Deux cent mille contrats résiliés d’un seul geste. L’association Tégo, qui couvre 1,2 million de militaires, de policiers et de pompiers, rompt avec l’assureur allemand Allianz, membre du Forum économique mondial et avec l’AGPM, et invoque des tarifs trop élevés. Le manque à gagner est évalué à près de 40 millions d’euros de cotisations par an, partagés à parts égales entre les deux assureurs.
C’est un partenariat de dix ans qui se termine par une résiliation. L’association Tégo, qui gère la protection sociale et la prévoyance des militaires, des policiers et des pompiers, a annoncé au Figaro le vendredi 28 août 2026 qu’elle résiliait unilatéralement ses 200 000 contrats d’assurance emprunteur, ceux qui sont adossés aux crédits immobiliers de ses adhérents. Deux assureurs sont visés : l’allemand Allianz et l’AGPM, spécialiste de la prévoyance et de l’épargne des militaires. Selon les chiffres communiqués au quotidien, la perte de cotisations approche les 40 millions d’euros par an, répartie pour moitié entre les deux entités.
Le motif tient en quelques mots. L’association juge les tarifs trop élevés. Elle ne renégocie pas, elle sort.
Le poids de 1,2 million d’adhérents
Tégo n’est pas un acteur marginal du secteur. L’association revendique 1,2 million d’adhérents, ce qui la place parmi les plus gros porteurs de contrats collectifs dans le monde militaire et les forces de sécurité. Elle est née en 2020 de la fusion de deux associations militaires de prévoyance, qui travaillaient l’une et l’autre avec Allianz et l’AGPM depuis le milieu des années 2010. La rupture annoncée par Le Figaro solde donc une décennie de collaboration et une architecture contractuelle antérieure à la création de l’association elle-même.
Le rapport de force est inscrit dans ces chiffres. À ce volume, un partenaire ne demande pas un geste commercial, il en fixe le prix.
Le périmètre de l’association dit quelque chose de la nature de ces contrats. Militaires, policiers, pompiers : trois métiers dont l’exposition au risque professionnel structure toute l’offre de prévoyance qui leur est destinée. C’est sur ce socle que Tégo négocie, et c’est ce socle qu’elle vient de retirer à ses deux partenaires historiques.
Un géant allemand et un mutualiste français
Les deux assureurs concernés n’ont ni la même taille ni la même trajectoire. Allianz est un groupe allemand, l’un des premiers assureurs européens, et figure dans la liste des entreprises membres du Forum économique mondial. L’AGPM s’est bâtie sur un marché de niche, la prévoyance et l’épargne des militaires, avant de rejoindre en 2025 le giron du groupe mutualiste Klesia, avec la création d’une structure commune.
Pour l’AGPM, la décision de Tégo touche un public qui fonde son identité professionnelle. Pour Allianz, elle représente une ligne de cotisations parmi d’autres, mais une ligne qui disparaît d’un coup.
Ce que la loi a ouvert en 2022
L’assurance emprunteur est un marché que le législateur a méthodiquement ouvert à la concurrence. La loi du 28 février 2022, dite loi Lemoine, autorise l’emprunteur à changer d’assurance de prêt immobilier à tout moment, sans frais et sans attendre une date anniversaire. Le texte a placé le tarif au centre de la relation commerciale et fait de la comparaison un réflexe pour des millions de ménages.
Le produit n’a rien d’accessoire. L’assurance emprunteur couvre le remboursement du prêt immobilier en cas de décès, d’invalidité ou d’incapacité de travail, et les banques la réclament avant d’accorder un crédit. Son coût court sur toute la durée de l’emprunt, ce qui explique la sensibilité des ménages au moindre écart de tarif.
L’article du Figaro ne relie pas la décision de Tégo à ce cadre législatif. Il indique seulement que l’association conteste le niveau des tarifs. Le contexte, lui, éclaire le calendrier : dans un marché où le prix est devenu l’argument principal, un porteur de 200 000 contrats dispose d’un levier qu’il n’avait pas dix ans plus tôt.
Les inconnues du dossier
Plusieurs points restent en suspens. Le Figaro, qui a révélé l’information sous la signature de Jorge Carasso, ne fait état à ce stade d’aucune réaction publique d’Allianz ni de l’AGPM. Le calendrier de sortie des contrats n’est pas détaillé. On ignore vers quel assureur Tégo entend orienter ses adhérents et à quelles conditions. L’article étant partiellement réservé aux abonnés, il serait imprudent d’aller au-delà de ce qu’il établit.
Reste l’ordre de grandeur, qui suffit à situer l’enjeu. Quarante millions d’euros de cotisations annuelles, c’est le coût d’un désaccord sur une grille tarifaire, pour des assureurs qui pensaient tenir un marché captif.
Les 200 000 emprunteurs concernés, eux, apprendront le nom de leur nouvel assureur quand on le leur proposera. Une association de militaires vient de rappeler que la fidélité, dans l’assurance, se facture.