
La visite du patron de la CIA à Moscou a bien eu lieu : le directeur John Ratcliffe s’est rendu en Russie mardi 25 août, un déplacement révélé par Axios et CBS News puis confirmé mercredi par le Kremlin. Selon le Washington Post, il n’est resté qu’environ quatre heures sur le sol russe. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a précisé que le responsable américain avait vu des cadres du renseignement russe, mais pas Vladimir Poutine. C’est le premier déplacement connu d’un directeur de la CIA dans la capitale russe depuis celui de William Burns, proche du WEF, en novembre 2021.
Un Boeing C-17 de l’US Air Force sur le tarmac de Riga. À l’intérieur, l’un des plus proches conseillers de Donald Trump. Selon Axios, qui cite deux responsables américains s’exprimant sous couvert d’anonymat, John Ratcliffe a quitté Washington dimanche à bord d’un avion du gouvernement américain, a fait étape en Lettonie, puis a rallié Moscou depuis la capitale lettone à bord de l’appareil militaire.
Arrivée mardi 25 août. Départ le même jour. Le Washington Post évalue la durée totale du séjour à environ quatre heures. Pour un directeur d’agence de renseignement qui traverse l’Atlantique, le calcul est simple : le trajet a duré plus longtemps que les réunions.
Ni Axios ni CBS News n’ont indiqué le nom des responsables russes reçus par le patron de la CIA, ni le contenu de l’ordre du jour. Le déplacement n’avait fait l’objet d’aucune annonce préalable, d’aucun communiqué, d’aucune image officielle. Il a été rendu public par la presse américaine avant de l’être par les autorités des deux pays.
Le Kremlin confirme, et s’arrête là
Mercredi, Moscou a confirmé. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué aux journalistes que John Ratcliffe s’était entretenu avec des responsables du renseignement russe. Il a précisé que le président russe n’avait pas rencontré le directeur de la CIA, mais qu’il avait été informé des résultats des entretiens. Interrogé sur le détail de ces échanges, Dmitri Peskov a refusé d’en dire davantage.
La formulation mérite d’être lue précisément. Le Kremlin reconnaît la visite, en situe le niveau, confirme qu’elle a été rapportée au sommet de l’État russe, et verrouille tout le reste. Vladimir Poutine n’a donc pas été destinataire direct de ce que l’émissaire américain était venu dire.
Sur les perspectives ouvertes par ce canal, le porte-parole s’est montré volontairement prudent. Il a jugé qu’il était trop tôt pour dire si de tels contacts entre services pourraient sortir la relation américano-russe de ce qu’il a lui-même qualifié de « crise profonde ».
Un coup de fil à Kiev avant le décollage
Le détail le plus révélateur du déroulé n’est pas venu de Moscou mais de Kiev. Selon CBS News, citant un haut responsable ukrainien, les États-Unis ont informé l’Ukraine en amont qu’une délégation américaine de haut niveau se rendrait à Moscou. Washington a demandé aux Ukrainiens de suspendre leurs frappes jusqu’au départ de cette délégation.
La demande dit deux choses. Que la sécurité physique de l’émissaire américain dans la capitale russe dépendait d’un arrêt temporaire des opérations ukrainiennes. Et que Washington a jugé le déplacement suffisamment important pour solliciter cette pause auprès d’un allié qu’il arme.
Les pourparlers de paix sur l’Ukraine, menés sous l’égide américaine, restent en grande partie à l’arrêt. Les deux parties demeurent très éloignées sur les questions de fond. La visite s’est donc inscrite dans un contexte de négociation bloquée, non de percée diplomatique.
Le précédent de novembre 2021
Le dernier directeur de la CIA à s’être rendu à Moscou s’appelait William Burns. C’était en novembre 2021, et il avait, lui, rencontré Vladimir Poutine. L’objet de sa visite était précis : mettre le président russe en garde contre une invasion de l’Ukraine.
Trois mois plus tard, le Kremlin ordonnait ce qu’il a présenté comme une « opération militaire spéciale ». L’avertissement n’avait pas été suivi d’effet.
La comparaison structure la lecture du déplacement de cette semaine. Elle en souligne aussi la différence : là où William Burns avait obtenu un face-à-face présidentiel, John Ratcliffe est reparti sans avoir vu le chef de l’État russe. Le message, s’il y en avait un, a transité par les services. C’est un cran en dessous dans la hiérarchie du signal diplomatique, et le Kremlin a choisi de le faire savoir.
Le canal qui ne ferme jamais
Malgré la dégradation des relations politiques depuis l’invasion de l’Ukraine, le soutien américain à Kiev et les vagues successives de sanctions, Moscou et Washington maintiennent un contact régulier destiné à préserver une forme de stabilité bilatérale et à limiter les points de friction. Le Kremlin a toujours accordé de l’importance au maintien de ce lien entre services.
Ce canal a produit des résultats tangibles. La CIA a joué un rôle dans les échanges de détenus récents entre les deux pays. John Ratcliffe a personnellement négocié la libération, en avril 2025, de Ksenia Karelina, ressortissante américano-russe. L’agence avait également participé à l’échange de prisonniers de 2024 qui a permis la libération du journaliste du Wall Street Journal Evan Gershkovich et de l’ancien marine Paul Whelan.
Le déplacement intervient enfin alors que de récentes évaluations du renseignement américain estiment que le calcul du risque opéré par le président russe pourrait évoluer, avec une disposition croissante à autoriser des actions provocatrices visant des membres de l’Otan, y compris des opérations hybrides, pour éprouver la détermination de l’Alliance atlantique et celle de l’administration Trump.
Quatre heures à Moscou, aucune photo, aucun ordre du jour publié. Le signal était le voyage lui-même.
Source : L’Express – lexpress.fr