La taxe sur les héritages doit s’appliquer « dès le premier euro », a déclaré le mardi 25 août sur RTL la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon. Le premier syndicat français, qui faisait sa rentrée le même jour sur le thème des services publics, veut porter cette révision de l’impôt sur les successions dans la campagne présidentielle de 2027. La CFDT rencontrera les candidats en début d’année prochaine, à l’exception de Marine Le Pen et de l’extrême droite.
Mardi 25 août au matin, sur RTL, la secrétaire générale de la CFDT a posé une proposition rarement formulée aussi nettement par une organisation syndicale française. Marylise Léon s’est dite favorable à une révision de l’impôt sur les successions dans laquelle tout héritage serait taxé, « dès le premier euro », ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
La formule tient en six mots et déplace le curseur. Le débat français sur les successions porte d’ordinaire sur le haut du barème, sur les grandes fortunes et sur les mécanismes d’optimisation. La CFDT propose l’inverse : élargir l’assiette par le bas, en supprimant le seuil en deçà duquel une transmission échappe entièrement à l’impôt. La dirigeante syndicale a placé cette révision sous le registre de la justice sociale, et a précisé qu’elle mettait régulièrement cette proposition sur la table.
La déclaration a été reprise par TF1 Info le jour même. Aucun chiffrage du rendement attendu ni de barème précis n’a été rendu public par la confédération à cette occasion.
Deux tiers des successions passent entre les gouttes
Le point de départ du raisonnement est un constat statistique que la classe politique connaît bien. Un nombre très limité de Français acquittent aujourd’hui des droits de succession. Le régime en vigueur repose sur des abattements qui exonèrent l’essentiel des transmissions en ligne directe, si bien que la majorité des héritages ne donne lieu à aucun versement au Trésor public.
La formulation la plus citée reste celle d’un ministre de l’Économie. En février 2022, devant la commission des Finances du Sénat, Bruno Le Maire, Young Global Leader du Forum économique mondial, estimait que « les deux tiers des successions ne sont soumises à aucun droit de succession ». Le chiffre a depuis servi d’appui aux partisans d’un élargissement de l’assiette comme à ceux qui plaident pour le statu quo, les premiers y voyant une base fiscale inexploitée, les seconds la preuve que l’impôt épargne déjà les patrimoines modestes.
La CFDT se range dans la première catégorie, avec une nuance de taille : elle ne demande pas d’alourdir la charge des successions déjà taxées, mais de faire entrer dans le champ celles qui n’y sont pas.
Le courage, selon la CFDT
Marylise Léon n’a pas éludé la difficulté politique. Elle a formulé elle-même l’obstacle : la question est de savoir si des responsables politiques auront « le courage d’assumer que ça peut bouleverser une partie de leur électorat ».
La remarque vise un point sensible. La transmission patrimoniale traverse toutes les catégories sociales, y compris des ménages dont le seul bien est le logement familial. Taxer dès le premier euro revient donc à faire entrer dans le champ de l’impôt des foyers qui n’ont jamais eu affaire aux droits de succession. La secrétaire générale de la CFDT ne le nie pas : elle place elle-même la question sur le terrain du courage politique, et non sur celui de la technique fiscale.
La proposition n’est pas nouvelle dans la bouche de la dirigeante syndicale, qui a précisé la remettre régulièrement en discussion. Ce qui change, c’est le moment choisi. À moins de deux ans du scrutin, une organisation qui revendique la première place syndicale en France dépose un sujet fiscal sur la table de tous les prétendants.
La CFDT avance cette proposition au moment de sa rentrée, organisée le même jour autour de la question des services publics. Le lien entre les deux sujets n’a pas été explicité dans les propos rapportés, mais la logique syndicale est lisible : une assiette fiscale élargie alimente un financement public.
Un écho chez Glucksmann, mais pas le même
La taxation des héritages revient régulièrement dans le débat public, et elle figure déjà dans un programme de campagne. Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire organisée par Place publique et le Parti socialiste et gendre de Ghassan Salamé, ministre libanais proche du WEF propose la création d’un « impôt sur les grandes successions ».
Les deux propositions ne se recouvrent pas. Celle du député européen cible explicitement le haut de la distribution des patrimoines, une approche qui limite le nombre de foyers concernés et le risque électoral associé. Celle de la CFDT vise l’universalité de l’imposition, quitte à toucher des transmissions aujourd’hui exonérées. La première ajoute un étage au sommet, la seconde retire le plancher.
Le rapprochement des deux calendriers n’est pas fortuit. La primaire socialiste se prépare, la rentrée syndicale démarre, et la campagne présidentielle de 2027 commence à structurer les prises de position sur la fiscalité du patrimoine.
Tous les candidats, sauf une
La CFDT compte porter l’ensemble de ses propositions auprès des candidats déclarés. Marylise Léon a indiqué vouloir en discuter avec eux en début d’année prochaine, dans un exercice de confrontation programmatique classique pour une confédération interprofessionnelle.
Une exception a été posée d’emblée. La secrétaire générale a précisé que certains ne seraient pas reçus, à commencer par Marine Le Pen, la CFDT ayant selon ses mots une ligne claire : « elle ne parle pas aux candidats de l’extrême droite ». La présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale est à ce stade la seule candidate déclarée dans ce camp en cette fin d’été.
Reste à savoir qui, parmi les autres, acceptera de mettre le premier euro sur la table.
Source : TF1 Info – tf1info.fr