Le Kennedy Center, à Washington, sur les bords du Potomac

Kennedy Center : l’administration Trump évoque une démolition

Le Kennedy Center pourrait être démoli si la justice fédérale bloque la réinscription du nom de Donald Trump sur sa façade, a fait valoir le ministère américain de la Justice dans des documents versés au dossier le lundi 24 août. Le juge Christopher Cooper avait ordonné le 29 mai le retrait de toute référence au président américain sur le bâtiment de Washington, rebaptisé « Trump Kennedy Center » en décembre 2025. Le conseil d’administration a adopté le 13 août une résolution prévoyant une inscription honorant son rôle dans la rénovation. Une audience est prévue ce jeudi.

La phrase figure noir sur blanc dans un document judiciaire. Si l’inscription honorant le contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump n’est pas rétablie, le Kennedy Center se dégradera jusqu’à devenir une structure dangereuse et délabrée, qui devra être démolie, et il restera alors à décider de ce qui sera construit sur le terrain. Le ministère américain de la Justice suggère lui-même une piste : « un amphithéâtre en plein air surplombant le Potomac ».

Ces documents ont été déposés le lundi 24 août, en vue d’une audience fixée au jeudi 27 août. L’argument avancé par l’administration est financier avant d’être architectural : sans reconnaissance publique du rôle du président américain dans la rénovation du site, les donateurs privés se détourneront de l’institution. Le ministère écrit que le centre poursuivra alors « sa pente mortelle financière et structurelle ».

Le Kennedy Center n’est pas un équipement culturel ordinaire. Créé par une loi du Congrès et inauguré en 1971 sur les bords du Potomac, il a le statut de mémorial national dédié à John Fitzgerald Kennedy, assassiné en 1963. Il abrite l’Orchestre symphonique national et l’Opéra national de Washington, et accueille chaque année les Kennedy Center Honors, cérémonie qui distingue des artistes américains en présence, traditionnellement, du président en exercice. Son fonctionnement repose sur une combinaison de crédits fédéraux, de recettes propres et de dons privés. C’est cette dernière colonne, la plus fragile, que l’administration met aujourd’hui en avant devant le tribunal.

Deux noms sur une façade

L’affaire est née en décembre 2025. Donald Trump, qui a placé des proches à la direction de l’institution, décide alors d’accoler son nom à celui de son prédécesseur pour rebaptiser officiellement l’établissement « Trump Kennedy Center ». La décision est contestée par l’opposition démocrate et dénoncée publiquement par la famille Kennedy.

Elle est ensuite annulée par la justice. Le 29 mai, le juge fédéral Christopher Cooper ordonne le retrait, dans un délai de deux semaines, de toute mention renvoyant « au président Trump ou à tout individu autre que le président Kennedy ». L’ordonnance ne vise pas seulement le fronton du bâtiment : elle couvre aussi le site internet de l’institution et les marques qu’elle a déposées.

Le conseil d’administration s’exécute. Puis, le 13 août, il adopte une résolution d’un genre différent : il ne s’agit plus de rebaptiser le centre, mais d’y apposer une inscription reconnaissant le rôle joué par le président républicain dans la rénovation des lieux. La nuance est juridique. Elle sera aussi l’objet principal de l’audience de jeudi, où le juge devra dire si cette formulation contourne ou respecte son ordonnance de mai.

L’eau, le vrai dossier

Derrière la bataille de plaques, il y a un bâtiment qui prend l’eau. Le conseil d’administration du Kennedy Center répète depuis des mois que l’édifice, achevé au début des années 1970, souffre de fuites et d’infiltrations qui imposent des travaux lourds. Sur ce point, le juge Christopher Cooper ne l’a pas contredit : il a lui-même qualifié de criant le besoin de rénovation.

Le magistrat a en revanche bloqué la méthode. Il a suspendu à titre provisoire le projet de fermeture du centre pendant deux ans, estimant que sa direction avait manqué à son « devoir de prudence » en n’ayant pas suffisamment pesé les conséquences d’une telle interruption d’activité. Une fermeture de vingt-quatre mois signifie l’annulation de saisons entières, le déplacement d’orchestres et de compagnies, et une perte de recettes que rien ne garantit de récupérer.

Les deux volets du dossier, le nom et le chantier, se répondent donc. L’administration soutient que le second dépend du premier : pas d’inscription, pas de donateurs, pas de rénovation, et à terme un bâtiment condamné. Les parties adverses y voient une manière de faire de la restauration d’un mémorial national l’objet d’une négociation politique.

Ce qui se joue jeudi

L’audience du jeudi 27 août portera sur un point technique aux conséquences concrètes : la résolution du 13 août est-elle compatible avec l’ordonnance du 29 mai ? Si le juge Cooper estime que non, l’inscription sera interdite. S’il estime que oui, une plaque honorant Donald Trump pourra figurer dans un bâtiment que la justice a explicitement voulu réserver à la mémoire de John Kennedy.

L’hypothèse de la démolition, elle, n’est pas une décision annoncée mais un argument de procédure. Aucune démarche administrative en ce sens n’a été engagée à ce stade, et l’établissement, créé par le Congrès, ne relève pas de la seule volonté de l’exécutif. Le ministère de la Justice décrit un scénario dans un mémoire, il ne le programme pas. La distinction compte, mais elle n’a pas empêché la mention de circuler bien au-delà des salles d’audience de Washington.

Reste que ce scénario a été écrit, daté et versé à un dossier judiciaire par le ministère de la Justice des États-Unis. Dans une capitale fédérale où les bâtiments publics valent autant comme symboles que comme équipements, évoquer un amphithéâtre en plein air à l’emplacement d’un mémorial national n’est pas une hypothèse neutre. La famille Kennedy avait déjà pris position contre le changement de nom en décembre 2025.

Le juge Christopher Cooper tranchera. La plaque attend.


Source : La Dépêche du Midi – ladepeche.fr