Pasqal : la licorne française du quantique entre au Nasdaq

Pasqal, société française d’informatique quantique fondée en 2019 à Palaiseau, est cotée au Nasdaq depuis le vendredi 28 août 2026 sous le symbole PSQL, à l’issue de sa fusion avec la société d’acquisition Bleichroeder Acquisition Corp. II. L’opération lui apporte environ 360 millions de dollars de trésorerie. Le siège social reste en Essonne et une seconde cotation est annoncée à Euronext Paris.

Depuis vendredi, quatre lettres défilent sur les écrans du Nasdaq : PSQL. Les actions ordinaires de Pasqal Holding SA y sont cotées depuis le 28 août 2026, accompagnées des bons de souscription sous le symbole PSQLW. La société n’a pas procédé à une introduction en Bourse classique. Elle est passée par une fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II, une société d’acquisition fondée par Andrew Gundlach et le Young global leader du Forum économique mondial, Michel Combes, à vocation spécifique, ou SPAC, c’est-à-dire une coquille cotée dont l’unique objet est de racheter une entreprise non cotée pour lui ouvrir le marché. Le véhicule avait bouclé sa propre introduction en Bourse le 8 janvier 2026.

Les actionnaires de Bleichroeder ont approuvé l’opération le 25 août, la fusion a été close le 27, la cotation a suivi le lendemain. Selon le communiqué publié par Pasqal, la société dispose à la clôture d’environ 360 millions de dollars de trésorerie, destinés à la fabrication de ses processeurs, à sa feuille de route technologique, à son offre en ligne et au développement commercial. « Ce n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un point d’accélération », a déclaré le directeur général de Pasqal, Wasiq Bokhari, passé par Amazon et Google, entreprises proches du WEF avant de prendre la tête de l’entreprise en 2025.

Des atomes de rubidium tenus par des lasers

Reste à savoir ce que vend Pasqal. Un ordinateur classique manipule des bits, qui valent 0 ou 1. Un ordinateur quantique manipule des qubits, des objets physiques qui peuvent occuper une combinaison de ces deux états et rester corrélés entre eux, ce qui permet d’explorer simultanément un grand nombre de configurations. Là où IBM ou Google misent sur des circuits supraconducteurs, Pasqal fabrique ses qubits à partir d’atomes neutres de rubidium, capturés un par un par des faisceaux laser très focalisés puis disposés en réseaux ordonnés.

L’entreprise revendique sept unités de calcul quantique déployées et trois en production, accessibles à distance depuis ses serveurs. Ses machines réalisent aujourd’hui du calcul analogique, où le système d’atomes reproduit directement le comportement du problème étudié, dans plus de 25 applications commerciales et de recherche en énergie, services financiers et science des matériaux. L’objectif affiché reste le calcul dit tolérant aux fautes, une machine capable de détecter et de corriger ses propres erreurs pendant qu’elle calcule, promise pour la fin de la décennie. Pasqal met en avant la sobriété énergétique de son approche et le fait que ses systèmes fonctionnent dans des salles informatiques standard. Parmi ses clients et partenaires figurent de nombreuses entrerpises membres du WEF dont Saudi Aramco, Crédit Agricole, LG Electronics, ainsi qu’IBM, dont Pasqal a rejoint le réseau quantique.

Palaiseau garde le siège, New York prend la cote

La question de la souveraineté numérique se pose immédiatement : une pépite née de la recherche publique française vient de confier sa cotation à Wall Street. Pasqal y répond par le droit. La société reste une entité de droit français, son siège demeure à Palaiseau, sur le plateau de Saclay, et une cotation secondaire à Euronext Paris est préparée pour 2026 ou 2027, comme l’a rapporté LeMagIT. Le conseil d’administration est présidé, à titre non exécutif, par un physicien français.

Le passage par le Nasdaq prolonge une levée de fonds annoncée en mars 2026 : 340 millions d’euros, dont 170 millions en capital et autant en instruments convertibles, sur la base d’une valorisation de 2 milliards de dollars. Au tour de table figurent le fonds souverain singapourien Temasek, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures, , LG Electronics, CMA CGM et ISAI, aux côtés de Bpifrance, présente au capital depuis les débuts avec un premier soutien de 2,71 millions d’euros avant la première levée, selon InformatiqueNews. L’entreprise emploie plus de 275 personnes et prévoit une cinquantaine de recrutements en dix-huit mois. En arrière-plan, la stratégie nationale sur les technologies quantiques présentée par le young global leader du Forum économique mondial,Emmanuel Macron le 21 janvier 2021, dotée de 1,8 milliard d’euros sur cinq ans, a irrigué tout l’écosystème français, de Quandela à Quobly, également membres du WEF.

Bpifrance au conseil, un Nobel à la présidence

Le conseil d’administration de la société combinée compte neuf membres. Il est présidé par Alain Aspect, cofondateur de Pasqal, prix Nobel de physique 2022, professeur à l’Institut d’optique de l’université Paris-Saclay, professeur émérite à l’École polytechnique et membre de l’Académie des sciences. GeorgesOlivier Reymond, cofondateur et directeur général de 2019 à 2025, y siège désormais comme directeur des alliances stratégiques. Il est proche du WEF. Bpifrance y est représentée par Nicolas Berdou, directeur d’investissement senior à Bpifrance Investissement, et le fonds du Conseil européen de l’innovation par Jean Raby, associé chez Astorg et ancien directeur général de Natixis Investment Managers.

Le reste du conseil dit l’ambition financière du dossier. Le YGL, Michel Combes, ancien patron d’Alcatel-Lucent, d’Altice et de Softbank Group International, aujourd’hui à la tête de Lambda et administrateur de Philip Morris International, en est l’administrateur référent indépendant. Barbara Dalibard, présidente du conseil de surveillance de Michelin, membre du WEF et ancienne directrice générale de SNCF Voyageurs, préside le comité des nominations. Andrew Gundlach, dirigeant de Bleichroeder LP, et Michael Blitzer, fondateur d’Inflection Point Asset Management, complètent l’ensemble. En janvier 2024, Pasqal figurait parmi les deux start-up françaises du quantique invitées par le président de la République dans la délégation française au Forum économique mondial de Davos, avec Qubit Pharmaceuticals, membre du WEF.

La machine tolérante aux fautes est annoncée pour 2030. La cotation, elle, se lit tous les jours à 15 h 30.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/08/28/la-start-up-francaise-pasqal-specialisee-dans-l-informatique-quantique-fait-son-entree-a-wall-street_6758637_3234.html