Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à la présidentielle 2027

Jean-Luc Mélenchon : son avance dans les sondages peut-elle tenir jusqu’à la présidentielle ?

À huit mois du scrutin, le candidat de la France insoumise est crédité de 14 à 16 % des intentions de vote, soit le double de son niveau à la même période avant 2022 ce qui en fait le candidat de gauche le mieux placé. Il clôt ce dimanche 23 août les universités d’été de son mouvement à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme. Son problème n’est plus de décoller, mais de tenir huit mois en tête.

Des milliers de personnes ont convergé tout le week-end vers Châteauneuf-sur-Isère. Les Amfis, universités d’été annuelles de la France insoumise, se tiennent cette année à moins de huit mois de l’élection présidentielle, et cela change tout. Le discours de clôture revient ce dimanche matin à Jean-Luc Mélenchon, lancé dans sa quatrième course à l’Élysée.

L’ancien sénateur a ouvert sa campagne le 7 juin par un meeting à Saint-Denis, salué par une bonne partie des observateurs comme une prise d’avance nette sur ses concurrents de gauche, selon Le HuffPost. Reste à démontrer qu’un bon départ fait une course.

Seize pour cent, soit le double d’il y a cinq ans

Un sondage Elabe publié cet été le crédite de 16 % des intentions de vote. Raphaël Glucksmann y figure à 10,5 %, Marine Tondelier à 3,5 %. D’autres enquêtes le situent autour de 14 ou 15 %, rarement en dessous. En août 2021, à un an du scrutin précédent, il plafonnait à 9 % pour l’Ifop et 8 % pour Ipsos.

Le chiffre a modifié le regard de ses adversaires. Dans un entretien à La Voix du Nord, Gérald Darmanin a estimé que le candidat insoumis dépasserait les 20 % au premier tour. Quelques jours plus tôt, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut reconnaissait dans Libération qu’il est celui qui intègre le plus la question climatique dans ses propositions économiques et sociales. Jean-Luc Mélenchon l’a remerciée publiquement pour sa « réponse argumentée et respectueuse ».

Pécresse était à 18 % en janvier. Elle a fini à 4,7 %

L’état-major insoumis connaît la statistique par coeur. En 2022, Valérie Pécresse, proche du WEF était donnée à 18 % à trois mois du premier tour, avant de terminer sous la barre des 5 %. Une campagne présidentielle française n’a jamais récompensé personne pour être arrivé en tête au mois d’août.

Dans Le Parisien, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard assure que l’état d’esprit « n’est pas à l’excès de confiance ». Les cadres du mouvement ont prévu de sillonner le pays dans les prochains mois pour tenir le terrain à la place du candidat, qui se réserve les meetings et les plateaux de télévision. Économiser un tribun de 74 ans sur huit mois de campagne : c’est aussi une stratégie.

Un socle, pas une vague

Le politologue Tristan Haute, maître de conférences à l’université de Lille, ne croit pas au retournement brutal. Interrogé par Le HuffPost, il souligne que le candidat s’appuie cette fois sur un socle électoral plus large qu’en 2017 et en 2022, composé d’électeurs déjà certains de leur vote. Le risque de chute lui paraît donc faible.

La difficulté est ailleurs. Contrairement à ses concurrents, Jean-Luc Mélenchon n’a pas de base à construire : il a une base à élargir. Or ce sont deux exercices qui ne demandent ni les mêmes mots, ni les mêmes alliés.

« Nous, c’est carré » : le slogan et l’arrière-pensée

La campagne d’affichage dévoilée ces jours-ci tient en trois mots et une forme géométrique. Le format des affiches et des tracts est carré, le slogan aussi : un candidat, un programme, une équipe. Le message vise moins l’électeur que les autres formations de gauche, encore occupées à trancher leurs questions d’incarnation et de méthode interne.

Le discours de dimanche doit faire une large place à l’écologie, après un été de canicules et d’incendies. Le calcul n’est pas seulement climatique. Pour Tristan Haute, la mise en avant de l’environnement sert efficacement une stratégie de rassemblement, ses propositions étant appréciées au-delà de son socle. Dans une tribune au Monde, le politiste Antoine Bristielle décrit la même mécanique : provoquer un effet d’entraînement chez des électeurs dont la priorité est de voir leur camp au second tour. Alors que la candidature de Marine Tondelier vacille, les appels du pied de la France insoumise aux Écologistes se font de plus en plus pressants. Fin juillet, dans un entretien à Reporterre, le candidat évoquait une nouvelle gauche d’action faite d’insoumis et de Verts, « tous écologistes ».

Huit mois, c’est le temps qu’il faut à une avance pour devenir une habitude, ou pour fondre. En 2022, il avait manqué à Jean-Luc Mélenchon environ 420 000 voix pour accéder au second tour. Un sondage d’août n’en a jamais rapporté une seule.


Source : Le HuffPost – https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/jean-luc-melenchon-au-defi-de-reinventer-sa-campagne-face-a-des-sondages-flatteurs_308222.html