L’Emirates Family Office Association et le club privé genevois N°OW’HERE” doivent signer un protocole d’accord créant une plateforme de mise en relation entre les family offices émiratis et l’écosystème financier et d’innovation suisse. L’initiative est soutenue par le Consulat général des Émirats arabes unis à Genève. Elle arrive alors que la place genevoise s’interroge sur son attractivité.
La signature a eu lieu ce jeudi 27 aoüt. D’un côté, l’Emirates Family Office Association (EFOA). De l’autre, un club privé genevois au nom qui se lit dans les deux sens, N°OW’HERE”, prononcé « now here ». L’objet du protocole tient en une phrase : créer une plateforme destinée à mettre en relation des gestionnaires de patrimoine familial émiratis et l’écosystème suisse.
L’opération est privée, mais pas isolée. Les deux partenaires indiquent qu’elle bénéficie du soutien du Consulat général des Émirats arabes unis à Genève. Une représentation diplomatique adossée à un accord entre deux structures associatives : le montage dit assez bien le niveau d’attention qu’Abou Dhabi porte à ce type de rapprochement.
Ce que gère un family office
Un family office est une structure dédiée à la gestion du patrimoine d’une seule famille, ou de quelques-unes, lorsque ce patrimoine devient trop important et trop diversifié pour être confié à une banque privée classique. Elle centralise les placements financiers, l’immobilier, les participations dans les entreprises familiales, la fiscalité, la philanthropie et, souvent, la préparation de la succession.
La différence avec un gestionnaire de fortune tient au périmètre. Le family office ne vend pas de produits, il emploie des salariés qui travaillent pour une famille et pour elle seule. Ce modèle, ancien en Suisse et aux États-Unis, s’est diffusé plus récemment dans le Golfe, où de nombreuses fortunes restent adossées à des groupes familiaux fondés au cours des dernières décennies.
Deux formes coexistent. Le single family office est créé pour une seule famille et suppose un patrimoine considérable, puisqu’il faut salarier une équipe permanente. Le multi-family office mutualise ces moyens entre plusieurs familles et abaisse le ticket d’entrée. Dans les deux cas, la structure se juge sur des décennies, pas sur des trimestres.
Le moment de la deuxième génération
C’est le ressort de l’opération. Le Temps décrit une vague de transfert de fortune sans précédent à l’échelle mondiale, doublée aux Émirats d’un enjeu de passage à la deuxième génération. Les fondateurs transmettent, les héritiers arrivent, et les structures qui ont fonctionné à l’échelle d’un homme ou d’une fratrie doivent être professionnalisées.
L’EFOA se présente sur son site officiel comme le réseau des family offices et des entreprises familiales des sept Émirats et de la région élargie. Elle organise des programmes, des masterclasses et des rencontres sur la gouvernance, la succession et la discipline d’investissement, revendique un rôle de représentation auprès des régulateurs et des décideurs, et accompagne la transformation d’entreprises familiales en family offices professionnalisés. L’adhésion se fait sur approbation.
Genève cherche des relais
Le Temps place l’initiative dans un contexte précis : les inquiétudes ne cessent de croître autour de l’attractivité de Genève. La place financière du bout du lac vit de la gestion de fortune internationale, de l’arbitrage, du négoce de matières premières et des organisations internationales. Chacun de ces piliers est aujourd’hui discuté, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Suisse.
Face à cela, la réponse proposée n’est pas institutionnelle. Elle vient d’un club privé et d’une association professionnelle étrangère, avec l’appui d’un consulat. La collectivité publique genevoise n’apparaît pas dans le dispositif décrit par Le Temps. Ce qui se joue tient moins à un transfert de capitaux qu’à un transfert de méthode : l’expérience suisse de la gestion patrimoniale sur plusieurs générations, mise à disposition de fortunes qui affrontent leur première transmission. Un protocole d’accord n’est pas un contrat commercial : il fixe une intention et un cadre.