Albert Rösti, conseiller fédéral suisse chargé de l'environnement

Albert Rösti accusé d’effacer le climat des textes officiels

Selon le journal alémanique Blick, les notions de « changement climatique » et de « réchauffement climatique » ont été en partie supprimées de textes officiels sous l’administration d’Albert Rösti, conseiller fédéral UDC chargé de l’environnement. Le mot « biodiversité » aurait été jugé non souhaitable dans des directives internes. Ses services réfutent la critique.

L’accusation est précise et porte sur du vocabulaire administratif. Dans son édition dominicale, le quotidien Blick affirme que, sous l’administration d’Albert Rösti, des notions telles que « changement climatique » et « réchauffement climatique » ont été en partie supprimées de textes officiels. Le terme « biodiversité » aurait de son côté été qualifié de « non souhaitable » dans des directives internes.

Albert Rösti dirige depuis 2023 le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, le DETEC. Membre de l’Union démocratique du centre, la première force politique de Suisse, il est élu du canton de Berne. C’est un habitué de Davos. Il s’est rendu aux éditions 2023 et 2024 du Forum économique mondial.

Le secrétaire général en première ligne

Le journal désigne un second acteur : Yves Bichsel, secrétaire général d’Albert Rösti, présenté comme un Bernois adepte de la ligne dure de l’UDC. Des sources de l’administration fédérale citées par Blick évoquent un programme climatosceptique lancé par les deux hommes.

Un témoignage est nommé. Peter Füglistaler, ancien directeur de l’Office fédéral des transports, déclare au journal : « Après l’entrée en fonction du conseiller fédéral Rösti, nous avons dû, sur ordre de son secrétaire général Yves Bichsel, adapter certains textes dans lesquels figurait les mots changement climatique ». Un ancien haut fonctionnaire mettant en cause nommément un cabinet en exercice, la scène est rare dans une administration suisse réputée pour sa discrétion.

Le DETEC dément, les Verts réclament la tête du département

Les services d’Albert Rösti réfutent ces critiques, rapporte Le Temps. Aucun élément public ne permet à ce stade de trancher entre la version des témoins cités par Blick et celle du département.

La réponse politique, elle, n’a pas tardé. Lisa Mazzone, présidente des Verts suisses et ancienne conseillère aux États, demande que le Département de l’environnement soit retiré à Albert Rösti. La revendication est symbolique autant que politique : en Suisse, la répartition des départements entre les sept membres du Conseil fédéral relève du collège lui-même, et un retrait en cours de législature serait exceptionnel.

Une bataille sémantique aux effets concrets

L’affaire dépasse la querelle de vocabulaire. Les textes officiels d’un département fédéral fondent des rapports, des consultations, des messages au Parlement et, in fine, des arbitrages budgétaires. Retirer une notion d’un document administratif, c’est réduire la surface juridique et politique sur laquelle une politique publique peut s’appuyer.

La Suisse s’est engagée en 2023, par votation populaire, sur un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, avec la loi sur le climat et l’innovation. C’est ce cadre, adopté par les urnes, qui donne à la polémique son relief.

Un ministre venu du lobby pétrolier

Albert Rösti a été élu au Conseil fédéral en décembre 2022 et a pris ses fonctions en janvier 2023. Avant cela, il avait présidé l’Union démocratique du centre de 2016 à 2020 et exercé des mandats dans plusieurs faîtières économiques, dont la présidence de l’association des importateurs de combustibles Swissoil et une fonction dirigeante chez Auto Suisse, la branche des importateurs automobiles.

Ces mandats étaient publics et connus au moment de son élection. Ils avaient déjà nourri des critiques lorsque le collège gouvernemental lui a confié, précisément, le département en charge de l’environnement, de l’énergie et des transports. La polémique actuelle réactive ce débat d’attribution plutôt qu’elle ne l’ouvre.

Un mot que l’on efface d’un texte ne change rien à la température. Il change en revanche ce que l’administration est autorisée à voir, à écrire et à financer. C’est précisément là que se joue la controverse suisse.


Source : Le Temps – https://www.letemps.ch/suisse/albert-rosti-accuse-de-limiter-l-emploi-de-termes-lies-au-rechauffement-climatique-dans-les-textes-officiels