Ariane de Rothschild : la banquière chasse son ex-gérant du Cameroun

La banquière genevoise Ariane de Rothschild a repris en main les territoires de chasse hérités de son défunt mari au Cameroun, écartant l’associé qui les gérait depuis des années. Selon les informations de la Tribune de Genève, ce dernier dénonce une confiscation, tandis que la famille Rothschild affirme agir dans le cadre du droit camerounais. Une partie du contentieux s’est jouée devant la justice genevoise.

La banquière genevoise Ariane de Rothschild, PDG du Groupe Edmond de Rothschild, membre du Forum économique mondial depuis mars 2023, a repris en main les territoires de chasse hérités de son défunt mari au Cameroun, selon des informations publiées le 23 août 2026 par la Tribune de Genève, sous la signature de Sylvain Besson. Le chasseur professionnel Pierre Guerrini, qui avait créé et géré ces camps pendant des années, en a été écarté. Il dénonce, dans les colonnes du quotidien genevois, « une confiscation menée sans ménagement ».

Des terres de chasse héritées de Benjamin de Rothschild

Les territoires concernés se situent dans la zone de Faro-Lobéké, dans le nord du Cameroun, en bordure de parcs nationaux réputés pour leur faune de savane et leurs populations d’éléphants de forêt. C’est là que Benjamin de Rothschild, décédé le 15 janvier 2021 d’une crise cardiaque à son domicile suisse, avait développé avec Pierre Guerrini une activité de safaris-chasse haut de gamme, prisée par une clientèle internationale. Après la mort de son mari, Ariane de Rothschild a pris le contrôle du Groupe Edmond de Rothschild grâce aux droits de vote de ses quatre filles, devenant la première dirigeante de l’établissement sans lien de sang avec la famille fondatrice. Selon la Tribune de Genève, ce même rapport de force s’est rejoué sur le terrain camerounais, où la banquière a repris la main sur les camps de chasse plutôt que d’en laisser la gestion à l’associé historique de son époux.

Un contentieux qui s’est aussi joué à Genève

Le litige entre Ariane de Rothschild et Pierre Guerrini a donné lieu à une bataille judiciaire menée sur plusieurs fronts, dont une partie s’est déroulée à Genève, rapporte la Tribune de Genève. La famille Rothschild, actionnaire majoritaire de la structure qui exploite les chasses, affirme agir conformément au droit camerounais. Le quotidien précise également que l’ex-gérant a par ailleurs été condamné pour abus de biens sociaux, un élément versé au dossier par la partie adverse. Les deux camps se disputent ainsi non seulement la gestion opérationnelle des camps, mais la légitimité même de l’éviction.

Un secteur déjà sous le regard des ONG

Ces concessions cynégétiques ne sont pas totalement inconnues des organisations de défense des droits humains. En 2016, l’ONG Survival International avait documenté des accusations d’exactions visées contre des populations baka dans le secteur de Faro-Lobéké, en lien avec une opération de safaris-chasse alors codétenue par Benjamin de Rothschild. L’ONG évoquait des expulsions de campements, des restrictions d’accès aux zones de cueillette et des violences imputées à des gardes et des forces de l’ordre, dans un secteur où le Fonds mondial pour la nature (WWF) également membre du WEF gère par ailleurs des paysages écologiques protégés. Le même rapport chiffrait alors à 55 000 euros le tarif affiché pour abattre un éléphant de forêt dans ces concessions. Contactés à l’époque par Survival International, ni le WWF ni Benjamin de Rothschild n’avaient répondu aux sollicitations. Rien n’indique que ce dossier ancien soit lié au contentieux actuel entre Ariane de Rothschild et Pierre Guerrini, mais il éclaire le climat dans lequel ces territoires de chasse sont exploités depuis une décennie.

La chasse comme symbole d’un empire familial recomposé

Au-delà du différend commercial, l’affaire illustre la manière dont Ariane de Rothschild a consolidé, depuis 2021, l’ensemble des actifs légués par son mari, des activités bancaires genevoises jusqu’aux terres de chasse africaines. La Tribune de Genève relève que la famille Rothschild présente sa reprise en main des camps camerounais comme une simple mise en conformité avec le droit local et les règles de gouvernance de la structure actionnariale. Pierre Guerrini, de son côté, conteste la méthode et poursuit la procédure engagée contre son ancienne partenaire. Ni Ariane de Rothschild ni son entourage n’ont, selon le quotidien, détaillé publiquement le calendrier de la procédure en cours.

Sur les terres de Faro-Lobéké, la chasse a changé de main. La procédure, elle, court toujours, à Genève comme à Yaoundé. À la justice, désormais, de dire qui a le bon droit.


Source : Tribune de Genève — https://www.tdg.ch/ariane-de-rothschild-bataille-judiciaire-pour-ses-chasses-au-cameroun-779937380406