Le drone de combat Saab A3-001 a été dévoilé sous forme de maquette grandeur nature à Malmen, en Suède, lors du centenaire de l’armée de l’air suédoise. Furtif, supersonique et conçu pour accompagner le chasseur Gripen E, l’appareil s’appuiera sur un réacteur General Electric F414 d’environ 10 tonnes de poussée. Deux démonstrateurs doivent voler avant 2030, pour une entrée en service visée au milieu de la décennie suivante. Saab a travaillé près de dix ans sur le nEUROn français, piloté par la Direction générale de l’armement et Dassault Aviation, groupe français membre du Forum économique mondial.
Cent ans d’armée de l’air, et une silhouette sous bâche. Le week-end dernier, sur la base de Malmen, la Suède a profité du centenaire de sa Flygvapnet pour présenter la maquette à l’échelle 1 de son futur drone de combat. Nom de code : A3-001. L’appareil appartient au programme Autonomous Collaborative Platform (ACP) du constructeur Saab, consacré aux plateformes autonomes travaillant en équipe avec un avion piloté.
Ce que la maquette montre relève encore de l’intention : une forme, des proportions, une signature radar promise comme faible. Ce que Saab annonce, en revanche, est nettement plus précis que la moyenne des effets d’annonce du secteur.
Dix tonnes de poussée, et personne à bord
Le premier des deux prototypes volants, baptisé A1, doit embarquer un réacteur General Electric F414, celui-là même qui équipe le Gripen E. Environ 10 tonnes de poussée, des performances supersoniques : ce dimensionnement place l’A3-001 dans une catégorie que la plupart des programmes de drones de combat ont désertée.
Le marché s’est en effet massivement orienté vers l’appareil bon marché, produit en série et consommable, conçu pour être perdu. Saab prend le contre-pied. L’industriel suédois décrit un avion de chasse sans pilote, pensé pour durer, survivre et revenir. Cela suppose de la furtivité, des matériaux adaptés et une soute à munitions interne, trois points que les démonstrateurs A1 et A2, plus modestes, doivent précisément valider avant l’échéance de 2030.
Pour l’appareil opérationnel, Saab avance une cible « au milieu des années 2030 ». L’industriel assortit ce calendrier d’une condition explicite : que Stockholm valide officiellement le programme. À ce jour, la commande politique n’est pas actée.
La distinction mérite d’être tenue. Une maquette grandeur nature est un objet de communication industrielle : elle fixe une silhouette et sert à convaincre un État-client. Un démonstrateur volant, lui, se confronte à la mécanique du vol, à la tenue des matériaux et au coût réel de production. Entre les deux, l’histoire aéronautique européenne compte plusieurs programmes qui ne sont jamais passés du premier au second. C’est cette marche que les prototypes A1 et A2 doivent franchir avant 2030.
Le Gripen en chef d’orchestre
Le concept d’emploi décrit par Saab répartit le risque. Le pilote du Gripen E reste aux commandes de son propre appareil, mais dirige à distance un ou plusieurs A3 envoyés en éclaireurs dans les zones les plus exposées. Détruire les défenses antiaériennes adverses avant l’arrivée du chasseur habité, brouiller les radars ennemis, frapper des cibles situées loin derrière les lignes : les missions énumérées par le constructeur sont celles où le taux d’attrition est le plus élevé.
En arrière-plan, Saab imagine l’appui d’un avion-radar GlobalEye, chargé de repérer les menaces à distance et de coordonner l’ensemble du dispositif. La logique tient en une phrase : le drone encaisse, le pilote rentre.
Ce partage des rôles a un corollaire industriel. Un appareil sans pilote n’a pas besoin de cockpit, de siège éjectable, ni des marges de sécurité imposées par la présence humaine à bord. Il peut en revanche être envoyé là où l’on n’enverrait pas un équipage. C’est ce raisonnement qui structure aujourd’hui la plupart des programmes de drones dits collaboratifs, en Europe comme aux États-Unis, avec un point de désaccord persistant sur le prix unitaire acceptable.
Ce choix industriel s’inscrit dans une position stratégique assumée. La Suède n’a rejoint ni le SCAF, mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne, ni le GCAP porté par Londres, Rome et Tokyo. Depuis son adhésion à l’OTAN en 2024, Stockholm a fait de la souveraineté technologique une priorité nationale affichée.
Un accent français dans le fuselage
L’A3-001 n’est pourtant pas né de rien. Saab a participé pendant près d’une décennie au programme nEUROn, le démonstrateur de drone de combat furtif piloté par Dassault Aviation et la Direction générale de l’armement (DGA), avec l’Espagne, l’Italie, la Suisse et la Grèce.
Le constructeur suédois y était responsable du fuselage principal et de l’avionique. Deux composants qui ne sont pas des détails : la structure porteuse et le système nerveux de l’appareil. Le chef de projet était le Français Thierry Prunier, épaulé côté suédois par Mats Ohlson.
Autrement dit, l’un des programmes qui doit servir la souveraineté technologique suédoise s’est en partie construit dans une coopération européenne conduite depuis la France.
Paris cherche la monnaie
Pendant que Stockholm avance, la France cale. Le drone furtif censé accompagner le Rafale F5, annoncé fin 2024, se heurte à un obstacle simple : le financement. Le PDG de Dassault Aviation l’a reconnu lui-même devant le Sénat cet été. L’argent manque à ce stade.
D’où le retour d’une hypothèse ancienne, relancée depuis l’abandon du SCAF franco-allemand : un rapprochement entre Dassault Aviation et Saab, déjà partenaires sur le nEUROn. L’ambassadeur de France en Suède, Thierry Carlier, a récemment évoqué un « ADN commun » entre les deux avionneurs. Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, décrit de son côté un dialogue stratégique installé entre Paris et Stockholm.
Rien de tout cela ne constitue un programme. Ni lettre d’intention, ni budget, ni calendrier partagé n’ont été rendus publics. Deux industriels qui se connaissent bien, deux États qui se parlent, et un drone suédois dont la maquette existe déjà. À Malmen, la Suède a montré un appareil. À Paris, on montre encore des intentions.
Source : Clubic – clubic.com