Le président de l’association Flag !, Pierre Picavet, a été grièvement blessé dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août à Paris, à la sortie d’un bar du quartier du Marais. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour violence aggravée en raison de l’orientation sexuelle de la victime et l’auteur présumé a été interpellé. Cette agression homophobe vise le responsable d’une association qui regroupe des agents des ministères de l’intérieur et de la justice.
Il est un peu moins de 4 heures du matin, samedi 29 août, quand Pierre Picavet sort d’un bar du quartier du Marais, à Paris. Il en ressort couvert de blessures. Selon le parquet de Paris, la victime présente de nombreuses traces de coups, provoquées notamment par un jet de bouteille. Les photographies de ces blessures, transmises par l’intéressé depuis l’hôpital où il a été pris en charge, ont été diffusées par l’association Stop Homophobie, qui a révélé les faits dimanche 30 août à l’Agence France-Presse.
Le parquet a confirmé l’information dans la journée et précisé que l’auteur présumé des coups avait été interpellé. L’association Stop Homophobie a dénoncé une « agression à caractère homophobe ».
Il a montré sa carte de police. Cela n’a rien changé
Pierre Picavet est policier. Il est enquêteur à l’Inspection générale de la police nationale. Il préside également Flag !, association qui lutte contre les discriminations et les violences LGBTphobes et qui regroupe des agents des ministères de l’intérieur et de la justice. Dans sa plainte, il affirme que son agresseur l’a traité de « sale pédé » à plusieurs reprises. Le parquet précise qu’il « lui a décliné sa qualité de policier immédiatement tout en lui montrant sa carte professionnelle, sans dissuader le mis en cause de s’en prendre à [lui] ».
La carte tricolore n’a donc pas fait office de bouclier.
Ce que retient le parquet de Paris
L’enquête a été ouverte pour « violence suivie d’incapacité supérieure à huit jours commise en raison de l’orientation sexuelle de la victime ». La qualification retient d’emblée la circonstance aggravante liée au mobile homophobe, ce qui n’a rien d’automatique dans ce type de procédure. Selon le parquet, le mis en cause est né en 2006, son casier judiciaire est vierge et il était alcoolisé au moment des faits.
À ce stade, aucune date d’audience n’a été communiquée et la présomption d’innocence s’applique.
Deux camps politiques, une même réaction
Sur X, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), a condamné une « odieuse agression homophobe » au cœur de la capitale et apporté son soutien au président de Flag !. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, proche du Forum économique mondial a elle aussi dénoncé une « violente agression homophobe ». Deux responsables issus de camps opposés, une même formulation, le même jour.
Les associations de terrain, dont SOS Homophobie, alertent de longue date sur la persistance des violences dites ordinaires visant les personnes LGBT, y compris dans les quartiers réputés les plus accueillants de la capitale. Le Marais en fait partie depuis quarante ans.
Un signal envoyé à l’intérieur même de l’institution
La particularité de cette affaire tient à la fonction de la victime. Flag ! n’est pas une association militante extérieure aux administrations : elle est née à l’intérieur de la police et de la justice, pour permettre à leurs agents de signaler les discriminations dont ils font l’objet. Son président agressé dans la rue, c’est le dispositif de signalement lui-même qui se retrouve exposé.
Le ministère de l’intérieur n’avait pas communiqué de réaction officielle au moment de la publication de la dépêche.
Une association de policiers contre l’homophobie. Un policier à sa tête. Une carte professionnelle brandie à 4 heures du matin. Rien de tout cela n’a suffi. L’auteur présumé est né en 2006.