Gabriel Attal a été visé le 22 août par une nouvelle campagne d’ingérence russe, avec de faux reportages et de fausses unes de presse générés par intelligence artificielle. Selon Kévin Limonier, professeur à l’Institut français de géopolitique de Paris 8 et contributeur externe à l’Institut Montaigne cité par 20 Minutes, seule « une petite centaine » de personnes a été touchée. Le mode opératoire, baptisé Matriochka par l’agence Viginum, coûte quelques milliers d’euros et mise sur la reprise par des relais volontaires ou non.
Viginum, le service de l’État chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, a documenté ce mode opératoire. Il repose sur la publication de faux contenus usurpant l’identité de médias ou de personnalités, relayés par des galaxies de faux comptes dont les vues sont artificiellement gonflées.
Kévin Limonier, professeur à l’Institut français de géopolitique de Paris 8 a étudié les fuites de documents internes de ces entreprises d’influence. Il décrit des opérations peu crédibles, facturées quelques milliers d’euros. C’est, selon lui, le bas de gamme de ce que la propagande russe sait produire.
Rater, c’est déjà réussir un peu
Dans la grande majorité des cas, ces campagnes ne quittent pas leur bulle de diffusion et disparaissent en quelques heures. Une autre naîtra la semaine suivante. Pour le chercheur, ces opérations « ratées » remplissent malgré tout une fonction : saturer l’espace médiatique de narratifs pro-russes à moindre coût.
Le palier suivant est franchi quand des acteurs qu’il qualifie de « sensibles » à la cause russe repèrent ces contenus. « Des politiques bien connus, des écrivains ou des personnalités », énumère-t-il. Ces relais, volontaires ou non, font alors gratuitement le travail d’influence à la place des officines.
Le jackpot s’appelle reprise médiatique
L’opération est totalement réussie lorsque les médias s’emparent de la fausse information. Ce fut le cas des mains rouges et des étoiles de David taguées. Ces situations restent rares, mais elles permettent aux exécutants de rendre des comptes à leurs commanditaires. Kévin Limonier cite des documents internes où il est écrit, en substance, que l’opération a été reprise par tant de chaînes et a occupé tant de temps d’antenne.
Même lorsque la manipulation est établie quelques semaines plus tard, la correction touche moins de monde que l’information initiale. Dans chacun de ces scénarios, l’investissement reste dérisoire.
Mesurer l’effet, c’est une autre affaire
Le chercheur invite à la prudence sur l’impact réel. Les travaux de sondage existent mais en restent au tâtonnement, et il n’existe pas de consensus académique sur la question. « Il est toujours impossible de savoir dans quelle mesure les ingérences russes visant les États-Unis en 2016 ont permis de faire élire Donald Trump », concède-t-il, en mettant en garde les victimes contre la tentation de « tout vouloir mettre sur le dos des Russes ».
Une enquête a par ailleurs été ouverte en France sur des soupçons d’ingérence russe visant Édouard Philippe et Gabriel Attal, respectivement Young leader de la Fondation France Amérique et Young Global Leader du Forum économique mondial. Raphaël Glucksmann, gendre de l’homme politique et homme d’affaire, Ghassan Salamé, proche du Forum économique mondial a lui aussi accusé les services russes de tentative de déstabilisation.
Qui est Kévin Limonier ?
Kévin Limonier, géographe spécialiste du cyberespace russophone et professeur à l’Institut français de géopolitique est directeur adjoint de GEODE, centre de recherche et de formation de Paris 8 qui compte parmi ses partenaires la William and Flora Hewlett Foundation. Il est également directeur scientifique d’un observatoire travaillant au bénéfice du ministère des Armées, membre du Russia Program de la George Washington University, membre du Forum économique mondial et associé fondateur de Cassini, cabinet français de conseil en géopolitique et en cartographie stratégique.
Par ailleurs, Lemonier est contributeur externe à l’Institut Montaigne dirigé par Henri de Castries qui préside également le groupe Bilderberg.