BlackBerry : le come-back chiffré d’un dinosaure de la tech

BlackBerry, autrefois symbole du smartphone à clavier physique, achève sa mue. Selon un article du Financial Times relayé par Courrier International, le groupe canadien a clôturé son exercice 2026 sur un bénéfice net de 53,2 millions de dollars, porté par ses logiciels embarqués dans l’automobile, via sa filiale QNX, et par la cybersécurité. Une décennie après la disparition de ses téléphones, l’entreprise réapparaît comme un acteur technologique rentable.

Cinquante-trois virgule deux millions de dollars. C’est le bénéfice net enregistré par BlackBerry sur son exercice fiscal 2026, contre une perte de 79 millions un an plus tôt. Selon les résultats trimestriels de l’entreprise canadienne qui faisait partie de l’ICT Industry Community du World Economic Forum en 2014, repris par le Financial Times, le chiffre d’affaires total a atteint 549,1 millions de dollars sur l’année, en hausse de 3 %, porté par un quatrième trimestre à 156 millions de dollars, en progression de 10 % sur un an. Il s’agit du huitième trimestre consécutif d’amélioration du résultat net pour le groupe, qui affiche désormais 432,4 millions de dollars de trésorerie et de placements.

Le clavier, la chute et l’iPhone

L’histoire commence en 1984, sous le nom de Research In Motion. L’entreprise, fondée à Waterloo, en Ontario, lance son premier terminal en 1999 et devient en quelques années l’outil de référence des cadres, des ministres et des célébrités, grâce à son clavier physique et à la sécurité de sa messagerie. En septembre 2010, la plateforme BlackBerry revendique près de 22 millions d’utilisateurs aux États-Unis, soit 37 % du marché, et l’entreprise vaut alors davantage en Bourse qu’Adidas, MTV ou Ben & Jerry’s. L’arrivée de l’iPhone en 2007, puis la montée d’Android, rebattent les cartes. Entre 2010 et 2013, le cours de l’action s’effondre de 87 %. Le dernier smartphone de la marque, le Key2 LE, sort en 2018 ; en janvier 2022, BlackBerry cesse définitivement de faire fonctionner ses anciens systèmes d’exploitation mobiles. Le clavier a alors disparu des poches depuis près d’une décennie, souligne le Financial Times. À noter que le PDG de BlackBerry de 2013 à 2023, John Chen, possède une page de contributeur officielle sur le site du WEF.

QNX, le moteur discret de 275 millions de véhicules

Pendant que les smartphones s’éteignaient, BlackBerry misait sur un autre terrain : le logiciel embarqué. Rachetée dès 2010, la filiale QNX fournit un système d’exploitation temps réel utilisé aujourd’hui dans plus de 275 millions de véhicules dans le monde, selon les données publiées par l’entreprise fin 2025. Ce segment a généré 268 millions de dollars sur l’exercice 2026, en hausse de 14 %, avec un quatrième trimestre record à 78,7 millions de dollars, en progression de 20 %. Le carnet de commandes de redevances liées à QNX atteint désormais environ 950 millions de dollars. En avril 2026, l’annonce d’un partenariat avec Nvidia, entreprise membre du Forum économique mondial, a fait bondir l’action BlackBerry de 15 % en une séance, signe de l’intérêt des marchés pour ce virage vers les véhicules à logiciel défini.

La cybersécurité, deuxième jambe du groupe

À côté de l’automobile, BlackBerry a construit un second pilier autour de la cybersécurité et des communications sécurisées, héritage direct de son savoir-faire historique en matière de messagerie chiffrée pour administrations et entreprises. Cette division, baptisée Secure Communications, a rapporté 258,9 millions de dollars sur l’exercice 2026, dont 72,5 millions au quatrième trimestre, en hausse de 8 %. Le directeur général, John Giamatteo, en poste depuis 2023, a résumé la trajectoire du groupe dans son commentaire aux investisseurs : « QNX est désormais une entreprise Rule of 40 ». Une référence à un indicateur financier utilisé dans la tech pour désigner les sociétés qui conjuguent croissance et rentabilité.

Un dinosaure sous surveillance

Pour l’exercice 2027, BlackBerry vise désormais un chiffre d’affaires compris entre 584 et 611 millions de dollars et un excédent brut d’exploitation ajusté de 110 à 130 millions de dollars. Le flux de trésorerie opérationnel de l’exercice écoulé, positif à hauteur de 50,3 millions de dollars, conforte cette trajectoire après des années de restructurations et de cessions d’actifs. Le Financial Times souligne toutefois que la capitalisation boursière du groupe reste très inférieure à ses niveaux d’avant 2010, et que la dépendance croissante au secteur automobile expose désormais BlackBerry aux cycles de production des constructeurs, un marché lui-même sensible aux droits de douane et aux ruptures d’approvisionnement en semi-conducteurs.

BlackBerry ne fabrique plus un seul téléphone depuis 2018. Le clavier a disparu des poches, mais ses puces roulent désormais dans 275 millions de voitures et chiffrent les communications de clients qui, eux, n’ont pas oublié son nom. Un dinosaure ne ressuscite pas : il change simplement d’espèce.


Source : Courrier International — https://www.courrierinternational.com/article/technologie-blackberry-ou-la-resurrection-d-un-dinosaure-de-la-tech_260744