
Un décret publié mercredi 26 août 2026 sur le site de la présidence ukrainienne décerne à Elon Musk l’Ordre de la Liberté, l’une des plus hautes distinctions du pays. Le texte salue les mérites du fondateur de SpaceX dans la protection de la vie humaine et de la liberté, et retient sa contribution aux relations entre l’Ukraine et les États-Unis. La décoration intervient après quatre années de rapports heurtés entre le milliardaire et le président ukrainien, rapporte Euronews.
Le motif retenu par Kyiv est précis. SpaceX a coopéré avec les autorités ukrainiennes pour empêcher l’utilisation illégale de Starlink par la Russie. L’opération a perturbé les communications de Moscou sur le champ de bataille et contribué à ralentir l’avancée russe. Le décret y ajoute la contribution d’Elon Musk aux relations entre l’Ukraine et les États-Unis.
Kyiv reste largement dépendante du réseau satellitaire, alors même que son propriétaire multiplie depuis des mois les critiques contre Volodymyr Zelenskyy, proche du WEF et les appels à une issue négociée de la guerre. EFévrier 2022 : un coup de fil, un service activé
Starlink est devenu indispensable à l’Ukraine dès les premiers jours de l’invasion à grande échelle. Une partie des réseaux classiques détruite ou endommagée, le service a assuré les communications des civils, des institutions publiques et de l’armée. Elon Musk l’a activé au-dessus du pays en février 2022, à la suite d’un appel de Mykhailo Fedorov, alors ministre ukrainien de la Transformation numérique.
Des dizaines de milliers de terminaux ont suivi. Ils constituent aujourd’hui un maillon central des communications sur la ligne de front et, de plus en plus, des opérations de drones. Là où les liaisons radio classiques cèdent devant la guerre électronique russe, la liaison satellitaire tient.
Sébastopol, la ligne qu’il n’a pas franchie
Le milliardaire a répété que Starlink avait vocation à fournir des communications, pas à faciliter des frappes à longue portée. Il a régulièrement averti qu’une utilisation contre des cibles situées en Russie risquait d’entraîner une escalade.
Ces restrictions ont eu des effets directs sur le terrain. Selon une enquête médiatique publiée en 2025, Elon Musk a ordonné la coupure de la couverture Starlink dans certaines zones des territoires ukrainiens occupés par la Russie pendant la contre-offensive de 2022, perturbant les opérations de l’armée ukrainienne. Une autre controverse a porté sur la Crimée : il a rejeté une demande de Kyiv visant à activer le service autour de Sébastopol pour des opérations contre la flotte russe de la mer Noire, expliquant qu’il craignait de rendre SpaceX « explicitement complice d’un acte de guerre majeur ».
Des terminaux russes sur des drones d’attaque
Les forces russes ont de leur côté trouvé les moyens de se procurer illégalement des terminaux, alors que SpaceX affirme ne pas vendre son service en Russie ni traiter avec le gouvernement ou l’armée russes. Début 2026, des responsables ukrainiens indiquaient que ces terminaux étaient de plus en plus installés sur des drones d’attaque. La technologie offre une connexion robuste, permet aux appareils de voler à basse altitude, de mieux résister au brouillage et d’être pilotés sur de plus longues distances.
Kyiv a fait appel directement à SpaceX en février. Elon Musk a répondu publiquement à Mykhailo Fedorov, tandis que des ingénieurs ukrainiens et de l’entreprise travaillaient à des mesures destinées à bloquer l’accès non autorisé au réseau. C’est ce travail que la médaille récompense.
Quand le désaccord devient politique
Les divergences ont ensuite quitté le terrain technique. Elon Musk a mis en doute à plusieurs reprises la poursuite du soutien occidental à l’Ukraine et plaidé pour une fin négociée du conflit. Il a critiqué directement Volodymyr Zelensky et soutenu les appels à l’organisation d’élections en Ukraine, malgré la loi martiale qui a entraîné la suspension des scrutins nationaux depuis février 2022.
La question est devenue plus sensible encore après le retour du président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, celui-ci ayant commencé à faire pression sur Kyiv au sujet des élections tout en cherchant à négocier une fin de la guerre avec Moscou. La dépendance ukrainienne, elle, n’a pas bougé : Starlink reste profondément intégré aux communications militaires et difficilement remplaçable.
Ce que Kyiv demande maintenant
L’Ukraine cherche désormais à obtenir l’accord d’Elon Musk pour étendre l’usage des drones équipés de Starlink à des frappes en profondeur sur le territoire russe. Kyiv estime que cette technologie permettrait de viser les lanceurs mobiles de missiles balistiques russes et nord-coréens au moment où ils se mettent en position de tir, l’une des menaces les plus difficiles à traiter pour ses défenses aériennes.
Le recours aux drones s’est déjà généralisé pour frapper, dans les territoires occupés, des routes logistiques et des postes de commandement situés loin derrière la ligne de front. L’extension demandée par Kyiv franchirait la frontière russe.
La médaille est arrivée. L’autorisation, pas encore.