Le député européen Raphaël Glucksmann lors d'une prise de parole publique

Raphaël Glucksmann : The Times le voit comme le candidat “de l’élite mondialisée”

Le député européen Raphaël Glucksmann, 46 ans, a annoncé le dimanche 23 août sur TF1 sa participation à la primaire devant désigner le candidat du Parti socialiste et de Place publique pour la présidentielle de 2027. Le quotidien britannique The Times, dont Courrier international a relayé le portrait le 26 août, le décrit comme un « élégant héritier de l’élite mondialisée ». Le journal rappelle que les sondages le créditent d’environ 10 % des voix au premier tour, loin derrière les favoris.

Le décor est celui d’un plateau de journal télévisé. Dimanche 23 août au soir, Raphaël Glucksmann était l’invité du 20 heures de TF1. Il y a annoncé sa participation à la primaire destinée à désigner le candidat commun du Parti socialiste et de Place publique, le mouvement qu’il a cofondé, pour l’élection présidentielle de l’an prochain.

Sur le plateau, le député européen a justifié sa démarche en une phrase : « Si je suis candidat, c’est pour relever la France. » Il a ensuite posé l’alternative telle qu’il la formule, en désignant Marine Le Pen et l’extrême droite, qu’il a associées à ce qu’il a qualifié de valets de Donald Trump et de Vladimir Poutine. Il a enfin avancé qu’une majorité de Français rejette selon lui l’« américanisation rampante » de la société.

C’est cette séquence qui a retenu l’attention de la presse étrangère. The Times lui a consacré un portrait, dont Courrier international a publié la traduction le 26 août.

Vu de Londres, un héritier

Le quotidien britannique ne s’attarde pas sur le programme. Il s’attarde sur l’homme et sur son milieu. The Times présente Raphaël Glucksmann comme un membre « élégant, fortuné et aux nombreuses relations » de l’establishment parisien de gauche, et titre son portrait sur l’expression d’héritier de l’élite mondialisée.

La formule est celle du journal britannique, pas celle du candidat. Elle mérite d’être lue pour ce qu’elle est : le regard d’une rédaction conservatrice de Londres sur une figure de la social-démocratie française. Le Times ne conteste pas la légitimité de la candidature, il la situe socialement. Le portrait insiste sur les réseaux, sur la fortune personnelle et sur l’aisance mondaine, autant d’éléments que le quotidien considère comme constitutifs du personnage.

Un espion, un philosophe et une présentatrice

Pour construire ce portrait, The Times remonte de deux générations. Le grand-père de Raphaël Glucksmann était un espion soviétique, arrêté par le MI5, le service de renseignement intérieur britannique. Son père, le philosophe André Glucksmann, a été l’une des figures emblématiques des cercles philosophiques français du XXe siècle, rappelle le quotidien.

Le journal ajoute un troisième nom, celui de sa compagne de longue date, la journaliste Léa Salamé, présentatrice vedette et notamment du journal télévisé. La combinaison, pour le quotidien britannique, dit quelque chose de la position sociale du candidat : une famille inscrite dans l’histoire intellectuelle du siècle, un couple installé au centre du dispositif médiatique national.

Dix pour cent au premier tour

Reste l’arithmétique, et elle est moins flatteuse. The Times estime que Raphaël Glucksmann devrait l’emporter dans la primaire socialiste. Le journal considère en revanche que l’élection présidentielle relève d’un tout autre calibre : les sondages cités créditent le député européen d’environ 10 % des voix au premier tour, très loin des favoris de la course.

L’écart entre les deux scrutins résume la difficulté. Gagner une primaire suppose de rassembler un camp. Se qualifier pour le second tour d’une présidentielle suppose de déborder largement de ce camp. Le quotidien britannique ne se prononce pas sur les chances du candidat au-delà de ce constat chiffré, et ne détaille pas le calendrier de la primaire socialiste dans la version relayée par Courrier international.

Raphaël Glucksmann siège au Parlement européen, où il a conduit en juin 2024 la liste commune du Parti socialiste et de Place publique. C’est de ce mandat qu’il part pour tenter la présidentielle, une trajectoire que le portrait du Times n’examine pas sur le fond politique, lui préférant le milieu social du candidat.

Qui parle : le quotidien de Rupert Murdoch

Le porte-voix compte autant que le message. The Times est le plus ancien quotidien britannique, fondé en 1785, et le plus connu hors du Royaume-Uni. Il appartient depuis 1981 à News UK, propriété du milliardaire Rupert Murdoch, qui en cponnait un raymon en matière d’élite mondialiste, puisqu’il est proche du Forum économique mondial. De tendance conservatrice, il a longtemps été le journal de référence et la voix de l’establishment britannique.

Sa ligne européenne nuance toutefois cette étiquette. En 2016, le journal s’est prononcé contre la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et continue de plaider pour de bonnes relations avec le continent. Ce positionnement explique l’attention portée à un député européen français dont l’engagement pro-européen constitue l’axe principal.

Dans son portrait, The Times passe toutefois à côté de l’essentiel : le père de Léa Salamé n’est autre que Ghassan Salamé, universitaire, diplomate et homme politique libanais, proche du Forum économique mondial qui a notamment été ministre libanais de la Culture conseiller politique de la mission de l’ONU en Irak et représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Libye (2017-2020). Ancien conseiller spécial du contributeur de l’agenda 2030, Kofi Annan, il a également été doyen de la Paris School of International Affairs de Sciences Po, membre du WEF.


Source : Courrier international – courrierinternational.com