La Russie a confirmé le rappel de son ambassadeur à Londres, Andreï Keline, intervenu dès le 21 juillet mais resté secret pendant plus d’un mois. Selon Le Figaro, qui cite des informations du Sunday Times, l’ambassade russe évoque des relations bilatérales tombées à leur niveau le plus bas depuis des décennies. Aucun successeur n’a pour l’instant été désigné à Londres.
La Russie a confirmé le départ de son ambassadeur à Londres, Andreï Keline, un mois après son rappel effectif. Selon les informations rapportées par Le Figaro, qui cite Le Sunday Times, l’ambassade russe a indiqué au quotidien britannique que la mission diplomatique de son représentant avait pris fin dès le 21 juillet, sans que Moscou n’en fasse alors état publiquement. L’annonce n’a été rendue publique que ce week-end, à l’occasion de la parution de l’édition dominicale du Sunday Times.
Dans sa réponse au journal, l’ambassade russe a fait valoir que les relations entre les deux pays étaient tombées « à un niveau historiquement bas, entièrement à l’initiative de Londres ». Elle a toutefois précisé qu’aucun élément ne permettait de considérer que Moscou entendait abaisser davantage le niveau de sa représentation diplomatique au Royaume-Uni.
Andreï Keline, ambassadeur à Londres depuis 2019
Andreï Keline occupait le poste d’ambassadeur de la Fédération de Russie au Royaume-Uni depuis sa nomination le 5 novembre 2019. Diplomate de carrière entré au ministère russe des Affaires étrangères en 1979, il avait auparavant représenté la Russie auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, entre 2011 et 2015, avant de diriger le département de la coopération paneuropéenne du ministère à partir de 2015. Il parle notamment le russe, l’anglais, le français et le néerlandais, des langues acquises au fil de plusieurs postes diplomatiques en Europe.
Son départ de Londres met fin à près de sept ans de mission dans la capitale britannique, des années marquées par la dégradation continue des relations russo-britanniques depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Le 2 février 2026 déjà, le Foreign Office avait convoqué l’ambassadeur russe pour dénoncer l’expulsion d’un diplomate britannique par Moscou, avant de révoquer à son tour l’accréditation d’un diplomate russe en poste à Londres.
Des tensions ravivées par la question des drones
Le rappel d’Andreï Keline intervient dans un contexte de frictions répétées entre Moscou et Londres. Le 18 août, l’ambassade russe avait menacé le Royaume-Uni de conséquences après la publication d’informations selon lesquelles des drones britanniques auraient été utilisés par les forces ukrainiennes pour mener des frappes en profondeur sur le territoire russe. Cet épisode s’inscrit dans une série de contentieux qui ont émaillé les derniers mois, le Royaume-Uni figurant parmi les soutiens les plus engagés de Kyiv face à la Russie depuis le début du conflit.
Le poids de l’aide militaire britannique à l’Ukraine
Depuis 2022, le Royaume-Uni a mobilisé environ 25 milliards de livres, soit près de 29 milliards d’euros, en soutien à l’Ukraine, dont 16 milliards de livres consacrés spécifiquement à l’aide militaire. Cet engagement financier et matériel, l’un des plus importants parmi les alliés occidentaux de Kyiv, alimente régulièrement les critiques de Moscou, qui y voit une implication directe de Londres dans le conflit. Sollicité par Le Sunday Times, le Foreign Office britannique a réagi en rappelant sa position constante : le gouvernement affirme continuer à se tenir aux côtés de l’Ukraine, qu’il considère en droit de se défendre face à ce qu’il qualifie d’invasion illégale par la Russie.
Une ambassade désormais dirigée par un chargé d’affaires
En l’absence de successeur désigné à ce stade, la représentation diplomatique russe à Londres est désormais placée sous la direction d’un chargé d’affaires. Cette configuration, courante en cas de vacance prolongée d’un poste d’ambassadeur, laisse toutefois planer une incertitude sur le calendrier d’une éventuelle nomination. Ni Moscou ni Londres n’ont pour l’instant indiqué si des discussions étaient en cours pour désigner un nouveau représentant russe au Royaume-Uni. Le maintien d’une relation diplomatique, même réduite, tranche pour l’heure avec les scénarios de rupture complète parfois évoqués depuis le début du conflit en Ukraine, l’ambassade russe ayant elle-même précisé ne pas envisager d’abaisser davantage le niveau de sa présence à Londres.
Sept ans de poste à Londres, un mois de silence sur son propre départ : la diplomatie russe a visiblement préféré la discrétion à l’annonce. À l’ambassade, on assure ne pas vouloir aller plus loin dans la rupture, reste à savoir qui, et quand, succédera à Andreï Keline.