Des soldats ukrainiens s'entraînent sur un site militaire en Allemagne

Désertions : des soldats ukrainiens fuient leur formation allemande

Plusieurs centaines de recrues ukrainiennes auraient déserté pendant leur formation militaire en Allemagne, selon une enquête du journal Die Zeit. Le quotidien allemand raconte le parcours de Volodymyr Shulgin, 39 ans, mobilisé dans la rue à Dnipro fin janvier 2026, frappé par un sous-officier ukrainien dans un centre d’entraînement de Saxe-Anhalt, puis enfui d’un hôpital berlinois. Les autorités allemandes ne reconnaissent que quelques cas isolés.

Écrivain avant la guerre, Volodymyr Shulgin, 39 ans, originaire de Dnipro, avait tout fait pour échapper à la mobilisation. Fin janvier 2026, une patrouille du bureau militaire le contrôle dans la rue. Les agents veulent vérifier s’il a bien enregistré son adresse dans la base de données militaire et s’il est exempté. Il ne l’est pas. Les soldats le font monter dans une camionnette et lui signifient qu’il fera son temps.

En février, il est envoyé à Altengrabow, en Saxe-Anhalt. Le site fait partie d’un réseau de soixante centres répartis en Allemagne, où des instructeurs allemands et de douze autres pays de l’Union européenne forment des Ukrainiens. Depuis 2022, plus de 29 000 d’entre eux y ont achevé leur formation, selon Die Zeit. Tous ne sont pas rentrés.

Cinquante flexions pour un vertige

L’accueil des militaires allemands est décrit comme très chaleureux. Le problème vient d’ailleurs. Shulgin tombe malade. Lors de l’appel du matin, pris de vertiges, il demande à ne pas aller déjeuner avec les autres. Un sous-officier ukrainien lui donne un coup de poing dans la poitrine devant ses camarades. Il tombe, et doit faire cinquante flexions en guise de punition. Die Zeit indique avoir confirmé ces faits auprès de deux autres recrues.

La recrue se plaint et demande des médicaments contre la fièvre à un médecin allemand. Les officiers ukrainiens prennent ombrage de cette démarche. L’un d’eux aurait menacé de l’enterrer dans un trou et de le déclarer disparu à son retour en Ukraine. Le médecin l’oriente vers l’hôpital de la Charité, à Berlin. Il s’en est enfui après deux semaines.

Quelques cas isolés, ou plusieurs centaines

Les deux versions ne se recoupent pas. Selon les autorités allemandes, seuls quelques soldats se sont isolés durant leur entraînement. Selon Die Zeit, plusieurs centaines pourraient avoir déserté au cours de leur formation en Allemagne. À l’échelle de l’ensemble de l’armée ukrainienne, le journal allemand avance au moins 60 000 désertions depuis février 2022.

Le statut de ceux qui restent est incertain. Les règles de séjour considérablement simplifiées depuis 2022 pour les réfugiés ukrainiens ne s’appliquent pas aux recrues qui ont déserté sur le sol allemand. La Saxe-Anhalt, où se trouveraient un grand nombre d’entre eux, aurait demandé à ses services d’immigration de rejeter leurs demandes de séjour. L’épouse de Volodymyr Shulgin a pu le rejoindre en Allemagne. Rien ne garantit qu’ils pourront y rester.

Le précédent français s’appelait Anne de Kiev

La France a connu le même dossier, à une autre échelle. En 2024, Emmanuel Macron annonce la formation et l’équipement d’une brigade ukrainienne, baptisée Anne de Kiev. Sur les 5 000 soldats qu’elle compte, 2 300 sont formés en France, principalement sur le canon CAESAR. Début janvier 2025, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées et identifié parmi les membres du Club Le Siècle, annonce 55 désertions en France, qu’il qualifie de marginales au regard des volumes formés. Le journaliste ukrainien Iouri Boutousov a de son côté affirmé qu’une fois la brigade déployée sur le front, 1 700 soldats avaient déserté.

En Ukraine, près de 56 000 procédures pénales pour désertion étaient en cours, rappelait le Kyiv Independent en janvier 2026. S’y ajoutent plus de 250 000 procédures pour absence non autorisée d’une unité, forme atténuée de défection qui recouvre notamment les soldats quittant leur unité pour en rejoindre une autre.

Volodymyr Shulgin dit souhaiter sincèrement la victoire de l’Ukraine. Il estime aussi que « fuir était la seule décision juste ». Les deux phrases sont dans le même entretien, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à entendre pour ceux qui financent la formation.


Source : DieZeit