Rue du tambon Cherng Talay, district de Thalang, à Phuket en Thaïlande

Drapeau palestinien à Phuket : une altercation filmée fait débat

Un drapeau palestinien accroché dans une boutique de téléphonie de Phuket a déclenché une altercation entre le commerçant et deux touristes israéliens. La vidéo de vidéosurveillance, diffusée sur Facebook le 24 août 2026, a relancé le débat thaïlandais sur l’importation des conflits étrangers dans les zones touristiques. Le ministre du Tourisme a prévenu que les fauteurs de troubles pouvaient voir leur visa révoqué.

Les images durent quelques minutes. Un homme et une femme entrent dans une boutique de téléphonie mobile de Bang Thao, dans le tambon Cherng Talay, district de Thalang, sur l’île de Phuket. Ils repèrent un drapeau « Free Palestine » installé près de l’entrée. Ils interrogent le commerçant. La conversation tourne à la dispute, puis le couple quitte les lieux.

La séquence, captée par la vidéosurveillance du magasin, porte l’horodatage du 2 août. Elle n’a été mise en ligne que le 24 août, par un utilisateur de Facebook rapporte le Bangkok Post. La légende accompagnant la publication soutient que le drapeau se trouvait sur une propriété privée et interroge le droit des deux clients à en exiger le retrait.

Le commerçant, qui s’est présenté sous le prénom de Dahlan, affirme que le drapeau était accroché depuis environ un an, sans lien avec un événement particulier. Selon lui, les deux clients, qu’il dit israéliens, cherchaient un accessoire de téléphone en rupture de stock. La discussion a ensuite glissé vers le drapeau, la femme demandant pourquoi il était là et réclamant qu’il soit décroché.

Chacune des deux parties accuse l’autre d’avoir déclenché l’altercation, et les propos échangés pendant la scène sont contestés de part et d’autre. Le commerçant dit exprimer une position personnelle sur la question palestinienne, qu’il décrit comme une affaire de conscience. Il assure ne pas avoir initié la confrontation.

Trois incidents en trois semaines

L’épisode de Bang Thao n’est pas isolé. Le Bangkok Post le replace dans une série de confrontations impliquant des ressortissants israéliens sur les îles touristiques du sud du pays. Leur ambassade les a mis en garde contre le fait de se laisser entraîner dans des discussions sur des sujets sensibles.

Le 12 août, sur Koh Samui, un zoo a refusé l’entrée à une famille israélienne après avoir appris sa nationalité. L’échange a dégénéré. L’homme, qui accusait le mari français de la propriétaire thaïlandaise de l’avoir agressé, a été condamné à une amende de 5 000 bahts.

La veille, sur Koh Phangan, une Israélienne de 62 ans et sa fille de 23 ans ont été grièvement frappées lors d’une agression sans provocation préalable. L’auteur, un Français, leur a déclaré qu’il s’opposait à l’action d’Israël à Gaza. Les deux femmes ont dû être opérées. Leur agresseur aurait été remis en liberté sous caution de 100 000 bahts après une interpellation dans une autre affaire.

Ce que pèsent 420 000 arrivées

Le contentieux se joue sur un marché touristique devenu significatif. Le porte-parole du Bureau de l’immigration thaïlandais, le général de brigade de police Cherngron Rimphadee, a communiqué le 12 mars 2026 un relevé chiffré : 420 202 ressortissants israéliens sont entrés en Thaïlande par les cinq principaux aéroports du pays en 2025, pour 405 712 sorties enregistrées. Au 10 mars 2026, environ 31 892 Israéliens se trouvaient sur le territoire, toutes catégories de séjour confondues.

Ces relevés répondaient à des estimations bien plus élevées circulant sur les réseaux sociaux thaïlandais. Le centre de recherche de la banque Kasikorn, dans une note du 6 mars 2025, tablait sur 350 000 visiteurs israéliens en 2025, en hausse de 25 % sur un an, pour une dépense moyenne de 83 000 bahts par voyage et 29,35 milliards de bahts de recettes attendues.

La concentration géographique explique la sensibilité locale du sujet. Selon un relevé du quotidien The Nation publié en mai 2026, fondé sur les déclarations de résidence imposées aux étrangers, la province de Surat Thani, qui englobe Koh Samui et Koh Phangan, arrivait en tête avec 6 638 séjours israéliens déclarés, devant Bangkok (3 069) et Phuket (2 801).

Bangkok fixe une limite

Le ministre du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul, s’est exprimé lundi. La Thaïlande, a-t-il indiqué, ne souhaite pas que des étrangers se servent de son territoire pour y exposer des convictions idéologiques susceptibles de provoquer des troubles plus larges.

Le ministre a nuancé son propos. Selon lui, la plupart des différends recensés relèvent de comportements individuels et ne caractérisent pas l’ensemble des visiteurs étrangers. Il a néanmoins précisé que les fauteurs de troubles s’exposaient à une révocation de leur visa.

L’avertissement n’est pas resté théorique. Le 25 août, rapporte The Nation, le même ministre a annoncé qu’un touriste n’était plus autorisé à séjourner en Thaïlande, à la suite d’une prime prétendument promise en ligne contre le propriétaire du parc animalier Samui Exotic Park. Il n’a pas identifié la personne visée.

Ce que permet l’article 36

La menace s’appuie sur un texte ancien. La loi thaïlandaise sur l’immigration B.E. 2522, promulguée en 1979, prévoit à son article 36 que le directeur général du Bureau de l’immigration ou la commission de l’immigration peut révoquer une autorisation de séjour temporaire, dès lors qu’un motif valable est retenu. L’intéressé peut contester la décision devant la commission, dont l’avis est alors définitif.

Le même texte impose, à ses articles 37 et 38, des obligations déclaratives sur le lieu de résidence et l’activité exercée. Ce sont elles qui alimentent les statistiques provinciales publiées par les autorités. Aucune de ces dispositions ne vise une nationalité en particulier.

Le débat déborde le cadre administratif. Le 24 août, selon The Nation, un collectif thaïlandais dénommé Impatient Thais, représenté par Akkarawut Kraisrisombat, a remis à l’ambassade d’Israël à Bangkok, dirigée par Alona Fisher-Kamm, une lettre demandant que les touristes et résidents israéliens soient sensibilisés au respect du droit thaïlandais. Le courrier mentionnait Phuket, Koh Samui, Koh Phangan, Surat Thani et Pai.

Ce que la vidéo ne dit pas

Le compte rendu du Bangkok Post laisse plusieurs points en suspens. L’identité des deux touristes n’est pas établie publiquement, leur version n’a pas été recueillie, et aucune plainte ni procédure judiciaire n’est signalée à ce stade dans cette affaire précise.

Reste le décalage temporel. La scène date du 2 août, sa diffusion du 24. Trois semaines pendant lesquelles rien ne s’est passé, jusqu’à ce que la mise en ligne d’un fichier de vidéosurveillance transforme une dispute de comptoir en affaire nationale. Le mécanisme est devenu banal : ce n’est plus l’incident qui fait l’événement, c’est sa publication.

À Bang Thao, le drapeau est toujours accroché près de l’entrée.


Source : Bangkok Post – bangkokpost.com