Le Palais de justice de Genève, où siège le Tribunal criminel du canton

Procès de Genève : perpétuité requise, acquittement plaidé dans le procès de l’horreur

Le procès de Genève d’un homme accusé d’avoir tué sa compagne en mars 2023 à Vernier s’est joué le mardi 25 août sur deux récits inconciliables. Le Ministère public, représenté par la procureure Lorena Henry, a requis une peine privative de liberté à vie assortie d’un internement pour assassinat. La défense, assurée par Me Lucie Ben Hamza-Noir, a plaidé l’acquittement en invoquant les doutes du dossier. Le prévenu, un ressortissant sierra-léonais né en 1985, conteste les faits. Le verdict du Tribunal criminel est attendu vendredi.

Une bouteille de soda de 1,5 litre portant des traces de sang. Des lésions internes descendant jusqu’à 42 centimètres. Un voisin qui dit avoir entendu des propos menaçants à travers la cloison. Ce sont, selon les comptes rendus d’audience publiés par 20 minutes et Radio Lac, quelques-uns des éléments versés au dossier par l’accusation devant le Tribunal criminel de Genève.

Les faits remontent à mars 2023, dans un appartement du quartier des Libellules, à Vernier, commune de la périphérie genevoise. Une femme de 41 ans, d’origine camerounaise, y est morte d’une hémorragie massive consécutive à une pénétration. Le Temps, qui la désigne sous le prénom d’emprunt de Louise, décrit une victime en grande difficulté sociale. Elle vivait depuis près de cinq ans avec l’homme aujourd’hui jugé.

Le procès s’est ouvert le lundi 24 août devant le Tribunal criminel, la formation genevoise compétente lorsque la peine encourue dépasse dix ans. Deux lectures s’y sont affrontées, sans terrain commun : pour l’accusation, un homicide volontaire commis avec une cruauté qui justifie la qualification d’assassinat. Pour la défense, un dossier d’indices qui ne permet pas d’établir la culpabilité du prévenu.

Ce que soutient le Ministère public

La procureure Lorena Henry a ouvert son réquisitoire en qualifiant les faits d’acte de barbarie, selon Le Temps. Elle a défendu devant le tribunal la thèse d’un homme qui aurait délibérément choisi la manière la plus brutale de tuer sa compagne, et non celle d’un accident. « Il la détestait au point que la quitter ne lui suffisait pas », a-t-elle déclaré, toujours selon le quotidien genevois.

Le Ministère public a énuméré plusieurs mobiles possibles, rapporte Radio Lac : la jalousie, la volonté d’humilier, l’argent. Il s’est appuyé sur le passé judiciaire du prévenu, décrit comme comptant une vingtaine de condamnations depuis l’âge de 15 ans, dont plusieurs pour viol et contrainte sexuelle, d’après le compte rendu de 20 minutes. L’accusation a également fait état d’un risque de récidive évalué de modéré à élevé.

Sur cette base, elle a réclamé la sanction la plus lourde du droit pénal suisse : une peine privative de liberté à vie, prévue par l’article 112 du Code pénal pour l’assassinat, doublée d’une mesure d’internement au sens de l’article 64. L’internement n’est pas une peine mais une mesure de sûreté : il maintient la personne condamnée en détention au-delà de sa peine tant qu’un risque pour la collectivité est retenu. Rien de tout cela n’est acquis à ce stade : ce sont des réquisitions, et le tribunal n’a pas statué.

La défense parle de fiction

Me Lucie Ben Hamza-Noir a répondu en attaquant la construction même du dossier. Elle a qualifié le récit de l’accusation de mauvais roman et de pure fiction, selon Le Temps, et a plaidé ce qu’elle a nommé un « océan de doutes ». Sa demande est simple : l’acquittement.

L’avocate a avancé plusieurs hypothèses alternatives devant le tribunal. Celle d’un tiers, d’abord : la victime aurait, selon la défense, quitté le domicile pendant environ une heure, fenêtre pendant laquelle un autre auteur aurait pu intervenir. Celle d’un acte non homicide, ensuite, la défense évoquant la possibilité d’un rapport sexuel ayant dérapé, sans intention de donner la mort. Elle a par ailleurs contesté la fiabilité de certaines analyses de prélèvements, présentées comme relevant d’une technique encore expérimentale, rapporte Radio Lac.

Le prévenu, lui, nie. Interrogé sur la découverte du corps, il a affirmé avoir trouvé sa compagne inconsciente et ensanglantée sans mesurer la gravité de son état, pensant « que c’étaient ses règles », selon le compte rendu de 20 minutes. Les parties civiles sont représentées par Me Robert Assaël.

Le dossier repose sur des expertises

Comme souvent dans les affaires sans témoin direct, le débat s’est déplacé sur le terrain technique. L’autopsie a établi une hémorragie provoquée par des lésions profondes, jusqu’à 42 centimètres à l’intérieur du tube digestif. L’accusation soutient qu’un bras, une bouteille, ou les deux, ont pu être utilisés. La défense fait valoir que les experts n’excluent pas formellement l’intervention d’un tiers.

Une expertise psychiatrique a par ailleurs été versée au dossier. Elle décrit, selon 20 minutes, un trouble de la personnalité, un trouble du développement intellectuel, une dépendance à l’alcool et une propension au mensonge. Cette pièce est utilisée par les deux camps : l’accusation y voit un facteur de dangerosité justifiant l’internement, la défense un élément qui affaiblit l’hypothèse d’un plan homicide construit.

Aucune des deux thèses n’a été tranchée. Le tribunal devra dire s’il retient l’assassinat, une qualification moins lourde, ou l’acquittement demandé par la défense. Le prévenu est présumé innocent jusqu’à ce jugement.

Vendredi, 14 heures

La qualification retenue par le Ministère public place la barre haut. En droit pénal suisse, l’assassinat suppose que le tribunal établisse non seulement l’identité de l’auteur, mais l’intention de donner la mort et le caractère particulièrement odieux de l’acte, ce qui le distingue du meurtre simple. C’est précisément sur ces trois points que la défense a construit sa plaidoirie du mardi 25 août, en soutenant qu’aucun n’est démontré.

La composition du Tribunal criminel de Genève associe des magistrats professionnels et des juges assesseurs. Ses décisions sont susceptibles d’appel devant la Chambre pénale d’appel et de révision, puis, en dernière instance, devant le Tribunal fédéral, à Lausanne. Quelle que soit l’issue de vendredi, la procédure a donc de fortes chances de se poursuivre.

Le verdict est attendu vendredi, à 14 heures.


Source : Le Temps – letemps.ch