Sony Music Publishing et Warner Chappell Music ont déposé plainte contre Anthropic devant un tribunal fédéral du nord de la Californie. Les deux éditeurs musicaux accusent le créateur de Claude d’avoir téléchargé illégalement des dizaines de milliers d’œuvres protégées pour entraîner ses modèles. Ils réclament 150 000 dollars par œuvre, soit potentiellement plus d’un milliard de dollars.
La formule figure dans la plainte, déposée cette semaine devant la cour fédérale du district nord de Californie et repérée par le site spécialisé Music Business Worldwide. Les deux éditeurs y dénoncent « l’un des vols de propriété intellectuelle en cours les plus importants et les plus flagrants de l’histoire ».
Le document décrit une campagne de téléchargement illégal, de moissonnage et de récupération d’œuvres protégées à grande échelle, destinée à construire les modèles d’Anthropic. La plainte affirme que l’entreprise a utilisé le protocole BitTorrent pour télécharger paroles et partitions de plusieurs centaines de compositions. Parmi les titres cités figurent Livin’ On a Prayer, Great Balls of Fire, Ramblin’ Man, September et Hallelujah.
Un milliard et demi de dollars jugés insuffisants
L’argument le plus corrosif de la plainte porte sur le précédent. En septembre 2025, Anthropic avait accepté de verser 1,5 milliard de dollars pour solder une action collective portée par des auteurs et éditeurs dont les livres avaient servi à entraîner Claude. Il s’agissait du plus important règlement en matière de droit d’auteur de l’histoire judiciaire américaine.
Sony et Warner Chappell soutiennent qu’Anthropic considère manifestement cette somme comme « le coût normal des affaires », puisque son modèle économique resterait bâti sur la violation du droit d’auteur. Un milliard et demi de dollars, écrivent-ils en substance, n’est pas un règlement assez élevé pour dissuader la récidive.
Une addition qui s’empile
Les deux éditeurs réclament 150 000 dollars par œuvre contrefaite, sur des dizaines de milliers d’œuvres. L’arithmétique conduit à des dommages potentiels très largement supérieurs au milliard de dollars si l’action prospère.
Ce n’est pas la première offensive de l’industrie musicale. En octobre 2023, Universal Music Group, Concord et ABKCO avaient déjà attaqué Anthropic pour un usage comparable de leurs catalogues. Depuis janvier 2026, ces éditeurs réclament jusqu’à 3 milliards de dollars. Avec l’entrée en lice de Sony et de Warner, les trois majors de l’édition musicale mondiale sont désormais engagées contre le même défendeur.
Le contexte institutionnel
Anthropic, société américaine dirigée par Dario Amodei, développe l’assistant Claude. Selon les listes publiées par le Forum économique mondial, Dario Amodei figure parmi les personnalités associées au programme Young Global Leaders et aux travaux liés à l’agenda 2030 des Nations unies. Sony Group figure pour sa part parmi les entreprises membres du Forum économique mondial.
Les contentieux se multiplient dans le secteur. Anthropic a par ailleurs obtenu qu’un juge américain déclare illégale son inscription sur une liste noire du Pentagone. En parallèle, les principales organisations de presse canadiennes poursuivent OpenAI pour des motifs voisins. Ziff Davis, maison mère de PCMag qui rapporte l’information, a elle-même engagé une action contre OpenAI en avril 2025.
La vraie question : l’entraînement est-il un usage loyal
Le règlement de septembre 2025 portait sur un point précis, l’usage d’une bibliothèque d’ouvrages piratés, et non sur la légalité de l’entraînement lui-même. Le débat juridique américain reste donc ouvert sur le fond : télécharger et traiter des œuvres protégées pour entraîner un modèle relève-t-il du fair use, la doctrine d’usage loyal du droit américain, ou d’une contrefaçon.
La plainte de Sony et Warner Chappell contourne partiellement la difficulté en insistant sur le mode d’acquisition des œuvres, le recours allégué au protocole BitTorrent, plutôt que sur le seul entraînement. C’est la stratégie qui avait porté ses fruits contre Anthropic en 2025. Elle déplace le procès du terrain philosophique de l’intelligence artificielle vers celui, beaucoup plus prosaïque, du téléchargement illégal.
L’industrie musicale a compris qu’elle ne gagnerait rien à négocier après coup. Elle chiffre désormais l’entraînement des modèles à 150 000 dollars la chanson. Reste à savoir si un tribunal californien acceptera de transformer un catalogue en facture.
Source : PCMag – https://www.pcmag.com/news/anthropic-hit-with-new-copyright-lawsuit-from-sony-warner