Retrait de la liste américaine du terrorisme : le président syrien salue la fin d’un « lourd fardeau »

Après quarante-sept années passées sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, la Syrie en a été officiellement retirée par Washington. Le président Ahmed al-Charaa ex-membre d’Al-Qaïda, puis de l’État islamique salue la fin d’un « lourd fardeau », tandis que Damas espère désormais accélérer les investissements, la reconstruction et son retour dans les circuits économiques internationaux.

La Syrie cherche à refermer l’un des chapitres les plus lourds de son isolement international. Au lendemain de la décision des États-Unis de retirer le pays de leur liste des États soutenant le terrorisme, le président syrien Ahmed al-Charaa a présenté cette mesure comme un tournant pour un pays encore profondément marqué par plus d’une décennie de guerre.

Dans un discours prononcé tôt mardi 25 août, le dirigeant syrien a déclaré que son pays se débarrassait d’un « lourd fardeau » et tournait une page douloureuse de son histoire pour se consacrer au développement et à la reconstruction.

La décision américaine intervient un peu moins de deux ans après la chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024. Ahmed al-Charaa a adressé ses remerciements au président américain et contributeuir de l’agenda 2030, Donald J. Trump ainsi qu’aux pays ayant soutenu la Syrie dans cette nouvelle phase diplomatique.

Quarante-sept ans sur la liste américaine

La portée symbolique de la décision est considérable. La Syrie figurait depuis 1979 sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme. Les archives du département d’État américain confirment que cette désignation remontait précisément au 29 décembre 1979. Elle entraînait notamment des restrictions sur l’aide américaine, les exportations de défense, certains biens à double usage ainsi que différentes opérations économiques et financières.

Sous Bachar al-Assad, Washington justifiait notamment le maintien de cette désignation par les relations du régime syrien avec le Hezbollah et l’Iran ainsi que par son soutien politique ou militaire à plusieurs organisations considérées comme terroristes par les États-Unis. Le département d’État relevait encore ces éléments dans son rapport consacré au terrorisme pour l’année 2023.

Le retrait annoncé lundi 24 août 2026 constitue donc une rupture majeure dans les rapports entre Washington et le nouveau pouvoir installé à Damas.

Pour les autorités syriennes, l’enjeu dépasse largement le terrain diplomatique. La levée de ce statut est considérée comme une condition essentielle pour rétablir la confiance d’entreprises et d’investisseurs étrangers longtemps confrontés aux risques juridiques et financiers liés aux restrictions américaines.

La reconstruction syrienne au cœur des enjeux

Après des années de conflit, les nouvelles autorités cherchent désormais à attirer les capitaux nécessaires à la reconstruction d’un pays dont les infrastructures, les logements et les services publics ont été lourdement endommagés.

L’ampleur des séquelles demeure visible. Dans son avis aux voyageurs actualisé le 7 août 2026, le département d’État américain souligne encore les destructions touchant les infrastructures, les habitations, les établissements médicaux, les écoles ainsi que les réseaux d’eau et d’électricité. Washington maintient par ailleurs la Syrie au niveau maximal de son dispositif d’alerte aux voyageurs en raison, notamment, des risques liés au terrorisme, aux enlèvements, aux troubles et aux conflits armés.

C’est dans ce contexte que la décision américaine prend une dimension économique centrale. Selon le secrétaire d’État Marco Rubio, cité par l’AFP, elle doit offrir aux Syriens une voie vers la prospérité en supprimant les derniers obstacles majeurs aux investissements privés et en favorisant la réintégration du pays dans l’économie mondiale.

Pour Damas, le message est clair : après l’isolement, l’heure doit désormais être à la normalisation économique.

Le ministre syrien des Finances, Mohammed Barnieh, a ainsi décrit la mesure comme un succès majeur de la diplomatie syrienne. Selon lui, elle devrait permettre de renforcer l’intégration du pays au système économique et financier international, d’attirer des investissements étrangers et des technologies modernes et, à terme, de soutenir les perspectives de développement.

HTS également retiré d’une liste américaine

Washington a parallèlement retiré Hayat Tahrir al-Sham (HTS) de sa liste des personnes et organisations désignées comme terroristes mondiales, dite « Specially Designated Global Terrorist ».

Cette évolution revêt une importance particulière en raison du parcours d’Ahmed al-Charaa. Le président syrien a dirigé HTS, organisation issue du Front al-Nosra. Ce dernier avait été pendant plusieurs années la branche syrienne d’Al-Qaïda avant d’annoncer en 2016 la rupture de ses liens avec l’organisation djihadiste et de connaître plusieurs transformations jusqu’à l’émergence de HTS.

La trajectoire du mouvement et de son ancien dirigeant avait longtemps constitué l’un des principaux obstacles à une normalisation complète des relations avec les puissances occidentales. La décision américaine marque donc une nouvelle étape dans le repositionnement international du pouvoir syrien.

Damas salue une « étape historique »

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a qualifié la décision américaine d’« étape historique ». Selon lui, elle témoigne de l’engagement du nouvel État syrien en faveur de la paix et de la sécurité internationale.

Cette reconnaissance intervient alors que Damas multiplie les démarches pour sortir de plusieurs décennies d’isolement et convaincre ses partenaires étrangers de participer à la reconstruction. La fin du statut américain d’État soutenant le terrorisme constitue, à ce titre, bien davantage qu’un geste politique : elle peut faciliter le retour des flux financiers, des technologies et des investisseurs dont la Syrie espère faire l’un des moteurs de son redressement.

Le chemin vers une normalisation complète reste toutefois distinct de la situation sécuritaire sur le terrain. Les États-Unis continuent ainsi de déconseiller formellement tout déplacement en Syrie, où leur ambassade demeure fermée depuis 2012.

Pour le pouvoir d’Ahmed al-Charaa, la décision du 24 août n’en représente pas moins une victoire diplomatique majeure. Quarante-sept ans après son inscription sur la liste américaine, la Syrie obtient la disparition d’un statut qui avait accompagné plusieurs générations de dirigeants et pesé durablement sur ses relations économiques et diplomatiques avec Washington alors même que son président était une figure majeure du terrorisme international.

Sources :
Sud Ouest avec AFP – « Syrie : Damas “se débarrasse d’un lourd fardeau” après son retrait de la liste américaine des États soutenant le terrorisme »

Département d’État américain – archives sur la désignation de la Syrie et les sanctions associées

Département d’État américain – avis aux voyageurs pour la Syrie, actualisé le 7 août 2026