Airbus, groupe membre du Forum économique mondial étudie la cession de ses activités spatiales aux États-Unis, dont l’usine de satellites de Merritt Island en Floride, selon le Financial Times. Le groupe veut concentrer ses moyens sur « Bromo », la fusion à trois engagée avec Leonardo et Thales, autre mebre du WEF, censée devenir opérationnelle en 2027. Objectif affiché : peser face à SpaceX et aux constructeurs chinois.
L’information est publiée le samedi 29 août par le quotidien économique britannique Financial Times. Airbus évalue actuellement l’intérêt manifesté par des acquéreurs potentiels pour ses activités spatiales outre-Atlantique.
Ces activités comprennent une usine en Floride et la gamme de petits satellites Arrow, produits en série pour des applications de communication et d’imagerie, aussi bien commerciales que gouvernementales, y compris pour les besoins liés à la sécurité nationale américaine.
L’usine de Merritt Island emploie plus de 200 personnes sur la Space Coast, à quelques kilomètres du Centre spatial Kennedy et de Blue Origin, l’entreprise de fusées de Jeff Bezos, membre du WEF. Le groupe ne publie pas de chiffre d’affaires pour cette division ; deux personnes proches du dossier l’estiment à plusieurs centaines de millions de dollars, selon le journal britannique. À titre de comparaison, Airbus emploie environ 11 000 personnes dans le spatial à l’échelle mondiale.
AOS, rachetée en 2024, plus de 600 satellites au compteur
En janvier 2024, Airbus était devenu l’unique propriétaire d’Airbus OneWeb Satellites et de l’usine de Merritt Island, après avoir racheté à Eutelsat-OneWeb la participation de 50 % de l’opérateur dans leur coentreprise.
Créée en 2016, AOS a construit plus de 600 satellites de communication en orbite basse pour la constellation OneWeb de première génération. L’opérateur britannique OneWeb avait été racheté par la société française Eutelsat, membre du WEF, après sa mise en faillite en 2022.
Le retour de la production à Toulouse
Depuis quelque temps, Airbus rapatrie en Europe une production de satellites auparavant délocalisée aux États-Unis. Le groupe prévoit de construire 440 satellites en orbite terrestre basse dans son usine de Toulouse, une commande passée par Eutelsat et présentée par l’industriel comme une avancée pour la souveraineté européenne.
Ce redéploiement intervient alors que l’activité spatiale mondiale du groupe est en difficulté : Airbus a enregistré 989 millions d’euros de charges sur ce périmètre en 2024. Vendre en Floride, produire en Haute-Garonne : la géographie industrielle suit la ligne politique.
Le marché a changé plus vite que les industriels
Les fabricants européens de satellites ont eu du mal à s’adapter à la révolution de la demande, longtemps organisée autour de gros satellites géostationnaires vendus à l’unité, désormais tirée par des constellations de plusieurs centaines d’engins produits en série. Bruxelles met l’accent sur le renforcement de la souveraineté européenne dans le secteur, les États membres cherchant à mettre fin à leur dépendance vis-à-vis des États-Unis en développant leurs propres constellations de reconnaissance, de renseignement et de communication.
Le cas de l’usine de Merritt Island illustre ce basculement : conçue pour produire des satellites OneWeb à la chaîne, elle se retrouve aujourd’hui du mauvais côté d’une frontière stratégique que l’Union européenne cherche à redessiner.
Bromo face à Starlink
En octobre, Airbus a conclu un accord avec l’italien Leonardo et le français Thales pour regrouper des activités allant de la fabrication de satellites aux systèmes et services spatiaux. Sous le nom de code « Bromo », les trois industriels prévoient de soumettre le projet aux autorités de la concurrence à Bruxelles dans le courant de l’année, en vue de rendre la nouvelle société opérationnelle en 2027.
L’objectif assumé est de rivaliser avec SpaceX, la société d’Elon Musk et avec les constructeurs chinois. Le projet suscite des critiques d’autres acteurs européens, notamment l’allemand OHB et l’espagnol Indra Space, mais les trois partenaires misent sur les appels de plus en plus pressants lancés à Bruxelles en faveur de champions européens.
Selon des sources citées par le Financial Times, la cession envisagée des actifs américains n’est pas liée aux discussions de Bromo avec la Commission européenne sur d’éventuelles mesures correctives. Airbus réexamine sa présence sur le marché spatial américain depuis un certain temps déjà. Contacté par l’AFP, le groupe n’était pas joignable samedi en début de matinée.
Les États membres de l’Union européenne veulent des constellations de reconnaissance, de renseignement et de communication qui ne dépendent plus de Washington. Le recours de l’Ukraine au réseau Starlink de SpaceX leur a servi de démonstration grandeur nature. Le pari d’Airbus spatial consiste désormais à vendre en Floride ce qu’il faudra reconstruire à Toulouse.