La préfecture des Pyrénées-Orientales a suspendu, jeudi 27 août 2026, l’agrément d’abattage rituel de l’abattoir de Perpignan, au lendemain de la diffusion de vidéos par l’association L214. Une inspection complète de l’établissement est programmée les 31 août et 1er septembre. Deux salariés ont déjà été écartés par l’exploitant.
Un salarié frappe des cochons à coups de poing. Des moutons et des bovins commencent à être découpés alors qu’ils semblent encore vivants. Ces images, tournées entre mai et juillet 2026 dans l’abattoir de Perpignan et rendues publiques le 27 août par l’association L214, ont fait tomber un agrément en vingt-quatre heures.
L’association de défense des animaux a saisi le procureur de la République le mercredi 26 août, pour « actes de cruauté », « sévices graves » et « mauvais traitements envers les animaux ». Selon L214, la plainte s’appuie sur cinq heures et demie d’enregistrements réalisés sur trois chaînes d’abattage. L’association y relève aussi des moutons attrapés par la laine et par les pattes, ainsi qu’un usage d’aiguillon électrique sur des zones interdites par la réglementation.
Le président de l’abattoir, Jean-Claude Coulet, a réagi dans les colonnes de L’Indépendant. « Nous avons découvert ces images ce mercredi matin et avons aussitôt mis à pied les salariés concernés », indique-t-il. Le salarié filmé en train de frapper les animaux a été licencié. Le second doit partir à la retraite à la fin du mois et ne travaille déjà plus dans l’entreprise.
Le halal et le casher à l’arrêt
Vingt-quatre heures plus tard, la préfecture des Pyrénées-Orientales a décidé « de suspendre l’agrément pour l’abattage rituel », a précisé à L’Indépendant Frédéric Guillot, directeur départemental de la protection des populations. Cet agrément concerne « majoritairement l’abattage halal ou casher sans étourdissement », détaille-t-il, en ajoutant que « des pratiques avec étourdissement sont tolérées parfois ». La mesure ne vise que cette autorisation particulière.
Le directeur départemental annonce dans la foulée une inspection complète du site les 31 août et 1er septembre. « Vu les images de L214, on constate des comportements individuels insupportables et inadmissibles. C’est pour cela que l’agrément d’abattage rituel est d’ores et déjà suspendu. Le bien-être animal est une priorité de nos missions », déclare-t-il. Les résultats de ces deux journées de contrôle détermineront d’éventuelles autres sanctions. « L’opérateur a lui déjà pris des sanctions en mettant à pied ou en licenciant deux des salariés », relève Frédéric Guillot.
L’abattage rituel repose sur une dérogation prévue par le règlement européen 1099/2009 relatif à la protection des animaux au moment de leur mise à mort. Ce texte impose l’étourdissement préalable, mais autorise les États membres à en dispenser les abattages prescrits par des rites religieux, à condition qu’ils soient pratiqués dans un abattoir agréé. Retirer l’agrément revient donc à interrompre, sur ce site, toute production halal ou casher sans étourdissement.
Un vétérinaire tous les jours, une dizaine de PV en 2025
L’établissement n’est pas un angle mort administratif. « Deux inspections annuelles sont programmées sur le site », rappelle le directeur départemental de la protection des populations, qui cite également la présence quotidienne d’un vétérinaire et de techniciens de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Cette même DDPP a dressé une dizaine de procès-verbaux à l’encontre de l’abattoir de Perpignan sur la seule année 2025.
L’administration s’en tient à une lecture individuelle des faits filmés. « Sur les trois mois de rush, seules quelques secondes d’images dénoncent ces faits », souligne Frédéric Guillot. L214, de son côté, met en cause la conception même de certains postes, qui empêcherait selon elle une immobilisation correcte des animaux avant l’étourdissement.
Sept millions d’euros de béton public
Le site est exploité par la société coopérative La Catalane d’abattage. Selon L214, l’outil a été construit en 2015 avec 7,7 millions d’euros de fonds publics. La communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole, présidée par le RN, Louis Aliot, figure parmi les actionnaires de la structure qui gère l’abattoir, rapporte le média local Made in Perpignan.
L214 réclame la fermeture de l’établissement et un audit de l’ensemble des abattoirs français. Fondée en 2008, l’association a publié pour 2025 un budget de 11,9 millions d’euros, financé à 73 % par la générosité du public et à 19 % par la fondation américaine Coefficient Giving, ex-Open Philanthropy, créée par Dustin Moskovitz et Cari Tuna et dont l’ancienne présidente, Jaime Yassif, était membre du WEF, . Elle revendiquait 62 641 adhérents au 31 décembre 2025 et cent salariés.
L’inspection générale commence lundi. D’ici là, l’abattoir de Perpignan continue de tourner, hors abattage rituel.