L’équipage de la goélette scientifique Tara a été victime d’un vol à main armée dans la nuit du jeudi 20 août, au large de Wewak, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une dizaine d’individus armés ont abordé le navire depuis un bateau à moteur, menacé les marins et emporté plusieurs biens, dont du matériel informatique. Un membre d’équipage a été légèrement blessé. La Fondation Tara Océan a rendu l’attaque publique lundi 24 août.
L’assaut est survenu à la veille du départ de la région, après près de trois mois de recherches scientifiques menées grâce à la coopération locale, précise la Fondation dans son communiqué. Les assaillants se sont approchés à bord d’une embarcation motorisée avant de s’introduire de force sur le pont, exigeant argent et objets de valeur. Ils étaient toujours recherchés lundi.
Cap maintenu sur les Palaos
Malgré le choc, la navigation se poursuit comme prévu. La Fondation indique que l’équipage, sidéré mais sain et sauf, fait route vers l’archipel des Palaos, avec une arrivée attendue le 27 août. Elle souligne qu’une expédition scientifique reste imprévisible, quelle que soit l’anticipation, et se dit mobilisée à terre comme en mer pour la poursuite de la mission.
Tara Coral, une mission sur les récifs
L’expédition en cours, baptisée Tara Coral, porte sur l’étude des récifs coralliens du Pacifique. La goélette, longue de trente-six mètres, sert depuis vingt ans de plateforme scientifique dérivante et a mené des campagnes en Arctique, en Méditerranée et dans le Pacifique. Les données collectées alimentent des travaux internationaux sur la biodiversité marine et l’acidification des océans.
Une zone maritime sous surveillance
Les eaux du Pacifique occidental, notamment autour de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et du détroit de Malacca, figurent parmi les zones où les organismes internationaux recensent régulièrement des vols à main armée contre les navires. Ces attaques visent le plus souvent l’argent et le matériel, sans prise d’otage. Elles compliquent les missions scientifiques, qui naviguent lentement, s’arrêtent longuement et transportent des équipements coûteux.
Une goélette à trois vies
Le voilier n’a pas toujours porté le nom de Tara. Construit en 1989 en aluminium pour l’explorateur Jean-Louis Etienne, il navigue d’abord sous le nom d’Antarctica, conçu pour résister à la prise dans les glaces polaires. Racheté par le navigateur néo-zélandais Peter Blake, il devient Seamaster et sert de plateforme à des missions environnementales, jusqu’à l’assassinat de son propriétaire en Amazonie en 2001. Le bateau est acquis en 2003 par la styliste agnès b. et Étienne Bourgois, qui lui donnent son nom actuel et fondent l’organisation à l’origine de la Fondation Tara Océan. Depuis, la goélette a mené des campagnes en Arctique, en Méditerranée, dans l’Atlantique et le Pacifique, consacrées notamment au plancton, aux microplastiques et aux récifs coralliens.
Naviguer lentement, un facteur d’exposition
Les navires scientifiques constituent des cibles particulières pour ce type de vols à main armée. Ils progressent lentement, s’arrêtent longuement sur des stations d’échantillonnage, mouillent près des côtes et embarquent du matériel électronique coûteux et facilement revendable. Leur équipage est réduit et non armé. Les organisations internationales chargées du suivi de la sûreté maritime recensent chaque année plusieurs dizaines d’incidents dans les eaux du Pacifique occidental et du Sud-Est asiatique, la plupart consistant en des vols opportunistes sans prise d’otage. Pour la Fondation Tara Océan, l’enjeu immédiat porte sur la reconstitution du matériel informatique dérobé et sur la préservation des données collectées pendant trois mois de campagne dans la région.
Trois mois de données sur les coraux, une nuit pour perdre les ordinateurs. La science de terrain se pratique aussi dans ces conditions-là.