Leonardo Ukraine : le groupe de défense italien s’installe à Kiev

Le groupe italien Leonardo a créé une filiale ukrainienne, Leonardo Ukraine, basée à Kiev et dotée d’un capital social d’environ 100 000 euros. Détenue en totalité par Leonardo International, elle doit développer des services informatiques, des logiciels et des systèmes de navigation, de communication et d’optronique. Le PDG Roberto Cingolani proche des Instituts Aspen, membre du Forum économique mondial annonce des essais de terrain du système de défense aérienne Michelangelo dès la fin 2026.

Cent mille euros de capital social. Pour un groupe qui vend des radars, des canons navals et des avions de transport militaire, la somme tient de la formalité juridique. Elle dit pourtant l’essentiel : Leonardo, premier industriel italien de la défense, veut une entité de droit ukrainien, à Kiev, entièrement contrôlée par sa structure Leonardo International.

La filiale s’appelle Leonardo Ukraine. Son périmètre annoncé, rapporté par Business AM, couvre les services informatiques, les logiciels, les systèmes avancés de navigation et de communication, ainsi que les technologies optiques et électroniques. Rien qui relève de la production de munitions ou de blindés. Tout ce qui relève, en revanche, de ce que l’on appelle aujourd’hui le combat numérique.

Le laboratoire s’appelle Brave1

L’entreprise indique vouloir s’ancrer dans l’écosystème d’innovation ukrainien de défense, en collaborant notamment avec le pôle Brave1. Ce cluster, lancé en 2023 par le gouvernement ukrainien, agrège start-up, ministères et unités combattantes autour des drones, de la guerre électronique et des systèmes autonomes.

L’intérêt pour un industriel européen est facile à identifier : l’Ukraine est aujourd’hui le seul territoire où un matériel peut être testé, corrigé et retesté en quelques semaines sous le feu réel. Les cycles de développement occidentaux se comptent en années. Ceux de Brave1 se comptent en itérations.

Michelangelo passe son examen

Leonardo développe notamment le « Michelangelo Dome », un concept de défense intégrée de nouvelle génération conçu pour détecter, analyser et neutraliser simultanément plusieurs types de menaces.

Cette architecture vise à regrouper différents capteurs et systèmes de défense afin de faire face aux drones et aux essaims de drones, aux missiles balistiques et hypersoniques, ainsi qu’à certaines menaces terrestres et maritimes.

L’intelligence artificielle doit occuper une place centrale dans le dispositif. Elle serait utilisée pour croiser rapidement les données issues de multiples capteurs, identifier et hiérarchiser les menaces, puis coordonner les moyens de réponse disponibles. Leonardo précise toutefois que l’intervention humaine resterait intégrée au processus de décision.

Le PDG de Leonardo, Roberto Cingolani, ancien ministre italien de la Transition écologique, a indiqué que les essais sur le terrain du système de défense aérienne Michelangelo débuteront à la fin de l’année 2026, avec des évaluations en conditions de combat. La formule est claire : le banc d’essai sera le front.

Le portefeuille existant du groupe donne la mesure de ce qui peut suivre. Leonardo produit les radars Kronos, les canons navals Oto Melara, les hélicoptères AW149 et AW139, l’avion de transport C-27J Spartan et l’appareil d’entraînement M-346. Chacune de ces lignes peut trouver, dans un pays en guerre, un client et un terrain d’essai simultanément.

Une implantation qui en dit long sur le marché

L’ouverture d’une filiale locale n’est pas un geste symbolique. Elle permet de contracter en droit ukrainien, de recruter des ingénieurs sur place et de participer aux appels d’offres nationaux. C’est le mouvement classique d’un industriel qui anticipe une présence longue, et non une opération d’assistance ponctuelle.

Le calendrier est le même que celui des livraisons d’armes annoncées par les capitales européennes. La différence tient à la nature de l’engagement : une livraison se termine, une filiale s’amortit. Business AM ne précise pas les effectifs prévus ni le montant des investissements industriels envisagés au-delà du capital social déclaré.

Leonardo et l’État italien

Leonardo n’est pas un industriel privé comme un autre. Le ministère italien de l’Économie et des Finances en détient environ 30 % du capital, ce qui fait de l’État le premier actionnaire du groupe. Une implantation à Kiev n’est donc jamais une décision strictement commerciale : elle s’inscrit dans la politique industrielle d’un pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN.

Un CEO proche des Instituts aspen

Roberto Cingolani entretient depuis plusieurs années une relation suivie avec le réseau Aspen, membre du Forum économique mondial en particulier avec Aspen Institute Italia. Bien avant son passage au gouvernement italien, il participait déjà à des rencontres organisées par l’institut : en 2015, alors qu’il dirigeait l’Italian Institute of Technology, il intervenait dans des travaux consacrés aux sciences et à la santé. Cette proximité s’est poursuivie après son arrivée chez Leonardo, avec notamment une rencontre organisée en 2020 autour des nouveaux enjeux scientifiques et technologiques, puis durant son mandat de ministre italien de la Transition écologique, lorsqu’il a de nouveau pris part à des événements et réflexions portés par Aspen Institute Italia.

Toujours est-il que l’implantation de Leonardo en Ukraine n’est pas un mouvement isolé. L’allemand Rheinmetall a annoncé dès 2023 une coentreprise avec le conglomérat public ukrainien Ukroboronprom, portant notamment sur la maintenance et la production de véhicules blindés. D’autres groupes européens ont ouvert des bureaux de représentation à Kiev depuis. L’industrie de défense du continent a compris que le marché ukrainien ne se limitait pas à des dons de matériel.

Leonardo Ukraine n’est pas un centre de recherche de plus. C’est une tête de pont commerciale posée dans le seul laboratoire grandeur nature dont dispose aujourd’hui l’industrie européenne de défense. Fin 2026, Michelangelo dira ce que vaut la méthode.


Source : Business AM – https://fr.businessam.be/lentreprise-italienne-de-defense-leonardo-ouvre-un-nouveau-centre-de-recherche-en-matiere-de-defense-en-ukraine/