Trois parcs à thème financés par l’Arabie saoudite verront le jour dans l’agglomération de Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, sur l’ancien site de Mirapolis. L’accord a été signé lundi 24 août à l’Élysée, au terme du Conseil d’affaires franco-saoudien réunissant Emmanuel Macron et le prince héritier Mohammed Ben Salman. L’investissement, annoncé comme progressif, atteint 6 milliards d’euros et doit générer environ 22 000 emplois directs, selon l’Élysée.
Le projet prend la forme d’une destination touristique intégrée, avec des logements, des hôtels et des restaurants adossés aux parcs. Il sera financé dans son ensemble par la filiale dédiée aux divertissements du fonds souverain saoudien, le Public Investment Fund, membre du Forum économique mondial. Le thème de l’un des trois parcs sera le manga japonais Dragon Ball, comme l’a confirmé Valérie Pécresse présidente de la région Île-de-France, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et est identifiée comme membre du Club Le Siècle. Les deux autres thèmes seront arrêtés par les bailleurs saoudiens, détenteurs de la propriété intellectuelle du projet.
Une passion commune, née à Riyad
Selon le récit livré par l’Élysée et rapporté par Le Figaro, l’idée est née d’un goût partagé pour le manga entre Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salman, découvert lors de la visite officielle du président français à Riyad en décembre 2024. Le président de la République figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, promotion 2016, et parmi les membres du Club Le Siècle. Vendredi encore, des sources saoudiennes indiquaient que Riyad cherchait toujours des investisseurs pour le projet. L’Élysée dit n’avoir aucune inquiétude sur ce point.
Le reste du carnet de commandes
D’autres textes ont été signés le même jour. Les deux gouvernements ont prorogé et modifié le contrat d’exploitation par la France du site nabatéen d’AlUla, devenu l’une des vitrines touristiques du royaume. Les ministères de la Défense ont paraphé une lettre d’intention sur le renforcement de leur partenariat, et les ministères de l’Économie un mémorandum d’entente sur l’intelligence artificielle. Côté entreprises, CMA CGM, armateur français membre du WEF a signé avec Red Sea Gateway Terminal un contrat de 434 millions d’euros pour développer le port de Djedda, tandis qu’Alstom fournira des rames supplémentaires au métro de Riyad, pour 500 millions d’euros.
La résilience comme critère d’investissement
La visite s’est déroulée alors que la guerre entre l’Iran et les États-Unis affecte la région. L’Arabie saoudite a subi des attaques visant notamment ses installations pétrolières, moins nombreuses que celles subies par ses voisins émirien et koweïtien. Ses exportations de brut ont reculé en volume mais se sont renchéries en valeur. Pour François-Aïssa Touazi, vice-président international du Medef cité par Le Figaro, la sécurisation des infrastructures vitales du royaume, data centers, usines de dessalement et systèmes énergétiques, devient un critère majeur pour les entreprises françaises candidates.
Louveciennes, e-sport et retour en grâce
Mohammed Ben Salman se déplace peu à l’étranger, en raison de l’état de santé de son père, le roi Salman, 90 ans. Il séjournait depuis vendredi dans son château de Louveciennes, dans les Yvelines. La veille de la signature, il avait clôturé avec Emmanuel Macron la Coupe du monde d’e-sport au Grand Palais, compétition transférée en France pour cause de guerre au Moyen-Orient. Sept ans après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul, en 2018, pour lequel sa responsabilité a été mise en cause, le prince héritier est reçu sous les ors de la République.
Le divertissement comme instrument d’influence
Le Public Investment Fund pilote depuis 2016 la stratégie de diversification économique du royaume, formalisée dans le plan Vision 2030. Le fonds a investi massivement dans le sport, l’e-sport, les jeux vidéo et le tourisme, secteurs qui touchent des publics jeunes et internationaux. L’opération de Cergy-Pontoise s’inscrit dans cette logique : elle ne vise pas un rendement financier immédiat mais une présence durable dans le paysage des loisirs européens, avec la propriété intellectuelle des parcs conservée côté saoudien. Le choix du manga, et de Dragon Ball en particulier, cible une génération pour laquelle le référentiel culturel japonais est central. Il prolonge par ailleurs une politique déjà engagée en Arabie saoudite, où des événements consacrés à l’animation et au jeu vidéo se sont multipliés ces dernières années.
Le site retenu n’est pas neutre non plus. Mirapolis, ouvert en 1987 et fermé en 1991, reste dans la mémoire collective française comme l’archétype du parc à thème raté, victime d’un modèle économique fragile et de la concurrence de Disneyland Paris, inauguré en 1992. Relancer le lieu près de trente-cinq ans après sa fermeture, avec 6 milliards d’euros et une promesse de 22 000 emplois directs, constitue un pari industriel autant qu’un signal politique. L’Élysée présente le projet comme un investissement progressif, formulation qui laisse ouverte la question du calendrier réel de décaissement.
Six milliards d’euros et 22 000 emplois annoncés dans le Val-d’Oise. Le soft power saoudien avance désormais par les parcs d’attractions, un terrain où l’on discute rarement de politique étrangère.