de premier plan de l’investissement américain. Fondateur de Thrive Capital et frère de Jared Kushner, époux d’Ivanka Trump, il appartient à une famille étroitement liée aux cercles économiques et politiques américains. Il a fondé Thrive Capital en 2009 et en reste le dirigeant. En 2023, un groupe d’investisseurs comprenant notamment Disney, Henry Kravis, Mukesh Ambani, Xavier Niel, Jorge Paulo Lemann et Bob Iger avait acquis une participation minoritaire dans Thrive Capital,

L’intervention de Joshua Kushner dans le football mondial aura été de courte durée mais particulièrement mouvementée. En reconnaissant qu’il ne se serait pas engagé s’il avait anticipé les conséquences de l’opération, l’investisseur acte l’échec politique de FIFA Forward Enterprise sans pour autant renier sa logique économique.

Sources :

Le Monde avec AFP, « Projet économique avorté de la FIFA : l’investisseur américain Joshua Kushner avoue ne pas avoir imaginé l’ampleur des réactions négatives », 1er septembre 2026.

Reuters, « Key player Kushner regrets the way FIFA private investment proposal played out », 1er septembre 2026.

Financial Times, « Uefa prepares criminal complaint against Fifa’s Infantino », 27 août 2026.