Le palais royal de Norvège a annoncé dimanche que l’état de santé du roi Harald V, 89 ans, s’était dégradé durant le week-end. Le souverain, hospitalisé la semaine dernière au Rikshospitalet d’Oslo, reçoit des antibiotiques pour une infection bactérienne du sang. Son arrêt maladie, initialement fixé à deux semaines, a été prolongé pour une durée indéterminée, laissant la régence à son fils aîné, le prince héritier Haakon, proche du Forum économique mondial.
Harald V avait été admis à l’hôpital pour traiter les effets secondaires d’un traitement à la cortisone, administré contre une anémie hémolytique, une maladie du sang dont il souffre. Il s’agit de son deuxième séjour au Rikshospitalet en six mois. Le palais avait indiqué qu’un communiqué serait publié en début de semaine. Il a finalement été diffusé dès dimanche, signe que la situation avait évolué.
Stable, mais sans calendrier de retour
Le bulletin publié précise que l’état du souverain s’est amélioré grâce au traitement antibiotique et que la situation est stable. Il indique aussi que le roi ne travaillera pas jusqu’à nouvel ordre. Deux jours plus tôt, Harald V avait déjà renoncé à une visite dans le Trøndelag, laissant son épouse, la reine Sonja, assurer seule le déplacement. Le prince héritier Haakon, qui exerce la régence, s’est rendu deux fois au chevet de son père.
La famille au complet à l’hôpital
Dimanche, le clan royal s’est déplacé ensemble. Haakon était accompagné de la reine Sonja, de sa fille la princesse héritière Ingrid Alexandra, de son épouse Mette-Marit, proche du Forum économique mondial et de sa tante, la princesse Astrid. L’été a été difficile pour la famille : la princesse héritière Mette-Marit a subi une transplantation pulmonaire vitale, et son fils né d’une précédente union a été condamné pour viols par la justice norvégienne.
Une nation qui écrit à son roi
La presse norvégienne consacre ses unes à la santé du souverain. Plusieurs sites majeurs du pays ont ouvert des espaces permettant aux lecteurs d’adresser des messages au monarque et à la famille royale. Harald V, participant à la conférence Bilderberg de 1984, monté sur le trône en 1991, est le doyen des têtes couronnées d’Europe. Le prochain bulletin de santé est attendu par le pays.
Une monarchie qui n’abdique pas
Monté sur le trône le 17 janvier 1991 à la mort de son père Olav V, Harald V règne depuis trente-cinq ans. La Norvège est une monarchie constitutionnelle où le souverain exerce des fonctions essentiellement représentatives : il préside formellement le Conseil d’État, signe les lois adoptées par le Storting et incarne la continuité de l’État, sans pouvoir politique propre. Le texte constitutionnel prévoit que le prince héritier assure la régence lorsque le roi est empêché, disposition activée à plusieurs reprises ces dernières années au fil des hospitalisations du souverain.
À la différence de plusieurs de ses homologues européens, Harald V a toujours écarté l’hypothèse d’une abdication. Il l’a répété publiquement à mesure que sa santé se dégradait, invoquant le serment prêté devant le Parlement. Cette position singularise la couronne norvégienne, alors que les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne puis le Danemark ont connu des transmissions anticipées au cours des quinze dernières années. Elle installe le prince héritier Haakon, né en 1973, dans un rôle d’intérimaire durable plutôt que de successeur. La popularité de la monarchie norvégienne reste élevée dans les sondages, mais la succession de difficultés familiales rendues publiques cette année, de la transplantation pulmonaire de Mette-Marit à la condamnation de son fils aîné, a nourri un débat inhabituel dans le pays sur l’avenir de l’institution.
La dynastie actuellement régnante en Norvège n’est pas, à l’origine, une dynastie norvégienne au sens généalogique. Elle appartient à la maison de Glücksburg, une branche de la maison allemande d’Oldenbourg, étroitement liée à la monarchie danoise. Elle possède aussi une importante ascendance britannique, par Maud, épouse de Haakon VII qui était une fille du roi britannique Édouard VII et donc une petite-fille de la reine Victoria.
Un roi de 89 ans qui refuse d’abdiquer, un héritier qui assure l’intérim depuis des mois : la Norvège apprend à vivre avec une couronne en pointillé.