Medef : Ursula von der Leyen veut mobiliser « l’épargne paresseuse » des Européens

Face aux patrons français réunis à Roland-Garros, la présidente de la Commission européenne et contributrice de l’agenda 2030, Ursula Von Der Leuen a défendu une Europe capable de « produire, investir et protéger ». Pour financer ce changement de cap, elle entend notamment réorienter les milliers de milliards d’euros détenus par les ménages vers les entreprises du continent.

Pour la première fois, une présidente de la Commission européenne participait à la Rencontre des entrepreneurs de France. Invitée jeudi 27 août 2026 au stade Roland-Garros, Ursula von der Leyen a profité de la tribune du Medef pour présenter sa stratégie en faveur de la compétitivité européenne.

Prononcé entièrement en français devant un parterre de chefs d’entreprise, son discours a été construit autour d’un triptyque : « produire, investir et protéger ». Ursula von der Leyen entend ainsi renforcer l’industrie européenne, faciliter le financement des entreprises et mieux défendre le marché intérieur face à une concurrence internationale jugée parfois déloyale.

Ursula von der Leyen veut réveiller « l’épargne paresseuse »

L’un des passages les plus remarqués de son intervention a concerné l’épargne des ménages européens. La présidente de la Commission estime que cette masse financière considérable ne profite pas suffisamment aux entreprises du continent.

« Malheureusement, cette épargne paresseuse, 10 000 milliards d’euros d’épargne des ménages, reste aujourd’hui sur des dépôts bancaires », a-t-elle déclaré. Von Der Leyen déplore qu’une partie importante de l’épargne européenne serait investie en dehors du continent, contribuant ainsi au financement d’économies concurrentes.

« L’Europe doit maintenant la mettre au service de ses entreprises », a poursuivi Ursula von der Leyen. Cette ambition constitue l’un des principaux objectifs de l’Union de l’épargne et des investissements, le projet porté par Bruxelles pour mieux connecter les capitaux détenus par les Européens aux besoins de financement des entreprises.

L’idée est de faciliter la circulation des capitaux entre les États membres, de développer les placements accessibles aux particuliers et d’offrir aux sociétés européennes des sources de financement plus diversifiées. Bruxelles souhaite notamment réduire leur dépendance au crédit bancaire et attirer davantage de capitaux privés vers l’innovation, l’industrie, l’énergie, le numérique et la défense.

Un enjeu majeur pour la compétitivité européenne

Cette mobilisation de l’épargne doit répondre au risque de décrochage économique de l’Union européenne face aux États-Unis et à la Chine. Publié en 2024, le rapport de l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, proche du Forum économique mondial avait alerté sur l’ampleur des investissements nécessaires pour préserver la compétitivité du continent.

L’Union européenne dispose d’un niveau d’épargne élevé, mais peine encore à transformer cette ressource en investissements productifs. Les marchés européens restent fragmentés et de nombreuses entreprises, en particulier les jeunes sociétés technologiques, éprouvent des difficultés à trouver sur le continent les capitaux nécessaires à leur développement, selon ce rapport.

Certaines finissent ainsi par se tourner vers des investisseurs étrangers ou par déplacer une partie de leurs activités hors de l’Union. Pour la Commission, mieux orienter l’épargne européenne permettrait de financer davantage de champions industriels et technologiques sans dépendre aussi fortement des capitaux américains ou asiatiques.

L’expression d’« épargne paresseuse » peut néanmoins susciter des critiques. Florian Phillipot fondateur des Patriotes a pris la balle au bon. “Non, Ursula von der Leyen, ce sont les citoyens qui ont de l’épargne, pas « l’Europe » ! Elle leur appartient !”, clame-t-il sur X.

Les dépôts bancaires sont privilégiés par de nombreux ménages en raison de leur sécurité et de leur disponibilité. Les réorienter vers les marchés financiers suppose de proposer des produits accessibles et suffisamment protecteurs, mais aussi d’informer clairement les particuliers sur les risques de perte en capital.

Bruxelles promet une simplification réglementaire

Ursula von der Leyen a également insisté sur la réduction du poids administratif imposé aux entreprises européennes. Selon elle, celles-ci ne doivent plus « payer deux fois » : une première fois en supportant des règles trop complexes, puis une seconde fois en affrontant des concurrents étrangers soumis à moins de contraintes.

Cette promesse répond directement aux revendications des organisations patronales, qui demandent depuis plusieurs années une simplification des normes européennes. Après une précédente législature dominée par le Pacte vert et les politiques environnementales, la compétitivité occupe désormais une place centrale dans l’agenda de la Commission.

Cette évolution ne signifie pas nécessairement l’abandon des objectifs climatiques européens, mais leur articulation avec les impératifs industriels et économiques. Bruxelles cherche désormais à convaincre que la transition écologique peut accompagner la réindustrialisation, au lieu d’être perçue uniquement comme une source de contraintes supplémentaires.

Une politique commerciale plus ferme face à la Chine

La présidente de la Commission a également défendu une réponse européenne plus offensive face aux pratiques commerciales chinoises. « La Chine est un partenaire économique majeur », a-t-elle reconnu, avant d’ajouter qu’« être partenaire ne signifie pas accepter des déséquilibres permanents ».

Ursula von der Leyen a notamment dénoncé le poids des subventions accordées par Pékin à ses entreprises, qu’elle estime huit fois plus importantes que dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Ces aides permettraient à certains groupes chinois de proposer des produits à des prix avec lesquels les entreprises européennes peuvent difficilement rivaliser.

« Nous devons donc faire respecter des conditions équitables. Et lorsque le dialogue ne suffit pas, nous devons être prêts à utiliser pleinement nos instruments », a-t-elle averti. La Commission a renforcé le recours aux instruments européens de défense commerciale, avec plus de 30 nouvelles enquêtes ouvertes l’année dernière, soit presque trois fois plus que la moyenne historique selon la dirigeante européenne.

La mobilisation de l’épargne et la protection commerciale apparaissent ainsi comme les deux faces d’une même stratégie : financer les entreprises européennes tout en les protégeant contre les distorsions de concurrence venues de l’extérieur.

Un discours chaleureusement accueilli par le Medef

L’intervention d’Ursula von der Leyen, invitée par le président du Medef Patrick Martin proche du Club le Siecle fondé par des franc-maçons a reçu un accueil particulièrement favorable des entrepreneurs réunis sur le court central de Roland-Garros. La dirigeante européenne les a appelés à faire preuve d’« opiniâtreté » face aux bouleversements économiques actuels, marqués par la fin de l’énergie bon marché, la fragmentation du commerce mondial et l’intensification de la concurrence chinoise.

Patrick Martin, est même monté sur scène, alors que son intervention n’était pas prévue, pour remercier Ursula von der Leyen. Il a salué « la clarté, l’ambition et la détermination » de son discours.

« On perçoit l’évolution que ça représente de la part de la Commission, espérons du Parlement européen, par rapport à ce qu’on a pu connaître il y a quelques années », a-t-il déclaré.

En qualifiant de « paresseuse » une épargne placée majoritairement sur des comptes bancaires, Ursula von der Leyen assume néanmoins un discours susceptible de dépasser le cercle des patrons. Derrière l’objectif affiché de souveraineté économique se pose une question sensible : comment convaincre les ménages européens d’exposer davantage leur argent aux marchés afin de financer les priorités industrielles de l’Union ?