Boris Vallaud, député socialiste des Landes, en 2023

Primaire socialiste : Boris Vallaud renonce et soutient Glucksmann

Le député des Landes Boris Vallaud a annoncé le 27 août 2026, dans une tribune publiée par le Nouveau Populaire, qu’il ne serait pas candidat à la primaire socialiste des 9 et 10 octobre. Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale apporte son soutien à Raphaël Glucksmann et conditionne toute victoire de la gauche à un programme commun et à un contrat de législature. Il rejoint la présidente de la région Occitanie Carole Delga et l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot, déjà ralliés au coprésident de Place publique.

Le texte s’ouvre sur les Landes, et pas sur la politique. Boris Vallaud, élu du département depuis 2017, y énumère les habitants évacués, les exploitations touchées, les pompiers blessés, les communes bouleversées. Les incendies qui ont frappé le massif des Landes de Gascogne à partir du 22 juillet 2026 ont parcouru 47 004 hectares au 17 août, blessé 88 sapeurs-pompiers et détruit plus de 240 bâtiments. Dans le seul département des Landes, l’évacuation de Biscarrosse, Sanguinet et Parentis-en-Born a concerné 40 000 personnes, quand les feux de Gironde en ont déplacé 220 000. Plus de 2 750 sapeurs-pompiers ont été mobilisés, venus d’autres régions et d’autres pays.

De cet été, le député tire une conviction qu’il place en préalable à son annonce : « dans l’adversité ou dans l’épreuve, comme pour surmonter les défis de l’époque, seul le collectif compte ». La démonstration est cousue main : le sauvetage d’un massif forestier sert d’argument à un renoncement personnel. Vient ensuite la phrase attendue. Boris Vallaud ne sera pas candidat à la désignation militante du pôle socialiste, parce qu’il ne se juge pas « le mieux placé pour l’emporter » et qu’il n’ajouterait, écrit-il, que « de la division à la confusion ».

Six candidats, deux tours et quinze euros

Le scrutin auquel il renonce est un vote électronique uninominal à deux tours, fixé aux 9 et 10 octobre pour le premier tour et aux 16 et 17 octobre pour le second. C’est une primaire fermée : seuls votent les adhérents à jour de cotisation du Parti socialiste, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste, ainsi que les personnes ayant cotisé au « pôle social-démocrate » pour 15 euros, ou 10 euros au tarif social. Ce montant a été jugé trop élevé au sein même du parti, notamment par Ségolène Royal et Philippe Brun, tous deux candidats.

Le format lui-même résulte d’un arbitrage interne. Le 9 juillet 2026, les adhérents socialistes ont écarté à 55,5 % la proposition de la direction, qui ouvrait le corps électoral aux sympathisants et prévoyait une participation ultérieure à une primaire unitaire de la gauche. Pour se présenter, les candidats doivent réunir les parrainages de quinze membres du conseil national, de dix parlementaires, de cinquante conseillers régionaux ou départementaux répartis sur huit départements et trois régions, ou de cinquante maires sur trois régions. Ils doivent aussi signer une charte les engageant à proposer le rassemblement à toute la gauche démocratique, écologique et républicaine. Six candidatures sont déclarées : Philippe Brun, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Boris Vallaud figure désormais, avec Anne Hidalgo et Carole Delga, parmi ceux qui ont décliné.

Ce que le soutien engage, et ce qu’il exige

Le ralliement n’est pas donné sans contrepartie. Boris Vallaud écrit choisir Raphaël Glucksmann en se posant une seule question, celle du candidat « le mieux placé et le mieux préparé » pour la présidentielle. Il reconnaît dans le même paragraphe qu’ils ne partagent ni le même caractère, ni la même histoire, ni la même sensibilité sur bien des sujets, et rappelle qu’ils n’appartiennent pas au même parti. Il met à son crédit son action au Parlement européen au nom de la délégation socialiste, sur les droits humains, la planification écologique et industrielle et la taxation des ultra-riches. Raphaël Glucksmann, eurodéputé depuis 2019, a présidé de 2020 à 2023 la commission spéciale du Parlement européen sur l’ingérence étrangère et la désinformation. À ce titre, il a dénoncé à plusieurs reprises les ingérences russes. Ironie de l’Histoire, son grand-père était un espion soviétique. Toujours au rayon familiale, le père de sa compagne Léa Salamé n’est autre que Ghassan Salamé, homme politique et homme d’affaire libanais proche du Forum économique mondial et de l’Open Society de George Soros, également liée au WEF. Le père Salamé est également membre de. la Global Leadership Foundation (GLF), une organisation internationale à but non lucratif réunissant d’anciens chefs d’État, Premiers ministres, ministres de haut rang et autres anciens dirigeants, qui conseillent de manière privée et confidentielle des dirigeants politiques au pouvoir.

Le député Vallaud conditionne toutefois sa démarche : la victoire n’est possible, selon lui, que si elle est préparée par un projet commun, un contrat de législature, une équipe et une majorité capables de gouverner durablement. Il annonce continuer à travailler à une candidature commune de la gauche sociale, écologique et démocratique, qu’il présente depuis plusieurs mois comme dépendante d’un programme partagé. Le soutien est donc daté et gagé.

Un procès de la Ve République glissé dans une lettre de militant

La partie la plus programmatique du texte ne porte pas sur les personnes mais sur les institutions. Boris Vallaud y avance que « la Ve République est morte » et plaide pour un régime parlementaire fondé sur le scrutin proportionnel et un rééquilibrage des pouvoirs, qu’il résume en une formule ternaire : un président qui préside, un gouvernement qui gouverne, un peuple qui participe. Il demande que les élections législatives soient pensées pour elles-mêmes et non comme un troisième tour de la présidentielle. Il désigne l’extrême droite comme la menace centrale des prochains mois et défend, sans les hiérarchiser, la rémunération du travail, les services publics, le logement, l’école publique, la justice fiscale, la réindustrialisation et l’adaptation au changement climatique. Il place au-dessus de ces exigences ce qu’il nomme la démarchandisation.

Le député critique enfin les « logiques de boutiques » des partis de gauche et une « mentalité de garde-frontière » qu’il juge incompatible avec tout rassemblement. Il salue les initiatives lancées ces derniers jours par Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, liée au WEF et par Yannick Jadot, et se félicite de la participation au vote d’octobre de la Gauche républicaine et socialiste et d’Emmanuel Maurel, lequel est aussi candidat à cette désignation.

Le titre de la tribune, Boris Vallaud ne l’a pas inventé. Il l’emprunte à Henri Emmanuelli, ancien député de la troisième circonscription des Landes mort en 2017, dont il a repris le siège : « aux militants, on ne demande pas des états d’âme, mais des états de service ».

À noter que Boris Vallaud est lié au Instituts Aspen, proches du Forum économique mondial. Le site officiel d’Aspen France possède une fiche dédiée à Boris Vallaud et le répertorie dans sa rubrique « La communauté ». Il a également participé à une rencontre de la série « Belles Feuilles » le 17 mai 2021, autour de son livre Un esprit de résistance. Il est également lié à Najat VallaudBelkacem, young global leader du Forum économique mondial.


Source : Le Nouveau Populaire – https://nouveaupopulaire.fr/articles/politique/pas-detats-dame-que-des-etats-de-service/