Vue d'artiste du télescope spatial Nancy Grace Roman

Télescope Roman : la Nasa lance son nouvel atlas de l’Univers

La Nasa, membre du Forum économique mondial a lancé dimanche 30 août le télescope spatial Nancy Grace Roman, destiné à cartographier le cosmos pendant plusieurs années. Le décollage a eu lieu à 11 h 26 GMT depuis le Centre spatial Kennedy, en Floride, à bord d’une fusée Falcon Heavy de SpaceX. Son champ de vision dépasse de plus de cent fois celui de Hubble.

L’appareil rejoindra un point d’observation situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, après environ cent jours de trajet. De là, il ratissera de vastes portions du ciel, là où le télescope James Webb, plus puissant et plus précis, scrute des zones réduites.

Les deux instruments sont conçus pour travailler en tandem. Roman repère, Webb approfondit. « Il offrira à la Terre un nouvel atlas de l’univers », avait résumé en avril le chef de l’agence spatiale américaine, Jared Isaacman.

Des milliers d’exoplanètes, des dizaines de milliers de supernovas

Le télescope ambitionne de découvrir des milliers d’exoplanètes et des dizaines de milliers de supernovas, c’est-à-dire d’étoiles massives en fin de vie. « Il s’agira du plus grand catalogue d’objets astronomiques jamais réalisé, et il nous aidera à comprendre à quel point les systèmes solaires comme le nôtre sont courants », explique à l’AFP Dave Content, responsable technique du télescope.

Grâce à sa vision infrarouge, l’instrument observera la lumière émise par des objets célestes il y a des milliards d’années, ce qui revient à remonter le temps.

95 % de l’Univers reste invisible

L’objectif principal porte sur ce que personne n’a jamais vu : la matière noire et l’énergie noire, dont l’origine reste inconnue mais que l’on estime représenter 95 % de l’Univers. La première est décrite comme une sorte de ciment gravitationnel, la seconde comme une force répulsive impliquée dans l’expansion de l’Univers.

Ces observations compléteront celles de l’observatoire Rubin, au Chili, et de la sonde Euclid de l’Agence spatiale européenne.

« Oui, le modèle fonctionne, ou il ne fonctionne pas »

L’enjeu est plus rude qu’il n’y paraît. Les scientifiques ont récemment constaté que l’expansion de l’Univers à ses débuts « n’était pas tout à fait cohérente avec ce que nos modèles prévoyaient », a expliqué Julie McEnery, astrophysicienne responsable du télescope, lors d’une conférence de presse samedi. Ce constat laisse « entendre que notre modèle standard de l’univers est incorrect ».

Roman est chargé de trancher. « Il permettra de dire sans ambiguïté : Oui, le modèle fonctionne, ou il ne fonctionne pas », précise-t-elle. Et si le modèle ne fonctionne pas, l’instrument doit fournir des données assez précises pour commencer à distinguer entre les explications possibles.

Des données trop lourdes pour un ordinateur portable

L’ensemble des données du télescope sera mis à la disposition du grand public et des scientifiques du monde entier. Avec une réserve pratique soulevée par Dave Content : les volumes transmis quotidiennement sont bien trop importants « pour être téléchargées sur l’ordinateur portable de qui que ce soit ».

La Nasa s’attend d’ailleurs à ce que les découvertes les plus marquantes de la mission soient imprévues. « Quelque chose que nous ne pouvions pas prévoir, et qui ouvrira la voie à une nouvelle série de questions plus approfondies », anticipe Julie McEnery.

Un capteur de 300 mégapixels et un coronographe

La puissance de Roman tient à son instrument principal, le Wide Field Instrument, un capteur infrarouge d’environ 300 mégapixels. Le miroir primaire mesure 2,4 mètres de diamètre, soit exactement celui de Hubble, mais le champ couvert par chaque image est plus de cent fois supérieur. C’est ce rapport, et non la finesse de résolution, qui fait de Roman un instrument de cartographie.

Le télescope embarque en outre un coronographe présenté comme un démonstrateur technologique. Son principe consiste à masquer la lumière d’une étoile pour observer directement les planètes qui l’entourent, une opération comparable à photographier une luciole placée à côté d’un phare. Si la démonstration réussit, elle ouvrirait la voie à l’imagerie directe d’exoplanètes rocheuses par les missions suivantes.

Le télescope porte le nom de Nancy Grace Roman, première astronome en chef de la Nasa, surnommée la mère de Hubble. Il part vérifier si le modèle qu’elle a contribué à bâtir tient encore debout.


Source : Sciences et Avenir avec AFP – https://www.sciencesetavenir.fr/espace/exploration/lancement-de-roman-le-telescope-de-la-nasa-qui-realisera-un-nouvel-atlas-de-l-univers_194502