Pendant près d’un an, une internaute baptisée « Fromantine » a raconté sur Twitch son quotidien supposé de jeune Française musulmane d’origine algérienne, confrontée au racisme et à l’islamophobie. Mais derrière ce personnage se trouvait en réalité Emmodem, une streameuse évoluant dans la sphère militante de gauche. Une supercherie reconnue par l’intéressée qui provoque, depuis sa révélation, une violente controverse politique et médiatique.
Une mère portant le voile, un père algérien sous obligation de quitter le territoire français, le sentiment d’être rejetée en raison de sa religion et l’envie de quitter une France jugée profondément islamophobe. Pendant des mois, « Fromantine » a construit sur Twitch le récit d’une jeune femme musulmane confrontée quotidiennement aux discriminations.
Le personnage semblait avoir une histoire, une famille, des blessures et des convictions politiques. Sauf qu’il n’existait pas.
Derrière « Fromantine » se trouvait Emmodem, une streameuse française connue dans une partie de la sphère politique en ligne et ayant notamment participé, au printemps 2026, à une rencontre avec Jean-Luc Mélenchon au cours de laquelle elle avait interrogé le fondateur de La France insoumise. Une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube confirme sa participation et sa question adressée au dirigeant insoumis.
L’affaire, révélée le 17 août 2026, a rapidement dépassé le petit monde de Twitch. Elle est désormais utilisée dans le débat politique sur l’islamophobie, le militantisme numérique et les récits identitaires circulant sur les réseaux sociaux.
Plus de 5 000 messages sous une identité fictive
« Fromantine » aurait publié environ 5 000 messages sur Twitch pendant près d’un an. Derrière ce pseudonyme, Emmodem ne se contentait donc pas d’une intervention ponctuelle ou d’une simple plaisanterie sous faux compte : elle avait construit un personnage doté d’une identité sociale et familiale précise.
Fromantine se présentait comme une jeune femme musulmane d’origine algérienne. Elle expliquait que sa mère était voilée et que son père faisait l’objet d’une OQTF. Dans ses messages, elle racontait notamment que sa mère aurait été insultée à cause de son voile et exprimait régulièrement son ressentiment envers « les Blancs » ou les « bourgeois ».
Elle affirmait également avoir elle-même envisagé de porter le voile en suivant l’exemple maternel et disait vouloir quitter la France, estimant que les musulmans n’y seraient jamais pleinement acceptés en raison du niveau d’islamophobie qu’elle attribuait au pays.
Ces déclarations prenaient une dimension particulière parce qu’elles semblaient provenir d’une personne directement concernée. L’expérience racontée à la première personne donnait au discours une force que n’aurait pas eue une simple prise de position militante extérieure.
C’est précisément ce qui rend aujourd’hui la supercherie particulièrement sensible : les discriminations racontées par Fromantine ne correspondaient pas à l’expérience personnelle de celle qui écrivait derrière le pseudonyme.
La supercherie éclate le 17 août
L’identité de Fromantine a été publiquement mise en cause le 17 août par le compte TwitchGauchiste, qui se présente sur X comme un média et « lanceur d’alerte » spécialisé dans l’analyse des discours de l’extrême gauche sur Twitch.
L’affaire s’est alors propagée rapidement dans les communautés politiques en ligne. Des archives de discussions et de streams attestent qu’elle faisait déjà l’objet, dès le 17 août, de longues émissions consacrées à « Emmodem x Fromantine ».
Sur les forums, plusieurs internautes ont également relayé des captures et affirmé que Fromantine avait publié plus de 5 000 messages en se présentant comme une femme musulmane dont le père algérien était sous OQTF et la mère voilée. Ces forums ne constituent pas, à eux seuls, une source permettant de vérifier chaque détail de l’affaire, mais ils permettent de mesurer l’ampleur prise par la controverse dès sa révélation. Emmodem a ensuite reconnu les faits.
Dans ses excuses, la streameuse a admis le caractère problématique de son comportement et annoncé son intention de prendre ses distances avec Internet. Des traces de son message d’excuses, reprises le 18 août, montrent qu’elle disait vouloir s’éloigner durablement des réseaux, réfléchir à ses actes et ne pas chercher à défendre ce qu’elle avait fait.
L’affaire n’est donc pas seulement fondée sur l’accusation de ses détracteurs : l’existence du faux personnage a été reconnue par Emmodem elle-même.
Une proximité avec la sphère insoumise à préciser
La dimension politique de l’affaire vient notamment du positionnement public d’Emmodem. La streameuse évoluait dans un univers militant de gauche et avait eu l’occasion d’interroger directement Jean-Luc Mélenchon. Dans une vidéo publiée le 1er avril 2026, elle revient elle-même sur une rencontre consacrée aux nouveaux médias et explique la question qu’elle a posée au dirigeant de LFI, notamment sur l’implantation du mouvement dans les territoires ruraux.
Cette proximité avec l’écosystème militant insoumis ne signifie cependant pas qu’Emmodem représentait officiellement La France insoumise, ni que le mouvement aurait participé à la création de Fromantine. En revenche, cela beaucoup sur la radicalisation d’une frange de l’extrême gauche qui au nom de la lutte contre le racisme et le fascisme attise les haines qu’elle est censée combattre.
Sources :
- Le Figaro – Récit détaillé sur l’affaire du « compte secret » où elle se serait fait passer pour une femme arabe et musulmane, avec plus de 5 000 messages publiés sous cette fausse identité.lefigaro+1
- StreetPress – Citation d’Emmodem expliquant qu’elle serait la cible, depuis 2024, d’insultes et de harcèlement attribués à un autre compte (« TwitchGauchiste »).x
- Jean-Marc Morandini – Page d’actualités regroupant plusieurs articles sur la polémique en cours.jeanmarcmorandini
- Mediapart (Le Club) – Blog officiel d’Emmodem sur la plateforme, avec sa biographie et ses billets.