Abattoir de Perpignan : L214 porte plainte, une inspection ordonnée

L’abattoir de Perpignan, exploité par la société La Catalane d’abattage, fait l’objet d’une plainte déposée le mercredi 26 août par l’association L214 pour actes de cruauté, sévices graves et mauvais traitements sur animaux. L’association dit s’appuyer sur une enquête menée entre mai et juillet 2026 et sur des images qu’elle a publiées. Le préfet des Pyrénées-Orientales a ordonné une inspection complète du site, et la direction de l’établissement a mis à pied à titre conservatoire les salariés mis en cause. Aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade.

L’enquête a commencé par un signalement. Entre mai et juillet 2026, l’association L214 a filmé à l’intérieur de La Catalane d’abattage, l’abattoir de Perpignan, avant de déposer plainte le 26 août. Le document, dont l’AFP s’est procuré une copie, vise trois qualifications : actes de cruauté, sévices graves et mauvais traitements envers des animaux.

Les images diffusées sur le site de l’association montrent, selon sa description, des animaux découpés vivants, des vaches égorgées sans étourdissement préalable et des cochons frappés à coups de poing. La plainte affirme que les animaux « paniquent et tentent de fuir », reçoivent des coups sans interruption, présentent des signes de conscience et sont découpés alors qu’ils sont encore vivants. Ces éléments constituent les allégations de l’association ; ils n’ont pas été établis par une juridiction.

L’étourdissement préalable est le point central. Le règlement européen relatif à la protection des animaux au moment de leur mise à mort impose de leur épargner toute souffrance évitable, ce qui suppose en règle générale une perte de conscience avant la saignée. Les dérogations existantes concernent l’abattage rituel et sont strictement encadrées.

Un bâtiment de 2015, pas une ruine

Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214, avance un argument qui déplace la question de la faute individuelle vers l’organisation du site. Selon lui, une partie des infractions relevées tient à la conception même de l’établissement. « L’immobilisation des animaux n’est pas suffisante », déclare-t-il à l’AFP, décrivant des bêtes qui parviennent à se dégager des pièges de contention, courent dans l’abattoir et finissent saignées au sol.

L’association insiste sur un point de calendrier. Dans son communiqué, elle souligne que l’abattoir de Perpignan n’est pas une structure vétuste : il a été construit en 2015. L’argument vise à écarter l’explication par l’obsolescence des installations, souvent invoquée dans les dossiers d’abattoirs mis en cause depuis la première enquête de L214 en 2016.

La plainte relève également que l’entreprise bénéficie d’une certification Ecocert de production biologique. L’organisme certificateur atteste du respect du cahier des charges de l’agriculture biologique, qui comporte des exigences relatives au bien-être animal. Contactée par l’AFP, La Catalane d’abattage n’avait pas répondu dans l’immédiat.

La préfecture envoie ses inspecteurs

La réaction administrative a été rapide. Saisi par l’association, le préfet des Pyrénées-Orientales « a ordonné une nouvelle inspection complète de l’établissement », indique la préfecture dans un communiqué. Le contrôle sera conduit « sans délai » par les agents de la direction départementale de la protection des populations, le service de l’État compétent pour l’inspection sanitaire et la protection animale en abattoir.

Le communiqué préfectoral fait aussi état d’une décision de l’exploitant. Au vu de la gravité des faits signalés, la direction de l’abattoir a mis à pied à titre conservatoire les personnels directement mis en cause dans les images. Une mise à pied conservatoire n’est pas une sanction : elle suspend le contrat de travail le temps d’une procédure, sans préjuger de son issue.

Le terme « nouvelle inspection » employé par la préfecture indique que l’établissement avait déjà été contrôlé. Les abattoirs français sont soumis à la présence permanente ou régulière de services vétérinaires officiels, dont la mission couvre à la fois l’hygiène des viandes et le respect des règles de protection animale.

Ce que L214 demande, ce que la procédure permet

L’association ne s’estime pas satisfaite des mesures annoncées. « Cet abattoir doit fermer », déclare Sébastien Arsac. À défaut, il demande que la direction du site garantisse la formation des employés ou, au minimum, s’assure de la conformité des pratiques d’abattage au règlement européen.

La fermeture d’un abattoir relève du préfet, qui peut suspendre ou retirer l’agrément sanitaire d’un établissement en cas de manquement grave. Cette décision administrative est distincte de la procédure pénale ouverte par la plainte, laquelle appartient désormais au procureur de la République de Perpignan, libre de classer, d’ouvrir une enquête préliminaire ou de saisir un juge d’instruction.

Les peines encourues ne sont pas symboliques. Depuis la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale, les sévices graves et actes de cruauté envers un animal domestique ou tenu en captivité sont punis de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, portés à cinq ans et 75 000 euros lorsque les faits entraînent la mort de l’animal. Des peines complémentaires d’interdiction de détenir un animal peuvent être prononcées.

L214 profite de ce dossier pour relancer une critique plus générale. Dans sa communication publique, l’association relève que le plan de onze mesures contre la maltraitance animale présenté le 28 juillet par le Premier ministre Sébastien Lecornu, membre du Club Le Siècle, ne comporte aucune disposition concernant les animaux d’élevage. L’association avance le chiffre de plus d’un milliard d’animaux abattus chaque année en France.

Les inspecteurs de la DDPP entrent dans un bâtiment de onze ans. Le reste est affaire de procédure.


Source : La Dépêche du Midi – ladepeche.fr