Édouard Philippe veut ramener à douze mois la durée maximale d’indemnisation de l’assurance chômage pour les demandeurs d’emploi de moins de 50 ans. Le président d’Horizons, candidat à l’élection présidentielle de 2027, entend aussi « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail », dont le coût annuel avoisine 17 milliards d’euros. Ces propositions ont été formulées dans un entretien à l’AFP publié le 27 août 2026, quelques heures avant un débat entre candidats devant le Medef.
Douze mois. C’est la durée d’indemnisation maximale que l’ancien Premier ministre veut appliquer aux demandeurs d’emploi de moins de 50 ans. « Sur l’assurance chômage, ma direction c’est de faire comme l’Allemagne. Douze mois d’indemnisation maximum pour les moins de 50 ans », a-t-il déclaré à l’AFP le 27 août 2026, quelques heures avant l’Université de rentrée du Medef, où il devait débattre aux côtés de six concurrents.
Le point de départ est plus haut. La durée maximale d’indemnisation est aujourd’hui de 18 mois pour les moins de 55 ans, après la réforme de 2023 qui avait déjà retranché six mois à des droits qui pouvaient alors s’ouvrir jusqu’à 24 mois. Une nouvelle réforme la ramènera à 15 mois en cas de rupture conventionnelle à compter du 1er septembre 2026. Malgré ces durcissements successifs, le chômage a continué de progresser au deuxième trimestre, pour le sixième trimestre consécutif.
Le président d’Horizons, qui a dirigé le Gouvernement de 2017 à 2020, a participé à la réunion du groupe Bilderberg de juin 2016, alors qu’il était maire du Havre. Il est également membre de la promotion 2011 du programme Young Leaders de la French-American Foundation.
Dix-sept milliards et deux jours de carence
L’autre cible porte un nom administratif : l’arrêt de travail. « L’évolution actuelle des arrêts de travail liés à la maladie, c’est, en valeur, une augmentation de presque 40 % entre 2019 et 2025 », a relevé le candidat, qui y voit une « dérive préoccupante ». Le coût pour les comptes sociaux est de l’ordre de 17 milliards d’euros par an, mais Édouard Philippe met aussi en cause les effets sur l’activité des entreprises et des administrations, et sur l’ambiance au travail.
Sa référence est espagnole. En Espagne, explique-t-il, les congés longs sont mieux indemnisés et les congés courts traités avec plus de sévérité. Il propose de s’inspirer de cette logique en renforçant les journées de carence d’ordre public : « le premier jour, les deux premiers jours ne seront pas indemnisés lorsque c’est un arrêt ponctuel ». Il veut par ailleurs instaurer une période incompressible de trois, cinq ou six mois entre un arrêt maladie et une rupture conventionnelle, pour lutter contre ce qu’il appelle le chantage à l’arrêt maladie.
Le pacte Dutreil, sujet de paix
Troisième message adressé aux entreprises, un dispositif fiscal qu’il veut sanctuariser. « Il faut arrêter à intervalles réguliers de remettre en cause l’existence du pacte Dutreil », a demandé Édouard Philippe à propos de ce mécanisme qui allège la transmission des entreprises familiales. Son mérite, selon lui, est de garantir aux capitaux familiaux qu’ils n’ont pas à s’interroger sur le passage de l’entreprise à la génération suivante. Le signal lui paraît « extrêmement important » à la veille d’un vaste mouvement de transmissions à l’échelle du pays.
Sur les héritages, le désaccord est frontal, et il le dit tel quel. Il s’oppose à Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), qui propose de taxer l’intégralité des successions au-delà d’un seuil de 12 millions d’euros, comme à la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, favorable à une taxation des successions au premier euro. Édouard Philippe défend la position inverse : augmenter massivement la capacité de donner de son vivant, aux enfants et aux petits-enfants, avec une hausse « très sensible » des plafonds pendant les trois premières années du quinquennat.
Des trains de marchandises et 50 milliards d’impôts en moins
Le reste tient en trois directions, résumées par le candidat : remettre de l’ordre dans les comptes publics, laisser les entreprises créer de la richesse, moderniser et développer les infrastructures. Il réaffirme vouloir une réforme des retraites qui prenne en compte les différences entre les métiers, mais « qui accepte l’idée que tout le monde doit travailler un peu plus longtemps ». Il revendique une politique de l’offre mise en place sous François Hollande puis accélérée lorsqu’il était Premier ministre auprès d’Emmanuel Macron, et rappelle sa proposition de supprimer 50 milliards d’euros d’impôts de production contre une baisse équivalente des aides aux entreprises.
Côté infrastructures, il annonce un « grand plan fret ferroviaire », qu’il juge indispensable à la compétitivité française face aux autres pays européens et susceptible de réduire fortement les émissions de CO2. Il souhaite aussi développer le stockage de l’eau, sans puiser de façon inconsidérée dans les nappes. Quant à l’annulation de la dette défendue par Jean-Luc Mélenchon, elle représente à ses yeux « l’assurance de la destruction du crédit de la France ».
Sept candidats se succédaient ce jeudi devant le patronat. Édouard Philippe y est arrivé avec deux jours de carence dans la poche.