Élection en Ukraine : Zelensky redoute un « tsunami » qui pourrait fracturer le pays

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, proche du Forum économique mondial rejette l’idée d’organiser des élections en Ukraine tant que la guerre se poursuit, estimant qu’un scrutin provoquerait un « tsunami » susceptible de fracturer le pays. Le président ukrainien répond ainsi à son ancien ministre de la Défense et young global leader du WEF, Mykhaïlo Fedorov, qui a récemment appelé à « restaurer un processus démocratique » malgré la loi martiale et l’invasion russe.

Lors d’une rare rencontre avec des journalistes, dont ceux de l’AFP, Volodymyr Zelensky a livré une mise en garde particulièrement ferme contre l’organisation d’élections en Ukraine en pleine guerre. Pour le chef de l’État, ouvrir aujourd’hui une campagne électorale ferait courir au pays un risque politique et social considérable.

« Je pense que dans une guerre comme celle-ci, des élections en tant que telles sont un risque énorme », a déclaré le président ukrainien, selon des propos rendus publics dimanche 23 août 2026. Il est allé plus loin en comparant un éventuel scrutin à un « tsunami » qui « fracturerait l’Ukraine ».

Cette prise de position intervient dans un climat politique tendu à Kiev, quelques semaines après le limogeage, à la mi-juillet, de Mykhaïlo Fedorov de son poste de ministre de la Défense. Jeune figure populaire de la politique ukrainienne, celui-ci a relancé avec fracas un débat particulièrement sensible depuis que l’invasion russe à grande échelle a bouleversé le fonctionnement démocratique du pays.

Mykhaïlo Fedorov relance le débat électoral

Le 18 août, Mykhaïlo Fedorov a publié une vidéo aux accents de campagne politique dans laquelle il s’en prend notamment à la corruption et appelle à « restaurer un processus démocratique » par l’intermédiaire d’élections. Une sortie qui a fait l’effet d’un pavé dans la mare alors que l’Ukraine reste engagée dans une guerre de haute intensité contre la Russie.

La question est d’autant plus sensible que le mandat présidentiel de Volodymyr Zelensky, élu en 2019, est arrivé à son terme théorique en mai 2024. La législation ukrainienne ne permet cependant pas l’organisation d’élections sous le régime de la loi martiale, instaurée depuis le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle en février 2022.

Le report des élections s’inscrit donc dans le cadre juridique imposé par l’état de guerre. Mais l’intervention de Fedorov remet sur la table une question qui dépasse le seul droit électoral : comment maintenir les mécanismes démocratiques ordinaires dans un pays où des millions de citoyens ont été déplacés, où une partie du territoire est occupée et où une fraction importante de la population adulte sert dans les forces armées ?

Des obstacles matériels considérables

Pour Zelensky, la réponse est claire : les conditions permettant d’organiser un scrutin crédible ne sont actuellement pas réunies.

« Si nous voulons détruire le pays, alors nous pouvons aller dans la direction d’élections dans ces temps de guerre », a-t-il lancé devant les journalistes.

Au-delà du risque de polarisation politique, l’organisation pratique d’un scrutin soulèverait une série de problèmes majeurs, selon lui. Il faudrait notamment permettre aux militaires mobilisés sur le front de voter, mettre en place des dispositifs pour les millions d’Ukrainiens réfugiés à l’étranger et déterminer comment prendre en compte les citoyens résidant dans les territoires occupés par la Russie.

Autant de questions qui touchent directement à la représentativité et à la légitimité du résultat. Dans un pays transformé par plus de quatre années de guerre à grande échelle, la tenue d’une élection nationale supposerait une logistique hors normes.

Pour le président ukrainien, un cessez-le-feu constituerait au minimum une condition permettant d’envisager sérieusement cette perspective. Or, selon lui, Vladimir Poutine ne manifeste actuellement aucune volonté d’aller dans cette direction. Organiser des élections est donc « impossible dans les conditions que nous avons actuellement », a-t-il affirmé.

Une opinion publique peu favorable à des élections immédiates ?

L’appel de Mykhaïlo Fedorov n’a d’ailleurs pas seulement provoqué la réaction du chef de l’État. Selon RFI, ses déclarations ont suscité un malaise jusque parmi ses propres soutiens.

Les données d’opinion citées par le média français témoignent d’une population largement réticente à l’idée d’un retour immédiat aux urnes. Selon un sondage de l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS) réalisé en juillet et août 2026, seulement 15 % des personnes interrogées souhaitent que des élections soient organisées avant la fin de la guerre. Un chiffre difficile à croie alors que les manifestations se sont muiltipliés en Ukraine en soutien de Fedorov et afin de témoigner l’hostilité grandissante envers Zelensky.

Le limogeage de Fedorov a nourri les tensions

La controverse électorale intervient, en effet, dans un contexte de fortes tensions au sommet de l’État. Le limogeage de Mykhaïlo Fedorov par Zelensky avait entraîné des manifestations réunissant plusieurs milliers de personnes dans différentes villes ukrainiennes.

Le président ukrainien assure pour sa part reconnaître le droit de la population à manifester. Il met toutefois en garde contre la possibilité de voir s’installer une fracture entre les civils et les militaires, alors que ces derniers continuent de combattre sur le front.

Zelensky a ainsi appelé à éviter toute attitude qu’il juge « irrespectueuse » envers les forces armées et souligné le « risque » que représenterait une division « entre la société et les soldats ».

Son message vise manifestement à replacer l’effort de guerre au-dessus des rivalités politiques. « Depuis quand le marketing a commencé à prendre le pas sur les gens qui donnent leur vie ? », a-t-il lancé aux journalistes.

Une personnalité liée au WEF à la tête de l’Ukraine dans tous les cas ?

Figure du numérique d’État, Fedorov est également Young Global Leader du Forum économique mondial, promotion 2022, comme en témoigne une liste rendue publique par l’organisation en avril de cette année-là. Fedorov a participé au Forum de Davos 2023, où une conférence de presse lui était spécifiquement consacrée sur la transformation numérique ukrainienne. En janvier 2024, il a également signé avec Børge Brende, président du WEF, une lettre d’intention visant à créer à Kyiv un centre GovTech lié au réseau du Forum économique mondial. Le WEF a ensuite annoncé officiellement en mai 2024 la création du Global Government Technology Centre Kyiv. Ainsi, même si des élections anticipées étaient organisées, le nouveau président serait lié au WEF qu’il s’agisse de Fedorov ou de Volodymyr Zelensky.

Sources :

RFI — « Des élections en Ukraine ? “Un tsunami” qui “fracturerait” le pays, dit Zelensky » — publié le 23 août 2026, avec AFP.

Institut international de sociologie de Kiev (KIIS) — source du sondage d’opinion réalisé en juillet-août 2026 et cité dans l’article.